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« Le Postillon » | Un flic charge les indics

« Le Postillon » | Un flic charge les indics

Nous publions l’entretien de notre partenaire, Le Postillon, d’un gardien de la paix grenoblois qui raconte les dessous de son métier.

Parfois la police ne raconte pas la vérité. Ce n’est pas un militant anti-flics qui vous le dit, mais un policier de terrain. Alain Devigne est gardien de la paix à Grenoble depuis 1986. Depuis vingt ans, il signale « des comportements malhonnêtes, des moralités douteuses et des méthodes illégales », notamment à propos des relations troubles entre flics et indicateurs.

En 2016, suite à certaines de ses plaintes, une information judiciaire a été ouverte où il est partie civile. Non soumis au secret de l’instruction, il parle. Beaucoup. De son histoire et du « travail » (la machination) qu’on a monté contre lui. De la manière dont sa hiérarchie le fait passer pour un « fou ». Il évoque également l’affaire Neyret et les relations entre certains policiers grenoblois et des indicateurs criminels, l’incidence que cette relation a sur quelques événements et procès. Son témoignage laisse apparaître une autre version de quelques-uns des grands faits-divers grenoblois de ces dernières années : le go fast Bessame, le braquage de la bijouterie Delatour à Saint-Egrève ou le braquage du casino d’Uriage ayant précédé les émeutes de la Villeneuve en 2010. Une « déposition » passionnante et instructive.

Le Postillon : Il y a bientôt sept ans éclatait l’affaire Neyret [du nom du « superflic » lyonnais tombé pour ses liens avec les indics], impliquant également les deux chefs de la police judiciaire de Grenoble, le commissaire Christophe Gavat et son ancien adjoint, le commandant Gilles Guillotin. Le procès en appel s’est déroulé en avril. Poursuivis pour « trafic de stupéfiants, détournements de scellés, association de malfaiteurs », Christophe Gavat a été relaxé et Gilles Guillotin a été condamné à huit mois de prison avec sursis lors du verdict du 12 juin dernier. Qu’en pensez-vous ?

Alain Devigne : Il faut préciser que l’enquête de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale), diligentée par le parquet de Paris, était centrée sur Neyret, et pas sur le commandant Guillotin et le commissaire Gavat. Pour preuve, les perquisitions de leurs bureaux à l’hôtel de police de Grenoble ont été faites plus d’une semaine après les 96 heures de garde à vue passées dans le cadre de trafics de stupéfiants et association de malfaiteurs. Pourquoi ? C’est du jamais vu en matière de procédure de stupéfiants… Combien de dealers aimeraient avoir le temps de faire le « ménage » en sortant de chez le magistrat instructeur ? Beaucoup… Joli cadeau de l’IGPN en tout cas. Quand l’affaire Neyret a éclaté, je n’ai pas été étonné puisque cela faisait des années que je dénonçais par écrits et paroles les vols de scellés et les protections douteuses. J’avais même été menacé hors service et en service à ce sujet.

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Guillotin et Gavat ont été placés en garde à vue puis écartés de leurs responsabilités grenobloises. Depuis, il n’y a plus ce genre de problèmes ?

Hélas ! Ce sont les têtes qui sont tombées, mais les petites mains sont restées en place. Et quel est le réflexe des complices non inquiétés ? Protéger la tête et ne pas se remettre en question. La preuve, c’est que juste après l’affaire Neyret, une affaire louche va être montée de toutes pièces par la police judiciaire de Grenoble. Vous avez entendu parler de l’affaire Bessame ?

Mohamed Bessame, c’est le célèbre trafiquant grenoblo-lyonnais habitué des go fast qui s’était échappé de la prison d’Aiton en hélicoptère…

Exactement. En juin 2012, il est arrêté avec trois autres personnes lors d’un go fast en remontant sur Grenoble. Six cent kilos de résine de cannabis sont saisis, ce qui occasionne un procès rocambolesque. Car Bessame au fond de sa cellule, épluche le dossier et se rend compte qu’il a été piégé par un très bon ami à lui, qui se révèle être un indicateur de police, un certain X que je connais bien. Cet indic était venu le relancer dans le trafic de stups en octobre 2011, juste après l’affaire Neyret, pour monter le go fast. Mais au procès, il avait disparu de toute la procédure et ne s’y est évidemment pas présenté. Là-dessus, vous pouvez consulter les articles de presse relatant ce procès, mon témoignage et de nombreuses anecdotes (voir encart ci-contre).

Bon ok, les flics ont utilisé un indic pour faire tomber un gros trafiquant. Mais les flics ne sont-ils pas obligés d’utiliser ce genre de procédés pour faire tomber des « gros », comme se sont défendus Neyret ou Guillotin ?

Dans le dossier Bessame, ce qui est en cause, ce n’est pas juste le fait d’utiliser un indic, mais que cet indicateur soit un criminel et ait été à l’origine du go fast. Le fait que ce soit X qui soit venu relancer Bessame dans le trafic de stups et lui proposer ce go fast, est effectivement déloyal et problématique : l’indic ne doit pas impulser une action illégale, sinon ça fausse toute la procédure. Et en l’occurrence, cette procédure est truffée d’incohérences et de faux. Lors du procès en appel de ce go fast, le célèbre avocat Eric Dupont-Moretti, défendant Bessame, parlera de « mascarade judiciaire » et affirmera à propos de la présence de l’indic X dans la procédure : « tout est pourri dans ce dossier » ; « j’ai rarement vu autant de choses qui n’allaient pas. » Les avocats relèveront des vols de scellés et 188 procès-verbaux avec des signatures d’officiers de police judiciaire formellement imitées. L’enquête a été viciée et bâclée : comme pour l’affaire Tarnac, quand il y a une volonté malhonnête forte derrière une procédure, celle-ci devient complètement foireuse. Et d’ailleurs cela ne concerne pas uniquement Bessame et ses complices, mais moi aussi puisqu’on a essayé de me piéger [voir plus loin – NDLR]. Pour que vous vous rendiez compte des dangers inhérents à l’utilisation des indics, je vais d’abord vous parler de deux affaires grenobloises, où le même indic X est impliqué. Vous souvenez-vous du braquage de la bijouterie Delatour à Saint-Egrève ?

Ah ça, non, ça ne nous dit rien… On a beau lire Le Daubé tous les jours, on ne se souvient pas de tout…

Ça remonte à mai 2010. Trois criminels prennent en otage, à son domicile, le directeur de la bijouterie Delatour, sa femme, et deux ados, à Saint-Hilaire du Rosier. Après les avoir amenés de force à Saint-Egrève, ils contraignent le directeur à ouvrir la bijouterie et le coffre. Mais un système discret d’alarme prévient la gendarmerie, qui intervient rapidement. Les trois hommes regagnent donc précipitamment leur voiture en abandonnant leur butin, mais en gardant les otages dans la voiture. Dès le début de la fuite, le conducteur heurte un trottoir et crève un pneu. Une course-poursuite s’engage avec la Bac. Un des truands tire sur les policiers qui restent à distance et qui ne peuvent pas riposter parce qu’il y a des otages dans la voiture ralentie par le pneu crevé. La fuite s’arrête sur les berges du Drac à Fontaine. Les criminels disparaissent dans la nature, sans avoir eu le temps d’incendier le véhicule pour effacer les traces. Les otages traumatisés sont indemnes. Les gendarmes de Saint-Marcellin qui mènent l’enquête peuvent donc récolter les ADN présents dans la voiture.

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Ils sont donc arrêtés et poursuivis ?

Arrêtés non, mais identifiés. L’enquête minutieuse démarre. Mais peu après, il y a un autre fait-divers, dont vous devez vous souvenir : c’est le braquage du casino d’Uriage, ayant entraîné les émeutes de la Villeneuve et le discours de Sarkozy. En fait, parmi les trois braqueurs de la bijouterie Delatour, il y a l’indic X. Sur ce coup-là, il n’avait pas prévenu la PJ qu’il montait au « braquo ». Classique ! Parfois les indics aident la police, et d’autres fois, ils sont à leur compte. Là, X pensait qu’ils allaient cramer la voiture, effacer toutes les traces. Mais ça ne se passe pas comme prévu, il sait qu’il va être « accroché » par les gendarmes. Les indics jouent sur deux tableaux. Quand ça se passe bien, ils ne disent rien. Mais quand ils sont mis en cause dans la procédure, ils vont voir les flics en disant « je vous balance une affaire et vous me sortez d’une autre ». Alors pour se « rattraper » et pour avoir l’immunité adéquate, X balance quelques semaines plus tard un projet de braquage : celui du casino d’Uriage. Karim Boudouda était aussi dans l’affaire Delatour et c’est lui qui tirait sur les policiers pendant que X conduisait. Ils sont de grands amis. Boudouda, ignorant le statut de son complice, lui propose de braquer le casino d’Uriage en lui servant encore une fois de chauffeur. X décline. Il vient enfin d’obtenir son immunité en « balançant » le projet et l’équipe.

Pourquoi la police ne les arrête pas ?

Parce que l’officier référent de X omet d’aviser sa hiérarchie, le parquet et les gendarmes. Il refile le renseignement uniquement à la Bac. Avec une telle info, connaissant la dangerosité de Boudouda, il aurait peut-être dû décider d’intervenir avant le braquage, ou pendant la fuite, avec l’assistance du GIPN (Groupement d’intervention de la police nationale) ou de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention). Une autre possibilité, plus classique, était de le cueillir le lendemain à 6h, puisque lui et son complice étaient identifiés par la dénonciation.

Donc cet officier ne prévient personne. Pourquoi ? Seule la Bac, qui s’était fait tirer dessus par Boudouda un mois auparavant, est avisée mais ne peut intervenir à Uriage parce que c’est en zone gendarmerie. Elle se place en attente à Gières, plus armée qu’à l’habitude, en bas de la descente d’Uriage, sans prévenir les collègues. Elle attend, mais rate l’interception des braqueurs en voiture… S’ensuit la course-poursuite, les échanges de coups de feu, puis la mort de Boudouda à la Villeneuve et la fuite du chauffeur.

Beaucoup de personnes se sont demandées à l’époque pourquoi la Bac était déjà sur les lieux au moment du braquage. Les responsables de la police ont donné une version différente. 
C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de mort côté population ou police. Face à un gars comme Boudouda, on s’écarte, on le laisse passer, on ne prend pas de risque, on n’essaye pas de le piéger, on sait que de toute façon la cavale ne durera pas… Si les choses avaient été faites dans les règles, Boudouda ne serait pas mort mais en prison, il n’y aurait pas eu les émeutes de la Villeneuve, et pas le « discours de Grenoble » de Sarkozy.

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Quelle est la procédure prévue lorsque des policiers sont informés, par dénonciation, que des truands identifiés vont prochainement commettre un braquage ?

Ce n’est pas une procédure stricte, mais des règles de sécurité à appliquer ou un protocole à suivre pour minimiser tous les risques et assurer la comparution des auteurs en justice, en respectant un cadre légal inattaquable. Ce que je résume par « faire travailler des avocats et des juges plutôt que des médecins et des pompiers ». En l’occurrence, si les auteurs sont identifiés et localisés, ils peuvent être interpellés avant le « flag », pendant le « flag » ou à leur domicile à 6h, par des services spécialisés en toute sécurité. Une règle formelle demeure : aviser sa hiérarchie, le parquet compétent, les services policiers spécialisés (BRI/GIPN), les fonctionnaires de police pouvant croiser les braqueurs et les gendarmes territorialement compétents selon le lieu du braquage prévu et l’environnement.

Ce professionnalisme à tous les niveaux a pour but d’éviter toute effusion de sang en s’adaptant à la dangerosité des objectifs, dans le meilleur contexte possible pour éviter des dégâts collatéraux. Ne pas appliquer cette règle, si tout se passe bien, c’est sans grande conséquence… Mais s’il y a quelques soucis, soit on reconnaît son erreur et on l’assume, soit on la dissimule autant que possible, au mépris des victimes et des règles déontologiques. Les apparences trompeuses doivent alors dissimuler les réalités honteuses selon l’expression d’une assistante préfectorale.
à mon humble avis, la mort de Boudouda aurait pu être évitée si la BRI ou le GIPN avaient été sollicités.

Et pourquoi n’arrêtent-ils pas tout de suite le chauffeur ?

Parce que la police judiciaire ne mentionne pas la dénonciation dans la procédure. Si elle le faisait, on lui aurait reproché de ne pas avoir alerté leur hiérarchie et d’avoir fauté. Alors ils savent très bien qui est le chauffeur, il y a une grosse pression médiatique pour qu’il soit arrêté – la France entière parle des émeutes de la Villeneuve – , mais ils n’ont aucune autre preuve que la dénonciation, qui n’est pas dans la procédure. Ils finissent par l’arrêter parce que son ADN a été retrouvé dans la voiture. Mais comme dans la bagnole utilisée par les deux lascars, il y avait également vingt autres ADN, son avocat a eu la partie facile en plaidant au procès : « Vu qu’il y avait vingt autres ADN, pourquoi avez-vous arrêté juste mon client ? » Comme il n’y avait officiellement pas d’autre preuve, il a été relaxé.

Pour l’affaire Delatour, quelles vont être les suites judiciaires ?

Il y avait trois ADN retrouvés dans la voiture : ceux de X, Karim Boudouda et Z. Par ailleurs X avait également envoyé un SMS à son amie pour qu’elle vienne les récupérer en urgence. La gendarmerie enquête pendant des mois, et placera en février 2011 en garde à vue Z, X et sa complice au vu des éléments matériels collectés et exploités. Mais X et sa copine sortent de garde à vue sans poursuites et sans avocat. En fait, il apparaîtra que c’est la juge d’instruction qui a demandé aux gendarmes de ne plus les poursuivre, vu que la police judiciaire est intervenue dans son bureau. Ça pose un gros problème déontologique de protéger un indic dans le cadre d’agression à la personne, comme c’est le cas ici avec quand même un home-jacking violent, une prise d’otages où les victimes sont traumatisées et une tentative d’homicide sur plusieurs policiers. 

Les enquêteurs ne sont-ils pas tenus de respecter un cadre légal ?

à ma connaissance, il y a une charte sur les limites pénales tolérées envers les indicateurs. Tant qu’ils ne sont pas impliqués dans des affaires avec atteintes aux personnes, ils ne sont pas « blacklistés ». Accorder une immunité pénale dans ce cas peut être considéré comme une complicité caractérisant l’association de malfaiteurs. J’ai assisté au premier procès d’assises sur l’affaire Delatour à Grenoble en décembre 2013 : à l’époque on m’avait mis au placard au tribunal et j’étais aux premières loges, étant policier en tenue. Le directeur d’enquête a témoigné pendant des heures en présentant les faits et l’enquête, citant X et son amie en garde à vue, glissant sur les motifs de ces gardes à vue sans entrer dans les détails. Pour Z, par contre, il a été très, très précis. J’ai attendu la fin de déposition à la sortie de la salle d’audience et j’ai fait un seul commentaire au gendarme, en le félicitant pour l’enquête : « On le retrouve partout ce X ! » Et le gendarme de me répondre en soulageant sa conscience « Qu’est-ce que c’est dangereux de travailler avec un tonton comme ça » [« tonton » est une façon de désigner un indic – NDLR]. Je sais qu’il n’a pas apprécié de devoir mentir en rédigeant des faux, puis en déposant sous serment pour « innocenter » un criminel, même si c’est sur instruction d’un juge.

Il n’y a donc qu’un seul condamné ?

Même pas ! Z a été condamné en première instance à douze ans de réclusion. Mais au procès en appel à Lyon, il est acquitté parce que son avocat réussit à convaincre les jurés que la présence de son ADN sur des objets transportables trouvés dans le véhicule utilisé (bouteilles d’essence et lampe) ne prouve pas qu’il ait participé au crime. Donc il y a des victimes qui ont voyagé dans le coffre de la Lexus volée et subi une prise d’otages très violente qui n’auront jamais droit à la justice. J’appelle cela un fiasco judiciaire. À partir du moment où il y a un indic dans une procédure, celle-ci est tordue. Vicier une procédure plutôt que d’avouer des méthodes interdites est discutable.


Vous dénonciez ces pratiques avant l’affaire Neyret ?

Sur ces deux faits divers, je n’avais pas tous les éléments à cette époque, mais la plupart. J’avais souvent ouvert ma gueule sur des détournements de scellés, la protection d’un autre indic criminel en 2004, l’incidence que ces relations troubles avec des indics a pu avoir dans d’autres suites judiciaires de faits divers. L’affaire Neyret à Grenoble est l’élément déclencheur de ma fin de carrière quand la police judiciaire et ma hiérarchie s’associent avec X.

La suite est prévisible pour ceux qui connaissent le statut de lanceur d’alerte et les méthodes d’élimination de ces salariés trop honnêtes pour leurs employeurs. Quand éclate l’affaire Neyret, et que les chefs de la PJ grenobloise sont inquiétés, on commence à dire que je suis suicidaire et on me désarme. Ma direction m’envoie mi-octobre directement à Lyon chez le psychiatre de l’administration, traitant les cas graves. Il ne relèvera aucun symptôme et autorisera ma reprise de service normal, à la grande tristesse de ma hiérarchie. Ma réforme pour inaptitude médicale ayant échoué, un « travail » moins administratif et plus radical se prépare.

C’est-à-dire ?

Ils ont voulu utiliser le go fast Bessame pour me faire tomber. Les semaines précédant l’interpellation du go fast, j’ai 36 appels sur mon portable personnel en numéro masqué. Je décrochais, je disais « allo, allo » mais personne ne me répondait. Je sais que c’est X qui m’appelait, en ayant eu mon numéro grâce à la police judiciaire. Lui et un autre indic m’avaient menacé de mort en tenue et en toute impunité, preuve supplémentaire de leur statut qu’ils ne me cachaient pas.

J’étais sur mes gardes parce que la direction avait déjà décalé ma notation de 2011, je me doutais qu’on me préparait un « travail ». Alors le 18 juin, j’envoie un recommandé au parquet pour dénoncer ces 36 appels malveillants. Et heureusement que j’ai fait ça parce que le 20 juin, le go fast se fait interpeller. Au début de la procédure, ils avaient mis dans l’instruction la fadette du téléphone (relevé papier des appels téléphoniques) qui m’a appelé 36 fois. Et généralement, si un trafiquant appelle 36 fois une personne, en l’occurrence un flic, juste avant un go fast, ça veut dire qu’ils sont de mèche. Ils m’auraient donc accusé de complicité.

Je suis, contre mon gré, affecté en brigade de transfert au tribunal. C’est le placard administratif de l’hôtel de police.

Mais s’ils avaient prévu de faire disparaître X de la procédure, comment auraient-ils pu utiliser sa fadette de téléphone pour vous piéger ?

X était témoin assisté dans la procédure pour ne pas alerter les « balancés ». Mais les enquêteurs (ou les petites mains si vous voulez) allaient lire la fadette sous scellé de son téléphone, découvrir les 36 appels sur le mien, puis interroger les quatre dealers : « Qui a appelé ce numéro 36 fois ? ». Chacun aurait répondu « c’est pas moi, je ne connais pas ce numéro ». Mais les enquêteurs auraient dit « c’est forcément un de vous quatre, la fadette le dit et elle ne ment pas comme vous ! Si vous ne dites pas la vérité, c’est que vous protégez cette personne parce que c’est un flic corrompu et qu’il vous a renseignés ». Un grand classique. Donc j’aurais été mis en examen pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs avec les preuves fabriquées, suivi d’un mandat de dépôt. Mes explications étaient invalidées par mes notations et la fadette.

Sauf qu’entre-temps, j’avais dénoncé les appels malveillants donc le plan est annulé et ils sont même obligés de faire disparaître la fadette, qui était déjà sous scellés. C’est cet élément matériel qui devait être « exploité » par les enquêteurs contre moi. Devenue inutilisable, sa présence peut révéler la machination avortée. Les preuves doivent disparaître, selon les habitudes des délinquants inquiets effaçant les traces et indices en faisant « le ménage ». Là, c’est un scellé qui disparaît ! C’est une des multiples incohérences de la procédure, particulièrement délirante comme je l’ai expliqué tout à l’heure [voir encart page 4]. Pour finir sur ce procès, sachez qu’il y a eu deux informations judiciaires ouvertes : une sur les procès-verbaux avec les signatures formellement imitées, une autre pour vol de scellé stup. Bessame dira que par rapport à ce qu’il a acheté, il manque 10 % dans la saisie des flics. C’est ce qui arrive quand les flics font une saisie grâce à un indic : ils lui refilent 10 %, parfois 20 %, même si c’est officiellement interdit…

Vous êtes donc sûr qu’ils voulaient vous faire tomber ?

La suite des événements me confortera dans cette vision, bien qu’à ce stade des gens prudents peuvent seulement déduire une succession de coïncidences anormales depuis l’affaire Neyret et son volet grenoblois. Mais pour moi, suite à l’affaire Neyret, ils se sont dit : on va monter un coup pour faire tomber Devigne. Normalement, on signe notre notation en octobre. Celle qui avait été rédigée pour moi pendant l’été 2011 était honorifique, toutes mes aptitudes étaient jugées « bonnes » ou « très bonnes » et on rappelait que j’avais eu dans l’année écoulée des « lettres de félicitations » ou une « médaille pour acte de courage et de dévouement » pour certaines interventions. Mais suite à l’affaire Neyret, ils montent ce go fast et décident de ne pas me présenter ma notation. Elle le sera finalement le 1er juin 2012 par un commandant. La « confiance accordée » n’est plus « bonne » mais largement « insuffisante » : on me reproche une « sorte de défiance » voire de « suspicion » envers ma hiérarchie. Pour moi, c’est fait exprès en lien avec le go fast parce que je suis le seul flic de l’hôtel de police dont la notation a été décalée de huit mois, juste après l’affaire Neyret. Il y a eu une concertation administrative et pénale pour m’accrocher, parce que je dénonçais les ripoux depuis un moment.

Comment vous êtes-vous rendu compte de cette « concertation administrative et pénale » ?

Affecté au tribunal, j’ai assisté au procès Delatour et j’ai commencé à assembler les pièces de puzzle. Entre-temps Bessame avait compris que X était indic et le fait savoir dans la presse. Nos histoires professionnelles se rapprochent. Je dépose plainte le 24 décembre 2013 à l’hôtel de police pour les appels malveillants de 2012. Je vous passe les détails, mais cette plainte sera ensuite volée : quelques mois plus tard elle a « mystérieusement » disparu. Quand je comprends ça, je rédige un rapport pour matérialiser le vol dissimulé. Je suis à nouveau convoqué devant un médecin administratif à Lyon pour le 5 septembre. Ma réforme médicale, ratée en octobre 2011, démarre trois ans après. Mais c’est mieux que ce qui était prévu en 2012.

Ils vous accusent d’avoir disjoncté ?

Ce qu’il faut surtout préciser, c’est que j’ai été cité à témoigner au premier procès du go fast Bessame. Je passe sur tous les détails, mais Maître Vernay, avocate d’un des complices de Bessame, m’a fait déposer à la barre au tribunal de Lyon en mai 2014. J’ai raconté ce que je vous raconte, ce qui a fait l’effet d’une « bombe » selon un article du Progrès. Une copie de ma plainte pour les appels de X est remise à la cour pour instruction urgente par l’IGPN, alors que l’original était volé . Mon témoignage n’a pas plu à la PJ. Je suis convoqué par mes chefs de service qui m’annoncent des poursuites pénales et administratives. Un des commissaires me qualifie de « paratonnerre à emmerdes ».

Le 5 septembre, le médecin administratif de Lyon, informé de mes soucis, me déclare inapte au service pour me protéger, selon ses dires. Elle m’impose de me mettre en maladie, seule défense du pot de terre contre le pot de fer.

En octobre 2014, ma hiérarchie m’envoie chez son psychiatre grenoblois. Il m’avait expertisé en mai 2014 et au bout de six minutes, je reprenais mon service. Quatre mois plus tard, je suis devenu « paranoïaque atteint de graves troubles délirants » au terme d’une expertise de douze minutes, me disant lui aussi « c’est pour vous protéger ». Bien sûr, il n’y a aucune orientation thérapeutique puisque je suis inguérissable. Le secret médical ne sera opportunément pas respecté et ses conclusions seront divulguées pour que je ne sois pas à nouveau cité à témoigner au procès en appel du go fast Bessame l’année suivante. C’est une magnifique subornation de témoin avec ma réforme médicale en plus. 

Mais alors vous êtes vraiment fou ?

Oui ! C’est ce qu’ils vous diront et c’est vrai administrativement, puisque c’est ma seule protection. Mais quand même : j’en suis à dix expertises psychiatriques depuis 1998. En octobre 2011, j’ai dit à ma hiérarchie qui me disait suicidaire « ce que vous faites pour moi, j’espère que vous le faites pour les autres ». Je pensais à mon collègue Franck, devenu dépressif et alcoolo, sans que notre encadrement ne fasse quoi que ce soit. Il n’a eu aucune expertise psychiatrique, rien. Un jour sa copine lui dit « si tu continues à boire, je te quitte » et il lui met six balles dans le ventre. Voilà c’était un mec en or, mais il allait très mal et n’a pas été désarmé jusqu’à commettre l’irréparable. Il a été condamné à dix-huit ans de taule et maintenant je vais le visiter à la prison d’Aiton.

Lui n’a eu aucune expertise, moi j’en suis à dix et j’ai été désarmé trois fois par ma hiérarchie. Et tous les flics qui se suicident, on en est à un par semaine en ce moment, parfois sur leur lieu de travail, vous pensez qu’ils ont combien d’expertises médicales avant le geste fatal ? Zéro ! Donc l’administration quand elle veut, elle a les moyens de s’occuper de la santé mentale des policiers. J’ai eu dix expertises psychiatriques parce que je les dérange. Les collègues réellement malades n’en auront aucune. L’hécatombe silencieuse durera.

L’année dernière j’ai été voir un psychiatre indépendant, et en quatre séances d’une heure, il a établi un diagnostic complètement opposé à celui de son confrère. Effectivement dix expertises professionnelles dont huit depuis l’affaire Neyret, ça ne me semble pas ordinaire. Depuis 2014, je suis en congé longue durée, et en 2015, j’ai même été expulsé de l’hôtel de police avec interdiction affichée en rouge d’y revenir. Ma maladie est peut-être contagieuse…

Vous n’êtes donc plus pris au sérieux ?

Ça dépend. Pour ma hiérarchie, le gardien de la paix est fou irrémédiablement, mais pour d’autres, l’individu ne l’est pas. Fin mai dernier, j’ai été convoqué par un juge d’instruction pour témoigner à propos d’une affaire criminelle de 2014, à la demande d’un avocat lyonnais.

Je précise que le policier qui a reçu ma plainte ne me qualifiait pas de paranoïaque au vu des preuves, ni les gendarmes qui ont reçu mes autres plaintes.
J’ai avisé en 2014 et 2015, par courriers documentés, le préfet de l’Isère, le préfet de police de Lyon, la cheffe de l’IGPN. Devant leurs totales carences administratives, j’ai déposé une plainte avec constitution de partie civile en juillet 2016.

Une information judiciaire a donc été ouverte en septembre 2016 avec les chefs d’accusation suivants : « appels malveillants », « vol de documents judiciaires au commissariat de Grenoble », « tentative de subornation de témoin par une demande de faux témoignage », « harcèlement moral dans le cadre de mes fonctions incluant la dissimulation du vol par ma hiérarchie ». À ma charge, je cumule un nombre record de procédures disciplinaires. Mon état d’esprit, ma franchise, ma conception de la police m’empêchaient d’adhérer à la politique du chiffre et des dissimulations que vous ne pouvez imaginer.

À ma décharge, j’ai 25 ans de voie publique, de nombreuses interpellations d’individus armés et parfois violents, je me suis fait tirer dessus trois fois.

Vous espérez donc maintenant que l’information judiciaire ouverte en 2016 aboutisse à des poursuites et change votre situation ?

Non. Je sais que rien ne bougera et rien ne changera à Grenoble. Mon statut de victime m’autorise seulement à expliquer les faits et les raisons de ma situation, en désignant nommément les auteurs des délits et des crimes, tant sur le net que dans Le Postillon. Si l’indic X se met à table, il balancera tout sur les dessous de l’affaire Delatour avec la juge qui a triché, du go fast Bessame avec le juge qui a fait disparaître la fadette, donc cela mettra en lumière des moralités douteuses et indignes, aussi protégées que certains criminels grenoblois.

Je n’ai aucune sympathie pour ces criminels qui se cachent derrière la carte de police de leurs protecteurs sous le statut de « balance ». Je me mets plutôt à la place de leurs victimes.

Mais alors pourquoi faites-vous tout ça ?

Pour l’image de la police que j’avais en 1986. En souvenir de mes deux collègues de Grenoble qui sont venus se suicider au service. L’année prochaine je suis réformé pour inaptitude médicale avec une pension d’invalidité. Mais je veux que les gens sachent que quelques policiers peuvent fabriquer des preuves et dissimuler des crimes, que des criminels sont au-dessus des lois, que des victimes sont en-dessous des lois.

Les grosses incohérences du procès Bessame

À propos du go fast Bessame, plusieurs articles de presse confirment la version d’Alain Devigne, développée dans cette interview. Dans un article intitulé « Faux PV et vrai-faux infiltré : l’affaire de drogue qui empoisonne la justice lyonnaise », mLyon (23/06/2016) explique : « Lorsque cette affaire a été jugée par le tribunal correctionnel de Lyon en première instance en juin 2014, le président avait eu du mal à cacher son irritation devant le directeur d’enquête. “Personne d’autre dans ce dossier n’est aussi présent que X. Et il n’y a pas d’identification de faite. Ça se voit tellement que c’est gros ! Des conversations entières sont portées sur X. Mohamed Bessame, qui vous préoccupe tant, sa seule préoccupation à lui, c’est X. Et je le trouve nulle part dans votre boulot !” Réponse du directeur d’enquête de la police judiciaire : “Ce sont des choix d’enquête.” “Mauvais choix, monsieur. Ne pas chercher X, c’est une grosse faute” avait rétorqué le président. » Un autre article de Lyon Capitale (27/05/2014) raconte : « Les avocats de la défense plaideront la relaxe, quand bien même les 624 kilos de résine de cannabis ont été retrouvés et que les prévenus reconnaissent les faits. Dans l’hypothèse où K. serait bien l’infiltré de la PJ qui a permis d’interpeller Bessame et ses complices, les éléments de preuve recueillis l’auraient été de manière déloyale. Justement, la jurisprudence condamne les procédés déloyaux ou illicites dans l’administration de la preuve auxquels se livreraient policiers et magistrats. »La défense a notamment pointé « un mystérieux CD-ROM placé sous scellé judiciaires baptisé “recherche en téléphonie”, jamais versé en procédure, surgi de nulle part à la suite d’une nouvelle demande formulée par le très motivé Mohamed Bessame. Un CD dans lequel figureraient des éléments que le juge d’instruction prétendait ne jamais avoir eu entre les mains, notamment une facture détaillée du téléphone du fameux infiltré… mais auquel la défense ne peut pas avoir accès, parce que les fichiers sont codés ». (Marianne, 7/12/2014).

 

Chronologie :

  • 13 Mai 2010 : Braquage de la bijouterie Delatour à Saint-Egrève.16 juillet 2010 : Braquage du casino d’Uriage, course-poursuite, échange de tirs, meurtre de Karim Boudouda à la Villeneuve, ayant entraîné les émeutes de la Villeneuve, puis le « discours de Grenoble » de Sarkozy.
  • 29 septembre 2011 : Arrestation du superflic lyonnais Michel Neyret, et début de « l’affaire Neyret ».
  • 20 juin 2012 : interpellation du go fast Bessame.
  • Mai 2014 : premier procès Bessame, où le gardien de la paix Alain Devigne témoigne.
  • Février 2015 : Procès en appel Bessame, où Alain Devigne ne peut plus témoigner après avoir été déclaré « paranoïaque ».
  • Septembre 2016 : ouverture d’une information judiciaire suite à des plaintes d’Alain Devigne.
  • 12 juin 2018 : Rendu du procès en appel de l’affaire Neyret innocentant les deux chefs de la police judiciaire de Grenoble.

 

Dans la police, l’honnêteté est punieÊtre lanceur d’alerte, c’est jamais facile. Dans la police ça a l’air d’être encore pire qu’ailleurs. Celui qui a le malheur de dénoncer des méthodes peu déontologiques ou des actes répréhensibles est immédiatement condamné à une expulsion assez rapide de l’institution. Parmi les multiples cas sortis ces dernières années, citons celui de Sébastien, un policier de la Bac de Marseille ayant dénoncé les exactions des flics ripoux dans les cités sensibles de Marseille. Des informations ayant entraîné la dissolution de la Bac Nord, mais aussi la révocation de Sébastien, « alors qu’on lui avait promis, en haut lieu, sa protection » (Aujourd’hui magazine, 20/09/2013). À l’époque, le procureur de Marseille était un certain Jacques Dallest… Depuis, il a été muté à Grenoble.

 

Souci du contradictoire
Nous avons voulu questionner la préfecture et l’hôtel de police sur les déclarations du gardien de la paix Devigne. Voilà leur réponse : « Nous avons bien réceptionné votre demande ; toutefois, en raison du principe de séparation entre les pouvoirs judiciaire et exécutif, le Préfet ne s’exprimera pas sur une affaire actuellement entre les mains de la justice. »

 

Parole à la défense

Gilles Guillotin est l’ancien numéro deux de la police judiciaire grenobloise. Placé en garde à vue dans l’affaire Neyret, poursuivi en justice avant d’être acquitté, il a été mis à la retraite d’office. Nous l’avions contacté il y a deux ans, et il ne voulait pas s’exprimer officiellement avant le jugement rendu par la cour d’appel ce 12 juin, veille du bouclage.

Pour donner une partie de sa version, on cite donc des passages de son livre. Car pour tenter de laver son honneur, il a écrit un bouquin 33 ans, flic pour rien ? (Temporis, 2016). Pour lui, « l’affaire Neyret » est surtout une des conséquences de rivalités au sein de la direction de la police nationale, et entre Brice Hortefeux et Claude Guéant. Il ne regrette rien à propos de ses relations avec les informateurs et dénonce le « bal des hypocrites », en sous-entendant que ces méthodes étaient largement répandues dans la police et acceptées par la hiérarchie. Il est donc forcément en complet désaccord avec la version d’Alain Devigne, comme nous le montre cet extrait :

« Le procès [Bessame – NDLR] a été entièrement axé sur la présence ou non dans ce dossier d’un infiltré ou d’un informateur. C’est un système de défense qui est louable et qui a été martelé par les quatre conseils du mis en cause. Rien à dire à cela. Par contre nous avons assisté au témoignage d’un policier en tenue [Alain Devigne, interrogé ci-contre – NDLR], venu dire à la barre que les méthodes employées par l’antenne de police judiciaire de Grenoble n’étaient peut-être pas louables. Un policier en activité est soumis au droit de réserve, mais sa hiérarchie ainsi que les magistrats du parquet l’ont laissé débiter ses inepties, uniquement pour ne pas faire « obstacle » à la bonne marche de la justice. Uniquement par volonté de laisser croire à la transparence des institutions. Un effet des suites du dossier Neyret.

Car les inepties débitées et reprises par les médias, sont dangereuses. Aucune vérification, aucune contradiction. On laisse parler, après tout ce n’est pas notre problème.
Ce même policier, en mérite-t-il simplement le titre, se permet aussi de donner le nom d’une personne qu’il soupçonne d’être un indicateur. Vrai ou pas il ne l’a jamais vérifié. Plus grave, si le nom jeté en pâture est réellement un informateur, quid de la confidentialité des immatriculations officielles. Quid de la sécurité de cet informateur ? Si demain il est tué parce qu’il a « balancé » ? Vrai ou pas, qui sera responsable ? »

Dans son bouquin, il parle un peu de la gestion des informateurs, et ça n’a pas l’air simple… « Gérer un indicateur, c’est d’abord une philosophie, une approche du métier qui nécessite beaucoup de temps de patience et de compréhension. Consentir à prendre des risques pour soi-même et pour l’aviseur. Les limites ne sont pas définies à l’avance, elles fluctuent en fonction des évènements. Les limites sont celles fixées par la loi sûrement, et par le code de déontologie de la police peut-être. Celles que l’on se fixe personnellement, plus sûrement, pour savoir où ne pas aller trop loin pour faire des affaires, pour valoriser un service, une entité. Connaître tout ce qui se passe dans le monde du banditisme sur une ville, la règle des 7T. « Tout sur tout, tout le temps » sur une région et arriver à conjuguer les intérêts d’un homme, l’informateur, d’un service, d’une justice de moins en moins conciliante, c’est le travail quotidien. Mais que d’embrouilles, que de problèmes à gérer, pour maintenir « l’autre » la tête hors de l’eau.  » Jusqu’à faire des choses illégales ?

Et puis dans ce bouquin, il explique également les liens étroits entre la police et les journalistes du Daubé en charge des faits-divers, en l’occurrence Vanessa Laime. Suite à l’arrestation de Neyret, «  j’appelle une amie, journaliste au Dauphiné libéré qui possède un entregent phénoménal, elle doit savoir, elle va peut-être m’en dire plus. (…) Une fille avec qui je suis devenu pote. Mais les relations entre un flic et un ou une journaliste sont toujours sujettes à caution. Qui profite de qui, jusqu’où ? Les intérêts ne sont pas toujours convergents. Doux euphémisme.  »

Surtout que cette belle relation va se faner quand le quotidien local va titrer « Les chefs grenoblois tombent à leur tour » suite à la garde à vue de Guillotin et Gavat. « Où se situe le doute qui doit bénéficier aux mis en cause dans un titre pareil, où se trouve la déontologie journalistique, l’éthique de la carte de presse ? Balayés par une direction soucieuse de prouver que leur journal ne couvre pas, ne protège pas les flics avec lesquels les journalistes sont au contact au quotidien, depuis quinze ans et plus pour valoriser des informations obtenues souvent, très souvent par amitié ou copinage. »

Le Postillon, n°46, été 2018

Légende : Policiers, le 16 décembre 2006

Crédits : Rama / Wikimedia commons

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