Procès de Christophe Dettinger : « En voulant empêcher une injustice, j’en ai créé une autre »

Procès de Christophe Dettinger : « En voulant empêcher une injustice, j’en ai créé une autre »

« En voulant empêcher une injustice j’en ai créé une autre. » Par cette déclaration, Christophe Dettinger, 37 ans, résume peut-être le mieux l’affaire. Durant son audience il ne niera à aucun moment son geste mais tentera par tous les moyens de l’expliquer. L’ancien champion de France de boxe a finalement écopé d’un an de prison ferme pour avoir frappé deux gendarmes, le 5 janvier, sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, à Paris. 

Comme dans un match de football, c’est désormais la vidéo qui fait la loi aux yeux de la justice. C’est grâce aux images diffusées sur les réseaux sociaux que Christophe Dettinger a été identifié par la police. Et c’est toujours après les avoir regardées que la présidente, Sabine Raczy, demandera à Christophe Dettinger d’expliquer son geste. « Pourquoi avoir forcé le passage ? Sur les vidéos on voit que vous n’étiez pas obligé d’emprunter ce chemin [de la passerelle. » Ce à quoi l’accusé répondra : « Là, vous me montrez des vidéos, effectivement avec le contexte je me rends compte que ce n’était pas le seul endroit où aller. Mais sur le moment je suis le cortège de manifestants. »

Car la question est de savoir si le geste de l’accusé était prémédité ou pas. Était-il venu à la manifestation pour en découdre avec les forces de l’ordre ? Christophe Dettinger jure que non. « Ce jour-là, j’étais avec ma femme et une amie, je ne me suis pas levé en me disant aujourd’hui je vais frapper un policier. » Il explique son accès de violence par la violence des policiers auquel il a fait face lors de cet épisode de la passerelle. En ce qui concerne les premiers faits, où on le voit projeter un gendarme au sol et lui asséner des coups de pied, il affirme avoir voulu secourir une manifestante « matraquée » par les forces de l’ordre avant d’ajouter : « Quand je vois une injustice c’est plus fort que moi, je suis obligé d’intervenir. » Durant toutes ces explications la voix de l’ancien champion de boxe est fébrile. Il bégaye. On le sent fatigué et surtout anxieux. Il avouera d’ailleurs « avoir peur de la sentence » et que cela l’a « empêché de dormir pendant un mois. »

Malgré ces déclarations, la présidente n’en démord pas. Selon elle, on ne voit pas sur les vidéos la manifestante, que Dettinger dit défendre, se faire frapper par les forces de l’ordre. Et le témoignage de cette manifestante, Gwanaëlle Antinori, ne semble pas lui faire changer d’avis. « À quel moment sur la vidéo voit-on le gendarme porter un coup ? » demande la présidente. Ce à quoi madame Antinori répondra : « La vidéo ne filme pas le début de la scène, mais cela n’empêche que ce jour-là j’ai quand même eu une côte cassée, et j’ai pris un coup de matraque dans la bouche. »

Pour le reste, Dettinger admettra que pour aider la manifestante, il aurait simplement dû repousser le gendarme et non pas lui donner des coups de pied. Ce sentiment d’injustice que met en avant le prévenu pour expliquer son acte, l’avocat de la partie civile s’étonne qu’il n’en ait pas parlé dans sa vidéo d’excuses publiée sur les réseaux sociaux le 7 janvier. L’argument ne lui aurait-il pas été soufflé ? A cette insinuation l’accusé répondra : « Il faut demander aux personnes importantes dans ce pays, on est limité chez nous. » Faisant clairement référence aux récents propos d’Emmanuel Macron diffusés par la presse – il affirmait que Christophe Dettinger était briefé par un avocat d’extrême gauche et que du coup il ne parlait plus comme un gitan.

« J’ai fait une grosse erreur que je regretterai toute ma vie »

Pour les seconds faits qui lui sont reprochés, avoir boxé un gendarme sur le bas de la passerelle, la présidente repasse la vidéo de l’événement en demandant : « Qu’est-ce qui vous a poussé à frapper ce gendarme ? » L’accusé expliquera que quelques secondes avant le début de la vidéo, les gendarmes s’en prenaient aux manifestants à coup de matraque et de gaz lacrymogène. Une version que le gendarme frappé par monsieur Dettinger ce jour-là, et présent à l’audience, niera. Christophe Dettinger, lui, ne conteste pas le caractère violent de son geste : « J’ai fait une grosse erreur que je regretterai toute ma vie. Mais je ne suis pas un casseur de flic comme je l’ai entendu. » Pour justifier le fait qu’il n’a pas une haine anti-flic, Christophe Dettinger, avouera même avoir postulé à plusieurs reprises pour être réserviste au sein de la gendarmerie. Mais son mea culpa, ses explications et son absence d’antécédent judiciaire n’y changeront rien. Christophe Dettinger devait servir d’exemple. Le procureur demandera 2 ans de prison ferme à son encontre. Le tribunal va finalement décider de le condamner à 1 an de prison ferme aménageable en semi-liberté. Dans ses derniers mots l’ancien champion de France de boxe déclarera au bord des larmes : « On m’érige en symbole mais je n’ai rien demandé. » Reste à savoir si c’est le geste ou le symbole qui a été condamné.

https://lemediapresse.fr/social/lettre-au-president/

Légende : Christophe Dettinger à la barre

Crédits : BENOIT PEYRUCQ / AFP

4 Comments

  1. Pif_Hercule

    Bravo pour votre si beau reportage et article, cher Monsieur Yanis Mhamdi du Média. L’article est très digne, sensible, plein de coeur et pertinent. Fier de cet homme digne, gitan ou non, et fier d’être associé du Média, comme Socio !… Vous rendez ses lettres de noblesses au journalisme audio-visuel et écrit, souvent tant malmené ces dernières décennies et dernières années !…

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  2. Jean-Paul B.

    Et pendant ce temps Alain Juppé est nommé au conseil Constitutionnel sur proposition de Richard Ferrand!
    Petit rappel historique:
    – Alain Juppé a été contraint de quitter la vie politique en 2004, la cour d’appel de Versailles l’ayant condamné à 14 mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris à l’époque de Chirac Maire de Paris.
    – Richard Ferrand est poursuivi,mais a petite vitesse par la « Justice », pour avoir fait choisir par les Mutuelles de Bretagne qu’il présidait des locaux commerciaux que sa compagne avait mis en location (le hasard fait parfois bien les choses, surtout quand on l’aide un peu!).
    Donc un coquin,avec casier judiciaire, est chargé par un autre coquin,présumé innocent,de s’assurer de la constitutionnalité des lois pour les 9 ans qui viennent et bien rémunéré (mieux que la majorité des citoyens!) par les con(s)tribuables!
    Elle est pas belle la République exemplaire que l’on nous a vendue en mai 2017?

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  3. Ainuage

    Dettinger et les autres (Cahuzac, ….)

    Cahuzac, 4 ans de prison, 2 ans fermes, qui seront probablement aménagés dans la version la plus souple (un créneau horaire d’assignation à résidence) de l’application des peines : il a payé l’amende et ses possibilités de réinsertion sont réelles en tant que médecin. C’est sûr que lorsqu’on est riche (entre autre de l’argent qu’on a volé au fisc) on peut payer des amendes, et on peut trouver des canaux de réinsertion sérieux. Mais voilà, il faut être riche (et avoir fait de la politique) pour aider les juges à apprécier « subjectivement » les critères d’application des peines. Subjectivement ! Cad « en son âme et conscience » ! Or, pour l’essentiel, on a la conscience de ces intérêts sociaux et de la subordination de ces intérêts aux classes dirigeantes (classes possédantes les plus riches). Les circonstances a priori ultra-aggravantes (pour la conscience d’un pékin moyen) d’être ministre du budget et de frauder le fisc, là ne pèsent pas lourd ! Il peut payer les amendes et il peut se réinsérer : ça suffit pour être absout ! Autant dire : impunité des riches ministres/diplômés/démerdards sans états d’âme !

    N’oublions pas la façon qu’a eue Cahuzac de brutaliser les journalistes qui « le » serraient de trop prêt lors de son procès. Dettinger a brutalisé un policier qui avait frappé « une femme à terre », et qui avait brutalisé aussi « sa propre femme » (les caméras n’étaient pas là au bon moment, malheureusement). De plus, Dettinger n’a frappé que sur les équipements de protections des policiers (visières, …) en évitant de viser les parties exposées qui étaient tout à fait accessibles pour un homme de l’art tel que lui : va-t-on tenir compte de cette grandeur d’âme, de cette conscience spécifique à la catégorie des « riens » ? Non, Dettinger n’est rien en effet ! ni médecin, ni riche. Dettinger s’énerve par amour de l’humanité. Dettinger c’est le seul vrai ministre actuellement. Mais sans portefeuille.
    Sinon celui de l’Amour !

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