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Procès des présumés meurtriers de Clément Méric : le récit de la première journée

Procès des présumés meurtriers de Clément Méric : le récit de la première journée

Esteban Morillo, Alexandre Eyraud et Samuel Dufour sont tous les trois accusés du meurtre de Clément Méric, un jeune antifasciste assassiné le 5 juin 2013. Le procès se tient aux assises de Paris du 4 au 14 septembre. Le Média y était.

La journée commence sur un coup de théâtre. « La cour est obligée de constater l’absence d’un des accusés, Samuel Dufour » déclare la présidente. Dans les rangs du tribunal, c’est l’incompréhension. Du côté des parties civiles, c’est la surprise. Les « antifas » ne s’expriment pas, mais redoutent le report du procès. Au lieu de débuter à 9h30, l’audience ne reprend qu’à 13h45. L’accusé est « introuvable », la faute à une erreur policière. À la reprise, le militant d’extrême droite explique s’être fait interpeller par la police à 8h26, devant le palais de justice. Il était donc à l’heure pour assister à son procès. Correspondant à un signalement, des forces de l’ordre le contrôlent, et l’emmènent. Le prévenu n’a pas sa convocation. Les agents appellent le bureau du procureur afin de vérifier s’il est réellement attendu au palais de justice, avant de le relâcher. Une explication que confirme l’avocat général. Le procès peut commencer.

Le procès de l’idéologie d’extrême-droite

Avant d’entrer dans le tribunal, les avocats de la défense préviennent les journalistes, pour eux « l’enjeu du procès est de faire la part des choses dans les violences » et de se concentrer sur les faits. Ils craignent que l’avocat général et les parties civiles ne veuillent faire le procès d’une idéologie. Une représentante de Solidaires Étudiant Science Po Paris, dont était membre Clément Méric, nous explique que son organisation « souhaite que la vérité sur les circonstances de l’assassinat soit faite, et que sa dimension politique soit reconnue publiquement ».

L’avocat général et les avocats des parties civiles ne s’y trompent pas. Tout au long de la journée, ils poseront des questions sur la connaissance de l’idéologie nazie par Esteban Morillo et Alexandre Eyraud. À plusieurs reprises, la présidente demande des explications aux prévenus sur leurs tatouages, vêtements et accessoires qui font explicitement références à l’Allemagne nazie, au régime vichyste ou au suprématisme blanc. Devant les soupirs de la défense, l’avocat général déclare : « Il y a un pays voisin, l’Allemagne, qui a de grandes souffrances parce qu’il a opéré la dénazification », avant de questionner Esteban Morillo, l’auteur du coup mortel, « quel est votre souvenir de ce que vous avez appris à l’école sur le nazisme ? ».

Des accusés qui se posent en victimes

La stratégie de la défense semble consister à présenter les coupables comme « des hommes nouveaux », en souffrances, tiraillés par le repentir, victimes d’agressions et vivant dans un sentiment d’insécurité. Esteban Morillo a troqué le look skinhead pour un costume sombre. À ses côtés, avachi sur sa chaise, Alexandre Eyraud est en jean et en chemise bleue. Le procès débute avec la lecture d’une lettre de Serge Ayoub, le leader du mouvement politique dont faisaient partie les trois accusés. Appelé à témoigner, celui-ci justifie son absence, certificat médical à l’appui, par une incapacité à se rendre à la comparution, qui risquerait de nuire à sa santé mentale et physique. Déclarant avoir peur de se faire agresser, il demande comment le tribunal compte « assurer la tranquillité des témoins (…) et la sérénité des débats ».

Vient au tour d’Esteban Morillo de prendre la parole. Il commence en déclarant : « Je voudrais souligner à quel point je suis attristé par cette affaire (…) j’y pense à chaque fois que je regarde mes parents. » En réponse aux avocats il ose dire : « À chaque fois que je regarde mes parents, je me dis que ça aurait pu être moi. » Son père affirme même : « Ça peut arriver à tout le monde. » Après avoir annoncé la perte de son emploi la veille du procès, la déposition du suspect consiste à démontrer qu’il a changé, que c’était une erreur de jeunesse, qu’il vit dans le regret et depuis un enfer. « Mon but est d’ouvrir un refuge pour animaux », explique-t-il avant de préciser qu’il a pris 40 kilos. À chaque question sur son implication dans le mouvement de Serge Ayoub, les accusés minimisent leur participation et affirment n’avoir jamais été totalement en phase idéologiquement. En parlant du look des skinhead, Esteban Morillo assure que « l’image que ça donnait, ce n’était pas mon image ». Lorsque la présidente le questionne sur son tatouage sur le bras « Travail, Famille, Patrie », qu’il a recouvert peu avant l’audience, il rétorque : « Je trouvais que la devise était belle (…) je savais pas que ça avait un rapport avec Vichy », quitte à se ridiculiser devant l’assemblée.

Des accusés dans le déni

Aux prévenus, l’avocat général est cash : « On a du mal à croire que vous puissiez oublier tant de choses alors que vous êtes si jeunes. » À propos des déclarations d’Esteban Morillo, il lui demande : « Vous croyez que ça fait quoi aux parents de Clément Méric ? » présents dans le public. Après les nombreux « je ne sais plus » d’Esteban Morillo et d’Alexandre Eyraud aux questions de la juge, cette dernière déclare : « Vous m’inquiétez (…) vous avez des trous de mémoires parfois ? » En cause l’attitude de déni des prévenus, dont la mémoire semble contredire certains faits. Esteban Morillo insiste, s’il a rejoint l’extrême droite, c’est pour se faire des amis. Après le collège, il arrive au CFA et ne connaît personne. Il rencontre alors deux copains, militants d’extrême droite, qui l’emmènent ensuite au Local, le bar associatif de Serge Ayoub à Paris. Dès que la cour lui demande des détails, il bloque, invoquant des oublis et n’assume pas son passé politique. Lorsqu’une avocate lui rappelle qu’il a été vu porter un drapeau des Jeunesses nationalistes révolutionnaires en manifestation avec Serge Ayoub, peu avant les faits, il répond que « sortir des milieux de l’extrême droite ce n’est pas facile », comme si sa présence ne signifie pas une adhésion idéologique. Même chose concernant ses tatouages : « C’était pour impressionner mes copains. » Et concernant ses accessoires nazis, soit c’était des cadeaux, soit des choix esthétiques, soit il ne s’en souvient pas. Quand la présidente aborde sa page Facebook, aujourd’hui supprimée, il ne trouve pas de justification pour ses références à Mein Kampf et aux symboles nazis. Même discours avec Alexandre Eyraud, qui conclue sa déposition en déclarant : « L’accusation de racisme, je ne la comprend pas, petit j’avais une nounou (…) avec qui j’ai toujours de très bons contacts. » Atterrée, l’avocate rétorque : « Vous n’êtes pas raciste car vous avez une nounou noire ? » A une question de la défense : « Avez-vous la haine des étrangers ? », la réponse fuse : « Non sinon j’aurais pas pris une étrangère » en parlant de sa fiancée. De quoi sidérer la salle.

Cette attitude pousse l’avocat général à demander à Esteban Morillo s’il est courageux, et à dire à Alexandre Eyraud : « À vous croire, tout cela était dû au hasard. »

Légende : Rassemblement pour Clément Méric à Toulouse, le 4 juin 2015

Crédits : Gyrostat / Wikipédia

1 Comment

  1. Sylvie Dubois

    Affaire à suivre…
    Une question : quelle est l’utilité d’inclure des morceaux de messages Twitter au milieu du texte ? Quelle information apportent-ils de plus ??

    Réponse Signaler un abus

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