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Coupe du monde 2026 : le Maroc victime de la géopolitique du football

Coupe du monde 2026 : le Maroc victime de la géopolitique du football

Le Maroc n’organisera pas la Coupe du monde 2026, trop fragile sur le plan géo-politique face au trio constitué par les Etats-Unis, le Mexique et le Canada.

Alors que son équipe nationale s’est brillamment qualifiée pour la Coupe du monde qui commence, le microcosme footballistique marocain fait grise mine. Et pour cause : le royaume chérifien, qui candidatait pour organiser l’édition 2026 de cette compétition prestigieuse, n’a pas été choisi au terme d’un scrutin auquel prenait part les fédérations de tous les continents. Il faut voir que l’adversaire était de taille : face au pays de Mohammed VI, se dressait une candidature commune des Etats-Unis, du Canada et du Mexique, qui s’entendent manifestement mieux sur le ballon rond que sur l’aluminium et l’acier…

D’un point de vue purement économique et financier, le Maroc ne faisait pas le poids. Pour ne rien arranger, le président américain Donald Trump avait fait comprendre, avec l’absence de délicatesse qu’on lui connaît, qu’il saurait se souvenir des pays alliés dont les fédérations se seraient montrées déloyales. Le 27 avril dernier, il twittait : « Ce serait une honte que les pays que nous avons toujours soutenus fassent du lobbying contre la candidature américaine. Pourquoi devrions-nous soutenir des pays alors qu’eux ne le font pas (y compris à l’ONU) ? ». Forcément, de telles menaces sont susceptibles de faire leur effet…

Certes. Mais ce qui accentue la déception – et déchaîne les polémiques – c’est le niveau de la déroute marocaine : 65 voix, contre 134 pour l’alliance Etats-Unis/Canada/Mexique. Certains pays “frères” africains et arabes ont fait faux bond. Et ça passe mal. Au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à laquelle le Maroc veut adhérer – notamment dans l’objectif d’écouler les produits de son industrie dans une zone de libre-échange de plusieurs centaines de millions d’habitants –, le Bénin, le Liberia, la Sierra-Leone, le Cap-Vert et la Guinée manquent à l’appel. Certes, le dernier pays cité rejette la responsabilité de ce choix, décrit comme une erreur, sur les machines à voter de la Fédération internationale de football (FIFA). Mais le malaise est bien là. Soutien traditionnel de l’Algérie et du Front Polisario, l’Afrique du Sud a aussi choisi la candidature nord-américaine, tout comme ses voisins du Lesotho, du Zimbabwe, du Botswana, de la Namibie et du Mozambique. Et pourtant, le Maroc espérait 50 votes africains sur 54 fédérations !

Si les pays d’Afrique du nord, y compris le grand rival algérien, ont été solidaires du Maroc, de nombreuses nations du “monde musulman” ont préféré ménager leur alliance avec les Etats-Unis : Liban, Irak, Malaisie, Afghanistan, Koweït, Indonésie, Bahreïn, Arabie Saoudite… Comme d’autres pays européens (Pays-Bas, Belgique, Italie…), la France a choisi de voter pour le Maroc. Mais les fédérations de Nouvelle-Calédonie et de Tahiti, qui ont leur indépendance, ont choisi les Etats-Unis et leurs associés.

La géopolitique du football a toujours été affaire sérieuse. Et ce revers pousse en tout cas le journal en ligne Le Desk à constater que « ce sont les fondements de la doctrine diplomatique du Maroc qui viennent d’être invalidés ».

1 Comment

  1. fiofiojm

    Bonjour Théo

    Le Maroc est-il réellement « victime » de ne s’être pas vu attribuer l’organisation de la coupe du monde de football 2026 ?
    Quand on voit ce qu’il se passe au Qatar pour l’organisation de la coupe du monde 2022 on peut en douter d’autant qu’il n’est pas certain que le Maroc soit la démocratie vantée par l’Arab Democracy Index qui classe ce pays au premier rang des pays arabes. Quand bien même il le serait, cette démocratie semble loin de ce qu’on peut espérer dans un pays démocratique. Par exemple l’association ATTAC-CADTM Maroc qui est une association altermondialiste, de gauche agissant de concert avec les autres associations ATTAC du monde s’est vu refuser le renouvellement de son enregistrement légal par les autorités marocaines en 2014 et l’association semble toujours en attente d’une décision du tribunal administratif de Rabat devant lequel elle a formé un recours.

    Par ailleurs, loin d’être bien informé sur la situation sociale au Maroc, je me rappelle tout de même que dès les débuts de l’activité de l’association en 2000 le pouvoir en place exerçait de fortes pressions policières et judiciaires contre les militants d’ATTAC Maroc. Certes depuis peu il semblerait que cela se soit un peu détendu à la faveur d’un léger assouplissement du régime monarchique dont le roi détient toujours des prérogatives exécutives très importantes mais l’ambiance répressive reste tout de même très pesante me semble-t-il.

    Il faudrait peut-être se tourner vers ATTAC-CADTM Maroc pour avoir leur analyse sur cette question de savoir s’il était bon ou non pour le peuple marocain que le Maroc organise cette coupe du monde 2028 avant de dire que le pays est « victime » de cette non attribution. La différence de poids économique entre le trio USA-Mexique-Canada et le Maroc n’étant pas un argument disons humaniste ni même l’argument de la menace de Trump. L’essentiel étant de savoir si l’organisation d’une coupe du monde de football apporte quelque chose de bénéfique pour l’intérêt commun et pour le peuple qui l’accueil compte tenu des enjeux essentiellement spéculatifs dans tous les domaines d’une telle compétition, le plus important probablement étant la spéculation immobilière partout où elle est organisée et l’expropriation de terres arables plus spécifiquement pour le Maroc.

    Une analyse par ce prisme de votre part Théo serait très intéressante car je pense qu’elle serait très pointue et très rigoureuse comme à votre habitude.

    Cordialement
    Jean-Marc Fiorese

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