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Comment sauver le web, selon son inventeur Tim Berners-Lee

Comment sauver le web, selon son inventeur Tim Berners-Lee

A l’occasion du 29ème anniversaire du web, l’universitaire britannique Tim Berners-Lee, considéré comme le principal inventeur de l’Internet grand public tel que nous le pratiquons, a publié une tribune aujourd’hui sur le site de la Web Foundation. Une tribune en forme de manifeste technologique et politique.

Tim Berners-Lee part d’un constat statistique. « Pour la première fois (cette année, ndlr), nous arriverons au point de basculement : la moitié de la population mondiale sera connectée ». Mais il constate dans le même temps que l’ADN même du web, conçu comme un « espace gratuit, ouvert et créatif », est aujourd’hui menacé. Comment renverser cette tendance négative ? Tim Berners-Lee propose quelques pistes.

S’attaquer à la fracture numérique

« Etre hors-ligne aujourd’hui, c’est être exclu des opportunités d’apprendre et de gagner sa vie, d’accéder à des services précieux et de participer au débat démocratique. Si nous n’investissons pas sérieusement pour combler cet écart, un milliard de personnes ne seront pas connectées avant 2042 ». Pour éviter la cristallisation de cette exclusion numérique, il faut, selon Tim Berners-Lee, « soutenir les politiques e les modèles d’entreprise qui élargissent l’accès aux plus pauvres du monde grâce à des solutions d’accès public, telles que les réseaux communautaires et les initiatives fondées sur le WiFi public ». Il faut également permettre aux femmes et aux filles d’acquérir des compétences numériques.

Limiter l’influence des grosses plateformes

Tim Berners-Lee fait le constat d’une évolution fort préoccupante. « Le web que beaucoup ont connu il y a des années n’a rien à voir avec ce que les nouveaux utilisateurs trouveront aujourd’hui. Ce qui était par le passé une riche sélection de blogs et de sites Web a été écrasé sous le poids puissant de quelques plates-formes dominantes », écrit-il. Ces plateformes – comme Facebook, Google et Twitter –, dont l’objectif est de maximiser les profits de leurs propriétaires, sont aujourd’hui en mesure de verrouiller le cyberespace et de bloquer la percée d’éventuelles concurrents, ce qui met en péril l’innovation sur le web dans les 20 prochaines années. Elles sont également, déplore-t-il, le relais des « théories conspirationnistes » et permettent que « des acteurs externes s’immiscent dans des élections ». Pour contrer leur pouvoir, Tim Berners-Lee évoque vaguement la possibilité d’un cadre légal ou réglementaire. Mais il ne va pas très loin dans son raisonnement, et on peut le déplorer.

Remettre les citoyens au centre du jeu numérique

Il faut, estime Tim Berners-Lee, mettre en place des standards puissants qui prennent en compte les intérêts des compagnies mais aussi des citoyens. « Deux mythes limitent actuellement notre imaginaire collectif : le mythe que la publicité est le seul modèle d’affaires possible pour les entreprises en ligne, et le mythe selon lequel il est trop tard pour changer le fonctionnement des plateformes. Sur les deux points, nous devons être un peu plus créatifs », écrit-il. « Réunissons les esprits les plus brillants du monde des affaires, de la technologie, du monde politique, de la société civile, des arts et du milieu universitaire pour s’attaquer aux menaces qui pèsent sur l’avenir du Web », exhorte-t-il. Reste à voir comment donner corps à la coalition, qu’il appelle de tous ses vœux.

Crédit : Victor Manuel/flickr

1 Comment

  1. Yves Gerech

    Une organisation existe en France qui dans le même esprit, se préoccupe entre autre de garantir l’indépendance des créateurs et des utilisateurs du Web vis à vis des monstres phagocytes que sont devenus les géants du GAFAM (Google,Apple,Facebook,Amazon,Microsoft) et quelques autres (Uber , Airbnb…).

    Il s’agit des Entretiens du Nouveau Monde Industriel (ENMI).

    la World Wide Web Fundation (W3C) de Tim Berners-Lee en fait naturellement partie
    avec l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) dirigé par Bernard Stiegler
    ainsi que le pôle d’adhésions Cap Digital qui regroupe 700 adhérents du secteur public ou privé.

    Cette organisation pilote des projet très sérieux avec des travaux concrets dèjà en cours de réalisation tels que celui de La Plaine Commune en Seine Saint Denis. Elle compte dans ses rangs des administrateurs influents tels que le Centre Pompidou, des Municipalités, des Universités et même des entreprises publiques ou privées que l’on ne s’attendrait pas forcément a retrouver ici (France Télévisions ou Microsoft France…).

    La dernière publication de cette organisation intitulée « Le Web que nous voulons » est parue fin 2017 aux éditions FYP.
    Elle est pilotée par Bernard Stiegler et rassemble une dizaine d’articles sur le sujet en relation directe avec le Tribune lancée sur le site de la W3C.

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