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Histoire de Coupe du Monde : l’Argentine 78

Histoire de Coupe du Monde : l’Argentine 78

Le mondial argentin de 1978 a tout juste 40 ans et reste encore parmi les plus marquants de l’Histoire. Pas sur le terrain uniquement, mais en dehors aussi.

Le football entre publicité et propagande

Le mondial argentin fut celui de tous les débats, et à plus d’un titre. A ce moment-là, la FIFA est depuis quatre ans sous le joug de Joao Havelange. Celui qui déclarait vouloir aider Coca-Cola à vendre grâce au football. Beaucoup l’ignorent, mais le visage du football commence déjà à changer. Et le premier fait d’arme de Joao Havelange, maintenir l’organisation de la Coupe du Monde 1978 attribuée à l’Argentine péroniste, bien qu’elle soit devenu entre-temps une dictature militaire dirigée par le sanguinaire Jorge Videla. Selon Lucarne Opposée, une thèse suggère que Videla aurait monnayé ce mondial par la libération de Paulo Antonio Paraguana, fils d’un diplomate brésilien.

Le football devient un produit pour les uns, un outil de propagande pour les autres. Personne ne doute que l’Argentine était déjà un pays de football. Premier finaliste de l’histoire de la compétition, avec des clubs déjà mythiques, comme le Boca Junior, le River Plate ou encore le Racing et l’Independiente, le pays du tango n’a déjà plus grand-chose à prouver aux puristes. Les raisons de certaines circonspections et autres scepticismes se situent plutôt du côté politique. Le mondial était avant tout une vitrine pour la junte au pouvoir. Vitrine que la FIFA s’est engagée à offrir sans souffler mot.

L’événement subit avant même son commencement le feu des polémiques, qui dépassent ses frontières. On va alors jusqu’à parler de boycott. Michel Hidalgo, sélectionneur des Bleus et Yoann Cruyff sont respectivement agressés. Le génie hollandais choisira finalement de boycotter la compétition au même titre que le latéral ouest-allemand Paul Breitner. Même du côté argentin, certains refusent de jouer le jeu de la junte. Ainsi Jorge Carrascosa, capitaine de la sélection, décide l’année précédant la compétition de prendre sa retraite internationale pour “question de conscience”.

Une Argentine “logiquement” victorieuse mais contestée.

En dehors de ces défections, le gratin du football planétaire est présent pour le mondial argentin. La cérémonie d’ouverture se déroule au Monumental sans problème apparent alors qu’à seulement deux kilomètres de là se situe l’escuala superior de mecanica de la armada. Il s’agit d’un centre de rétention où sont pratiqués des actes de tortures ainsi que les fameux “vols de la mort”. Glaçant…

Sur le terrain, l’Argentine se présente avec une des plus belles équipes de son histoire. Le génial meneur de jeu Mario Kempes, qui finira meilleur buteur et meilleur joueur de la compétition apparaît comme le leader naturel de cette sélection. Derrière lui, Daniel Passarella ordonne la défense centrale, Osvaldo Ardiles le milieu de terrain, Daniel Bartoni et Leopoldo Luque pour aider Kempes animent l’attaque albiceleste. Le tout est emmené par Cesar Luis Menotti, un des tacticiens les plus influents que le football argentin ait connu.

Malgré une première phase de poule relevée, composée de la France de Michel Platini, de l’Italie de Paolo Rossi et de la Hongrie, les bleus ciel et blancs s’en sortent sans trop d’encombres, si ce n’est une défaite 1-0 contre l’Italie lors du dernier match.

A l’époque, le mondial se jouait à 16 équipes. Deux phases de poule étaient nécessaires pour parvenir directement à la finale. L’Argentine se retrouvait avec la Pologne, le Pérou et le Brésil. Après un début aisé face à la Pologne (2-0), pourtant troisième du mondial allemand en 1974, l’Argentine est tenue en échec par le Brésil 0-0. Au moment d’affronter le Pérou, les Argentins sont en ballottage défavorable face au Brésil au niveau de la différence de buts. Ayant de son côté battu le Pérou 3-0 puis la Pologne 3 buts à 1, l’Argentine doit gagner par quatre buts d’écart pour se qualifier pour la finale.

C’est là que le scandale commence. Si Joao Havelange nie toute accusation de truquage sur cette Coupe du Monde 1978, toujours est-il que Jorge Videla en personne se rend dans le vestiaire péruvien pour leur parler de “fraternité latine”. Les péruviens se feront battre 6-0 et l’Argentine affrontera les Pays-Bas de Johan Neeskens et du bastiais Johnny Rep.

Si l’accession à la finale de la sélection albiceleste est contestée, sa victoire contre la Hollande, elle, n’en est rien. La science tactique et le collectif inculqué par Cesar Luis Menotti aura raison du football total hollandais. Même si les Pays-Bas contraignent l’Argentine à jouer les prolongations, après que Nanninga ait répondu à l’ouverture du score de Mario Kempes, ce même Kempes puis Daniel Bertoni viennent porter l’estocade à la sélection batave. Les Sud-américains remportent cette finale 3 buts à 1 et glanent ainsi leur première coupe du monde, devenant dans le même temps la troisième nation d’Amérique du Sud à soulever ce trophée après l’Uruguay et le Brésil.

Les “brassards noirs” aux pieds des poteaux du Monumental

S’il est une histoire qui peut redonner un peu d’humanité au milieu de toute cette brutalité, de tout ce sang, de toutes ces larmes, c’est bien celle des pieds de poteaux noirs. Une anecdote lourde de symbole racontée par cet article des cahiers du football. David Forrest, journaliste au Guardian, était intrigué par ces bandes noirs. Aussi décidait-il de se rendre à Buenos Aires pour en savoir plus.

Son enquête l’emmène auprès d’Ezequiel Valentini, chargé à l’époque de l’entretien du stade. Rappelons que l’Estadio Monumental, évoqué précédemment, était situé à deux pas d’un centre de rétention destiné à la torture d’opposants politiques. Ezequiel Valentini explique alors au journaliste anglais : « Dans notre famille, notre entourage, nous avions tous quelqu’un qui avait disparu, qui était torturé quelque part… Même les joueurs de l’équipe nationale. Ils auraient dû tous porter un brassard noir. Aucun n’a pu le faire. Alors ce brassard noir, on l’a peint sur les poteaux. » Pour le stadier, c’était une revanche contre la dictature qui s’approprie le mondial.

Un homme pour accomplir cette revanche, César Luis Menotti

Le mondial argentin ressemble un peu à Diego Maradona lors du 1/4 de finale 1986 contre l’Angleterre. Le vice et la vertu cohabitent et s’entremêlent. Après les “brassards noirs”, l’autre vertu de cette Coupe du Monde 1978, c’est un personnage devenu une icône, le sélectionneur César Luis Menotti. L’analogie avec Maradona 1986 est bien trouvée car toute l’encre qui avait commencé à couler au sujet de Menotti avant ce mondial 78, c’était pour son choix de ne pas sélectionner le prodige argentin.

Passé par Barcelone, bien qu’il y a été entraîneur qu’une seule saison, il aura été une source d’inspiration pour tout une génération d’entraîneurs actuels, dont le plus célèbre se nomme Pep Guardiola. Son Argentine 1978 s’inscrit malgré tous les reproches qu’on peut lui faire parmi les plus belles équipes que ce pays et l’Amérique Latine ait connu. Mais el Flaco, de son surnom, était plus qu’un entraîneur, plus qu’un sélectionneur. César Luis Menotti est cette énième légende — ouvertement communiste en pleine dictature — venue de Rosario (ville natale de Marcelo Bielsa, de Lionel Messi, d’Ernesto Guevara, entre autres).

C’est à Rosario même que Menotti a fait ses classes en matière de football. Chez l’éternel rival des Newell’s Old Boys, au club de Rosario Central. C’est aussi à Rosario que, issu d’une famille péroniste, il s’est tourné vers le communisme. Au moment du coup d’État qui avait destitué Isabel Peron et mis en place la junte militaire, El Flaco était déjà à la tête de la sélection argentine. Plusieurs fois l’idée de démissionner s’est présentée à lui. Il a finalement choisi de rester, considérant que la sélection et l’AFA n’appartiennent pas à la junte. Ses idées ? Il les conserve et les inculque à ses joueurs. L’équipe d’Argentine est celle du peuple argentin et non celle des tortionnaires au pouvoir. Ainsi déclarait-il a ses joueurs : « Ne gagnez pas pour les généraux. Gagnez pour les disparus, pour vos proches, pour le peuple ».

Telle une prophétie, son Argentine et ses joueurs ont gagné face à la Hollande, au terme d’un match à la dramaturgie à la fois épique et romantique. Au-delà des scandales et bien au-delà du football, l’enjeu pour les argentins ne résidait pas uniquement dans la victoire mais dans son appropriation. Cesar Luis Menotti et les stadiers du Monumental n’ont pas uniquement lutté pour gagner, mais aussi pour sauver l’honneur bafoué du peuple argentin.

Légende : Mario Kempes contre la Hollande lors de la finale

Crédit : El Grafico / Wikimedia Commons

1 Comment

  1. VATRINET

    Bonjour, l’attaquant argentin s’appelle BERTONI et non pas BARTONI.

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