En France, l’angoisse d’une nouvelle affaire du sang contaminé

Prenez un peu d’oxyde d’aluminium, un peu de chrome, un peu de phénol et de formaldéhyde. Mélangez le tout dans une centrifugeuse, de la marque Haemonitcs, qui sert de réceptacle à une transfusion sanguine sur aphérèse. Et vous obtenez… le spectre d’un nouveau scandale du sang contaminé. Une recette validée par les autorités sanitaires, qui n’y trouvent rien à redire. Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir quelques années en arrière.

Le personnage principal de cette histoire se nomme Alexandre Berthelot. En 2015, il est en poste en tant que dirigeant d’Haemonetics France. Haemonetics est une marque américaine spécialisée dans la construction et la vente de machines pour les transfusions sanguines. Ces machines occupent près de 50% du parc français entre les établissement français du sang et les hôpitaux. En décembre 2015, Alexandre Berthelot et un collègue, Jean-Philippe Urrecho, alertent sur le fait qu’Heamonetics utilise des pièces de récupération qu’elle fait passer comme neuves. Une pratique qui fragilise énormément les machines au bout d’un certain temps d’utilisation. Et qui est donc dangereuse pour les patients mais également le personnel opératoire. L’usure de ces pièces entraine également un risque de contamination pour les donneurs et les patients, puisqu’elles peuvent libérer des particules de graphite amenant un risque de toxicité chronique.

Mais la contamination peut être plus visible. En plus d’utiliser des pièces usagées, Haemonetics conçoit des machines faillibles et dangereuses. « Ces appareils sont dangereux parce qu’ils sont équipés d’une centrifugeuse. Et cette centrifugeuse quand elle fonctionne, délivre des poussières, des micro-poussières fines. Cette poussière s’agrège autour du bol et est composée de phénol, formaldéhyde, de chrome, d’oxyde d’aluminium, qui sont bien évidemment des produits hautement toxiques, cancérigènes et donc préjudiciables pour la santé des donneurs », détaille Alexandre Berthelot.

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« Pas de risque avéré »

Un avertissement que réfutent les autorités sanitaires dans leur ensemble. La direction générale de la santé (DGS), l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l’Etablissement français du sang (EFS) ont publié un communiqué, sous l’égide du ministère de la Santé, affirmant qu’il « n’existe pas de risque avéré ». Pour pouvoir donner cette réponse, les autorités sanitaires, et surtout l’établissement français du sang dont le parc est composé à moitié des machines Haemonetics, ont mené plusieurs études quant au prélèvement de plaquette et de plasma via aphérèse. Mais ce que ne précisent pas ces études, c’est que les recherches ont été faites sur toutes les machines qui équipent les différents établissements. Or, il n’y a rien à redire sur les machines de prélèvements de marque allemande ou japonaise. La mise en danger ne concerne que les machines de la marque américaine. Contactée par nos soins, le docteur Sylvie Grosse, directrice médicale de l’EFS, a refusé de répondre à toute question concernant les machines Haemonetics et nous a renvoyé au communiqué. Pire, selon Mediapart, le silence de l’EFS aurait été acheté. Après avoir longtemps réfuté le fait d’utiliser des pièces de récupération pour ses machines, Haemonetics, admet finalement, en 2013, leur utilisation. La société américaine propose alors à l’EFS, un dédommagement afin d’éviter toute procédure et réclamation de la part de l’EFS. Un accord sera trouvé à 46.102,65€ en échange du silence de l’institution.

Des accidents en pagaille

Le silence des autorités sanitaires est d’autant plus inquiétant que des problèmes sur les machines de la marque américaine ont été constatés à plusieurs reprises et ont coûté la vie à certains patients. En mars 2016, au CHU de Bordeaux, un patient âgé de 88 ans est décédé suite à des complications vasculaires causées par une machine Haemonetics tombée en panne. Une pièce cruciale de l’appareil, le bol, a été « impossible à verrouiller » selon l’hôpital bordelais. Pourtant, Alexandre Berthelot et Jean-Philippe Urrecho, ont alerté l’ANSM, sur une batterie de problèmes identifiés dès 2010. Les deux hommes parlent de « pannes à répétition sur des cartes mères ». Les pratiques peu scrupuleuses de la marque ont aussi été dénoncées, les deux lanceurs d’alerte signalant également des « devis prohibitifs » et « des pratiques de vente forcée de contrat de maintenance ». Pour arriver à garder sa place sur le marché du sang français, la société américaine n’hésite pas à mentir sur ses machines. En 2014, Haemonetics annonce le lancement d’un nouveau protocole universel de plaquette et plasma (UPP). Un protocole qui doit améliorer le rendement des machines et les rendre plus performantes. Cette innovation censée être merveilleuse va vite devenir un cauchemar puisqu’une fois sur 2.000 ou 3.000 les plaquettes prélevées retournent aux donneurs. Soit l’effet inverse du prélèvement sanguin. Pour se justifier, Haemonetics, convoquée par l’ANSM, prétend qu’il s’agit d’un problème de mousse que produirait la machine et qui provoquerait une erreur de lecture. Sauf qu’Alexandre Berthelot aura l’occasion d’apprendre que cet argument lié à la mousse est faux. Toujours en 2014, il se retrouve par erreur invité à une téléconférence réunissant les responsables recherche d’Haemonetics Europe et dans le Monde. « C’était en réalité le directeur financier Europe qui devait participer, il s’appelle aussi Alexandre d’ou la confusion », nous détaille Alexandre Berthelot. A cette réunion, le lanceur d’alerte découvre que la société américaine a complètement inventé cette histoire de mousse. Le vrai problème est lié à des vibrations anormales des bols des machines. Une erreur que n’a toujours pas admise la société américaine pour le moment.

Alexandre Berthelot est licencié en août 2015, pour déloyauté et faute grave. Comprenez : pour avoir alerté sur les défaillances des machines. Ce père de famille a porté plainte et une enquête est actuellement en cours pour savoir si oui, ou non nous faisons face à une nouvelle affaire de sang contaminé. A suivre donc.

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