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Footballeurs et réseaux sociaux, les liaisons dangereuses

Footballeurs et réseaux sociaux, les liaisons dangereuses

Cette Coupe du Monde en Russie sera assurément un événement sportif, où les stades seront attentivement scrutés, mais aussi les réseaux sociaux, nouveaux vecteurs incontournables de com’.

Mardi 12 juin, Istra, en Russie. Les Bleus s’entraînent, à 4 jours d’un premier match de groupe déjà décisif contre l’Australie.

Soudain, en retard sur une action, le défenseur central Adil Rami accroche Kylian Mbappé. Une “semelle” bien appuyée, et voilà l’enfant chéri des Bleus qui se tient la cheville. Les kinés et le médecin de la sélection accourent. Le numéro 10 de l’équipe de France sort en boitillant, et jette son chasuble de frustration.

La France – du football – a peur. Les réseaux sociaux s’enflamment, les envoyés spéciaux des chaînes d’info en continu meublent plus que jamais et tout le monde y va de son pronostic sur la durée de l’absence de l’attaquant parisien.

Priorité aux followers

Heureusement pour les Bleus, Mbappé ne ratera pas ce match, mais l’important n’est presque pas là. Ce n’est ni le staff, ni le responsable de presse de l’EDF qui vont tenir au courant le pays de son état de santé, mais bien les deux joueurs eux-mêmes, avec des vidéos dans leurs “stories” Instagram, ces courtes vidéos qui relaient leur quotidien.

Le défenseur marseillais rassurait ainsi ses followers et les fans de l’équipe de France en écrivant : « Tout va bien pour mon @k.mbapp29« , accompagné d’un emoji blessé, d’une prière et d’un emoji réjoui. Efficace.

Depuis quelques temps, la communication individuelle des footballeurs stars et des athlètes professionnels a court-circuité les canaux classiques et se fait désormais sur les réseaux sociaux.

Les informations se diffusent sur Snapchat, Instagram, et Twitter, plus rarement. Le chef de presse de l’équipe de France, Philippe Tournon, en poste depuis 1983 (avec une pause entre 2004 et 2010), le concède: « les joueurs organisent eux-mêmes leur com’, en accord souvent avec leurs agents et pour certains leurs conseillers image. Ce n’est pas ma génération, je n’ai pas de compte Instagram, mais je me suis adapté ».

A l’heure de la start-up nation, le personnal branding – le fait de faire sa propre com’ – sonne juste.

Une com’ pas toujours maîtrisée

On pourrait se dire que les sportifs professionnels sont de grands garçons et qu’ils sont conscients de leur impact de “role model” auprès de la jeunesse, et qu’ils agissent en conséquence.

Si c’est de plus en plus vrai, quelques footballeurs ont récemment connu des ratés.

L’ancien joueur du PSG, Serge Aurier, pourtant cornaqué par un conseiller image, s’était tiré une énorme balle dans le pied en insultant Laurent Blanc, son coach de l’époque, sur l’application Periscope. La saison d’après, le joueur était transféré à Tottenham.

Plus récemment, Antoine Griezmann a pris une volée de bois vert à cause d’une photo publiée sur Twitter et Instagram, une photo sur laquelle il est déguisé en basketteur des Harlem Globe-trotters, et pour laquelle il s’est peint le visage en noir. Ce blackface lui vaudra une période médiatique compliquée, gérée d’une main de fer par sa responsable de communication, qui n’est autre que sa sœur.

Alors comment bien utiliser les réseaux sociaux tout en évitant les bourdes, surtout en période de Coupe du Monde?

« Pendant un mois on va faire très attention, les yeux du monde entier seront braqués sur les joueurs et toutes leurs petites histoires. On est particulièrement vigilants, on sait qu’on a plus à perdre qu’à gagner sur Instagram », nous confie Christophe Quiquandon, le responsable image du défenseur de l’équipe de France Presnel Kimpembe.

Le jeune joueur du PSG est un cas à part : il fait partie d’une agence image qu’on pourrait même comparer à un media au sens large : Bros stories. Fondée par des sportifs stars comme le rugbyman Vincent Clerc, Blaise Matuidi ou encore Boris Diaw, l’agence s’occupe de transmettre l’image de ces athlètes, dans des formats écrits ou vidéos travaillés, moins formels que des interviews classiques. Virales, les vidéos sont partagées sur tous les réseaux, font des millions de vues, comme le format “Bromance”, dans lequel deux joueurs parlent de leur amitié hors des terrains.

Au-delà de Presnel Kimpembe, la jeune génération de footballeurs français paraît maîtriser les réseaux, question de génération. Kylian Mbappe compte presque 9 millions d’abonnés sur Instagram, Antoine Griezmann 17. Une puissance de frappe incomparable aux 3 millions d’abonnés d’Emmanuel Macron sur Twitter, par exemple. Les 23 joueurs français de cette Coupe du Monde totalisent près de 58 millions d’abonnés sur Instagram. Des chiffres vertigineux utilisés pour mettre en valeur leurs performances sportives bien sûr, mais aussi pour mettre en scène leur quotidien ou mettre en avant leurs sponsors. Comme le dernier post de Kylian Mbappé, sponsorisé par un grand équipementier, en clin d’œil à France 98.

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Lorsqu’on appelle Jean-Pierre Bernès, homme de l’ombre surpuissant du football français, (il est l’agent de Nabil Fékir et de Didier Deschamps entre autres), on se rend compte de ce gap générationnel : « Les réseaux sociaux?  Non, je n’ai aucun contrôle sur les publications de mes joueurs et honnêtement je n’en ai rien à foutre. Bonne journée monsieur ». Presque logique.

Du côté de l’équipe de France, Didier Deschamps a été clair nous raconte Philippe Tournon. En bref, le sélectionneur s’interdit d’interdire. « Il a pris le groupe, et a dit aux joueurs qu’ils étaient libres quant à leurs publications, mais qu’il leur fallait l’accord de leurs coéquipiers avant de les inclure dans une photo ou une vidéo ».

La Coupe du Monde en Russie sera probablement l’événement sportif le plus scruté de tous les temps par les réseaux sociaux. En 2018, un compte Instagram et son contenu peuvent remplacer une conférence de presse ou un communiqué officiel.

La jeune génération d’athlètes, à l’image de Neymar ou de Mbappé, maîtrise à la perfection les codes des millenials. Elle arrive à susciter le désir des fans, à relayer des performances comme du second degré et de l’intime. Quitte à signer la fin des médias traditionnels…

Photo : Instagram de Mbappé

Crédits : Capture d’écran

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