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L’Aquarius, les migrants, les bons sentiments et la catastrophe annoncée

L’Aquarius, les migrants, les bons sentiments et la catastrophe annoncée

Les péripéties de l’Aquarius devraient nous pousser à réfléchir plus sérieusement à l’accueil des migrants.

Les commentaires sur l’Aquarius , bateau qui a recueilli en Méditerranée plus de 600 migrants, mélangent à loisir réflexions humanitaires et morales qui évacuent allègrement l’essentiel, le politique. Pour les uns l’Italie qui a refusé l’entrée de l’Aquarius dans ses ports fait la démonstration d’une politique d’extrême-droite après les élections et la formation du gouvernement Lega M5S. Emmanuel Macron et ses affidés y vont de leur petites phrases dans ce sens. Et l’Espagne dans sa décision de bien vouloir accueillir l’Aquarius dans un de ses ports démontrerait « la différence qui existe entre la droite et la gauche ».

Regarder les réalités en face

Si on ne pose pas les problèmes à partir des réalités concrètes, on risque de préparer nous-mêmes les prochaines catastrophes électorales sur lesquelles il sera demain un peu tard de se morfondre.

Les réalités :

  1. L’Italie, la Grèce et Chypre sont les seuls pays à avoir accueilli massivement. L’Italie depuis 2014 en est à 600.000 entrées sur son territoire. Il est donc un peu déplacé de lui faire des cours de morale.
  2. L’Espagne dans sa proposition marquerait donc une différence gauche ? Et la Corse, comme Talamoni, l’indépendantiste, qui propose l’accueil avec démagogie. Talamoni de gauche ? Et l’assemblée de corse, nouveau soviet de Méditerranée?
  3. L’accueil des migrants, une marque de gauche espagnole ? Mais regardons le fond de la politique du nouvel exécutif espagnol autour du PSOE. Peut-on raisonnablement parler de gauche et de droite lorsque qu’on voit le PSOE prendre le pouvoir sur la base d’une coalition large et déclarer, dans la voix de son chef Pedro Sanchez, représenter « le reflet du meilleur de la société » espagnole, constituer un gouvernement « paritaire, inter générationnel et ancrée dans l’UE » qui « devra avoir pour priorité principale de respecter les engagements européens » en matière de déficit public. Il a ainsi nommé la directrice du budget de l’UE Nadia Calviño à l’économie et Maria Jesus Montero aux finances. Assumant déjà cette responsabilité au gouvernement régional de l’Andalousie, celle-ci avait ainsi dû pratiquer dans sa région les coupes dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur. Franchement une gauche comme cela, on la laisse volontiers où elle est, et on ne souhaite pas devoir se la payer au pouvoir.
  4. Pour en revenir aux migrants, la question de fond demeure.

a. L’accueil systématique au nom de l’humanitaire est sans fin, et conduit inévitablement à une double catastrophe: catastrophe pour les pays d’origine qui se désertifient de forces vives indispensables à leur développement, catastrophe ici où on sait que cela a des limites objectives liées aux questions politiques et sociales notamment.

b. Le traitement des demandeurs d’asile qui proviennent de pays où leur sécurité est menacée comme le traitement des mineurs isolés ne peut être celui de tous les migrants, au risque de détruire carrément les frontières et les nations, vieux rêve du capitalisme apatride. Si telle est la perspective, il faut la revendiquer. Mais cette orientation no borders ne peut mener qu’aux catastrophes indiquées précédemment.

c. L’accueil doit donc être limité. Il faut pour cela attaquer franchement les passeurs, interdire les passages qui reposent sur “la traite des migrants” aujourd’hui, comme hier sur “la traite d’esclaves” ou sur “la traite des femmes”. Et faire savoir qu’il ne suffit pas de risquer sa vie sur les flots pour se retrouver accueilli ici, de plus dans des conditions souvent déplorables…

d. Il faut discuter sérieusement des aides au développement de pays saccagés soit par la guerre et nos armes, soit par le pillage dont ils ont été victimes. Avec un but affirmé, le maintien des populations locales sur place. Cela d’autant plus que les migrants ne migrent souvent pas par plaisir…

Photo : Manifestations à Naples et à Milan contre la décision du gouvernement de refuser à l’Aquarius l’accès aux ports italiens.

Crédits : Capture d’écran sur Twitter/ 

3 Comments

  1. Denis

    Je vois ou vous voulez en venir, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde… mais dire que « souvent » les migrants ne migre pas par plaisir, cela revient à dire que certains choisissent par plaisir d’endurer les viols, les tortures et les noyades. Pas terrible comme phrase, pour ne pas dire autre chose.

    La logique de votre article revient tout de même à appuyer la politique migratoire d’Emmanuel Macron, je ne suis pas sur que vous vous en rendez compte. Bien sur, Macron bombarde en Afrique et MO, et signe des accords de libre échange. Mais il signe aussi des accords pour garder les migrants en Lybie et en Turquie et mêne bien cette politique de reconduite à la frontière qui revient à dire « on ne peut pas accueillir tout le monde ».

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  2. Franck B.

    Pour ma part je ne vois pas où vous voulez en venir : je trouve tout à fait déplacé de dire que « l’accueil doit être limité » alors même que la France ne se comporte pas mieux avec les réfugiés (merci de ne plus parler de migrants !) que ce qu’on aurait pu attendre du Front National. Faut-il vous rappeler à vous que ces gens ne quittent leur pays que parce qu’ils sont pris à la gorge ? Et dans bien des cas (tous ?) la France est soit directement impliquée dans leur martyr (Syrie, Lybie, …) soit indirectement (OTAN, Françafrique , pillage des ressources, soutien de dictateurs, …). Elle devrait donc se comporter dignement et accueillir décemment et humainement toutes ces personnes ! Lesquelles d’ailleurs ne souhaitent bien souvent pas rester ici puisque la fable du pays des droits de l’homme s’est éteinte depuis bien longtemps.

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  3. Arnaud Marie-Christiane

    Très choquée par le refus d’accueillir « tout le monde ». Parce que, manifestement, les moyens qu’on va devoir utiliser pour ça nous mène tout droit à la barbarie sous différentes formes: faut-il les laisser se noyer ou mourir en montagne? Les « confier » à la Lybie qui a… fait ses preuves? Organiser des ponts aériens gigantesques pour les « reconduire »? Les enfermer dans d’immenses centres de « rétention »? Que faire des mineurs? les enfermer avec leurs parents ou les séparer de leurs familles?

    J’aurais apprécié que vous fassiez plutôt la liste des pays d’où partent ces gens, des motifs de leur départ, et surtout des moyens que nous avons, en effet, non de les « empêcher » de partir, mais de faire qu’ils n’en aient plus besoin ni envie, qu’ils puissent se construire un avenir là où ils sont. Vous auriez alors mis en évidence l’hypocrisie de « nos » gouvernants qui continuent à participer activement à la dégradation de tus ces pays, climatique, sociale, guerrière, et autres sympathiques effets de « notre » rapacité d’ex coloniaux.

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