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Le mythe de l’intégration

Le mythe de l’intégration

Les débats autour de l’intégration des immigrés d’origine arabe et africaine sont toujours l’occasion, pour ceux qui se saisissent du sujet, de réactiver un mythe aujourd’hui persistant : Italiens, Portugais et Polonais s’assimilaient plus naturellement.

Si chaque fait-divers fait systématiquement l’objet de récupérations politiques, celui ayant eu lieu à Champigny-sur-Marne a eu ceci de particulier que la ville du Val-de-Marne est une terre d’accueil historique. On se souvient notamment des regroupements familiaux permis par le maire campinois, Louis Talamoni.

C’est là que, politique et autres intellectuels du dimanche s’investissent du sujet pour ressortir les images des bidonvilles portugais, arguant qu’à l’époque, les agressions de policiers d’existaient pas. A tout cela s’ajoute évidemment le thème de la laïcité, bien qu’il n’ait rien à voir avec l’affaire de Champigny.

Dans ces grandes conversations de comptoir médiatiques, on oppose donc le « communautarisme » des immigrés venus d’Afrique et du monde arabe aux supposées facultés d’intégration des immigrés venus des pays voisins. Au regard des représentations sociales portant sur les populations d’origine italienne et portugaise, par exemple, il serait aisé d’aller dans ce sens. Le problème c’est que ledit supposé renvoie à un autre présupposé : celui qui tend à laisser croire que la société française de l’époque aurait été plus prompt à les accueillir et à les assimiler.

On ne peut cependant pas éluder les quelques réalités socio-historiques qui construisent le processus d’assimilation des immigrés de première et de seconde génération. On ne peut oublier que les italiens et les portugais vivaient dans des bidonvilles. On ne peut oublier que des bandes s’affrontaient régulièrement aux Cités-Jardins (quartier de Champigny où résidaient essentiellement les populations d’origine portugaises et italiennes) et que la délinquance s’y développait déjà. On ne peut pas oublier, non plus, le massacre d’Aigues-Mortes les 16 et 17 août 1893. Ces populations, bien qu’européennes, étaient la cible d’un racisme très virulent.

Concernant le « communautarisme », c’est oublier que l’intégration des immigrés européens s’inscrit dans une Histoire du temps long. Il est bien commode de comparer des communautés en dehors des contextes au seins desquelles elles ont respectivement évolué, mais c’est inintelligible et abscons. Les premiers italiens et polonais sont arrivés entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème. Le chômage n’était pas aussi présent. Les structures sociales (partis politiques, syndicats) permettant l’intégration étaient plus efficaces. Entre-temps, « l’italianité » ou la « polonité » ne furent pas des vains mots. Ils exprimaient le rapport et surtout l’attachement à une culture, à un vocabulaire, constituant un « entre-soi » éminemment communautaire. Cet entre-soi a été favorisé par la loi du 1er juillet 1901, permettant la création d’associations culturelles, sportives ou récréatives destinées aux « compatriotes ».

Si l’attachement identitaire peut s’estomper, il n’en est pas moins évident qu’il continue de traverser les âges. Des scènes comme celles de la communauté portugaise fêtant la victoire de leur équipe à l’Euro 2016 en témoigne. Et au regard du traitement réservé aux populations d’origine immigrés et aux migrants, le racisme aussi. Malheureusement.

Retrouvez l’article complet du Monde Diplo ici

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