Affaire Grégory : La machine à broyer

Affaire Grégory : La machine à broyer

La garde à vue de Murielle Bolle, « personnage-clé » de l’affaire Grégory, a été annulée le 16 novembre dernier par le Conseil constitutionnel. Quinze ans après, l’affaire judiciaire patine toujours et les journalistes ne tirent aucune leçon.

Le Conseil constitutionnel a statué : la garde à vue de Murielle Bolle en novembre 1984 est contraire à la Constitution. Un désaveu pour les gendarmes vosgiens qui ont fait reposer toute leur enquête sur le témoignage d’une ado. Depuis 34 ans, la plupart des médias nous ont seriné la version des gendarmes, à savoir qu’au cours d’une garde à vue bienveillante, la gamine avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir enlevé et noyé l’enfant Villemin, avant de se rétracter « sous la pression de sa famille ». Le château de cartes s’effondre, car le Conseil constitutionnel, en statuant sur la forme, éclaire bien le fond du dossier.

Quel crédit accorder à la garde à vue d’une mineure cernée par des gendarmes, seule, sans la présence d’un avocat ou d’un parent, ignorant ses droits, notamment son droit au silence ? Les conditions dans lesquelles Murielle Bolle avait craqué n’étaient pas contraire à l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, mais elles sont inacceptables au vu de la loi actuelle. Or, c’est sur la base de cette garde à vue de 1984 que Murielle Bolle a été mise en examen et incarcérée en 2017 ! Et cela heurte le bon sens !

Un acharnement judiciaire et médiatique

Depuis quand une personne qui craque dit-elle la vérité ? Une mineure, isolée et seule pouvait-elle résister à la pression de gendarmes qui se relayaient pour la menacer de maison de correction si elle n’avouait pas « comme Bernard Laroche » ?  Elle aurait même dessiné l’itinéraire suivie par Bernard Laroche pour aller enlever Grégory Villemin. Comme si une enfant pouvait dessiner un plan ! On sait depuis que ce dessin a été dessiné par un gendarme. Je n’invente rien, c’est dans le dossier. C’est même l’une des raisons qui ont amené le juge d’instruction Jean-Michel Lambert à dessaisir les gendarmes et à confier l’enquête aux policiers du SRPJ de Nancy. Et les hommes du commissaire Corrazi ont tout repris, vérifié, et totalement mis hors de cause Murielle Bolle et Bernard Laroche. Qui le rappelle aujourd’hui ?

L’acharnement des pandores contre Murielle Bolle, relayé par des journalistes fait peur. Car il ne suffit pas d’être innocent pour être innocenté !

Il suffisait de refaire en voiture l’itinéraire prétendument suivi par Laroche. Top chrono ! Pour constater qu’il n’avait pas assez de temps pour enlever Grégory. La lettre anonyme revendiquant le crime a été postée avant 17h15, heure à laquelle Grégory était vivant chez sa nourrice ! Laroche, qui n’avait pas l’enfant sous sa main, aurait donc posté la lettre avant de l’enlever ? Absurde ! Et puis, vous imaginez quelqu’un qui ; pour commettre un crime atroce, va s’encombrer de deux témoins, sa belle-sœur de 15 ans et de son fils de 4 ans ? Et pourquoi pas allumer un gyrophare ? Aberrant. Tout ce qui a été avancé par les gendarmes comme mobile présumé de Laroche était faux ! Je l’ai vérifié dans la contre-enquête publiée dans l’Humanité Dimanche en décembre 1984.

Le travail des gendarmes vosgiens en 1984 est exemplaire sur un point. C’est un condensé de tout ce qu’il ne faut pas faire dans le cadre d’une enquête judiciaire. Alors, pourquoi cet entêtement à prétendre aujourd’hui que l’enquête de 1984 était exemplaire, alors que c’est à partir du ratage de 1984 que la gendarmerie nationale reconnaît s’être modernisée ?

Une pensée pour la mère de Murielle. Madame Bolle, aujourd’hui décédée, a été diffamée par la presse parisienne qui « découvrait », dans la vallée de la Vologne,  une « France profonde » qu’elle méprisait ! La famille Bolle vivait dans une grande pauvreté. Des confrères  lui ont proposé beaucoup d’argent pour pouvoir approcher Murielle.  J’ai été le premier journaliste à interviewer l’adolescente. Pourquoi ? Madame Bolle m’a répondu : « Si vous m’aviez proposé de l’argent, je vous aurais foutu à la porte comme les autres. » Merci Madame pour cette belle leçon de dignité !

Une autre pensée pour Jean-Michel Lambert, le premier juge d’instruction. Il m’avait téléphoné quelques jours avant de se suicider. Murielle Bolle venait être arrêtée. « C’est inhumain, ce qu’on lui inflige m’avait-il dit, La machine à broyer est relancée, et je serai le prochain… » Il ne l’a pas supporté…

Un dernier mot pour mes confrères. Persister à présenter Murielle Bolle comme « un témoin-clé » de l’affaire, c’est induire hypocritement une culpabilité pourtant impossible de Bernard Laroche. Alors, chers confrères, achetez un chronomètre et allez sur le terrain.

Légende : Murielle Bolle, le 4 novembre, pour Le Parisien

Crédits : Capture d’écran / YouTube Le Parisien

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Signez la pétition !

Devenez Socio

Derniers Tweets

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Avec vos amis !