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Quand les citoyens protestent contre les médias

Quand les citoyens protestent contre les médias

A Paris devant BFM TV, à Nantes devant Ouest-France et à Toulouse dans les locaux de La Dépêche du Midi, étudiants, cheminots et employés du service public manifestent contre la couverture médiatique du mouvement social.

Des étudiants violents, décrits comme des militants gauchistes qui veulent seulement empêcher les autres d’étudier. Des cheminots « preneurs d’otages », qui profitent d’un statut qui soit-disant leur donne des avantages que leurs concitoyens n’ont pas. Voici comment, dans certains médias nationaux et régionaux, ceux qui luttent pour leurs droits et ceux de leurs concitoyens sont décrits. Face au manque de contre-pouvoir du système médiatique qui peine à traiter de manière honnête l’ampleur de ce mouvement social de 2018 qui grandit au fur et à mesure que les jours passent, les citoyens agissent comme ils le peuvent.

A Toulouse, étudiants et personnels universitaires entrent dans les locaux de La Dépêche

Le jeudi 5 avril dernier dans le Sud-Ouest de la France, une soixantaine d’étudiants de l’Université Jean-Jaurès du Mirail de Toulouse, mais aussi des membres du personnel administratif et des bibliothécaires sont entrés avec calme dans les locaux de La Dépêche du Midi pour demander la publication d’un communiqué afin de faire entendre leur voix, et surtout d’informer les lecteurs de la presse quotidienne régionale de leurs revendications.

Sur Twitter, ils ont accompagné ces images des hashtag #OnSeTorcheAvecLesTorchons et #CoucouBaylet. Baylet du nom de son PDG depuis 1995, Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de Gauche pendant dix ans et plus récemment ministre dans le gouvernement de Manuel Valls entre 2016 et 2017. Notons qu’il a officiellement soutenu Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017.

Farah Duruelle, étudiant membre de l’Union des Etudiants de Toulouse (UET) à l’initiative de cette action dans les locaux toulousains de La Dépêche nous a expliqué que le traitement médiatique réservé à leur lutte allait clairement dans le sens du gouvernement. Qui donc pour faire entendre leurs revendications ? Ils ont donc décidé de faire publier un communiqué dans le journal local.

Sans même tenter la procédure habituelle qui consiste à envoyer un droit de réponse par mail ou par courrier, estimant par avance que ce dernier n’aurait pas été entendu, nous a expliqué Farah Duruelle, les étudiants ont directement demandé sur place à la direction de publier leur communiqué.

Chose faite et sans correction par la rédaction. « Le caractère majoritaire de notre mouvement, nous l’avons gagné par notre détermination, notre rigueur dans les argumentaires et notre force de conviction. Personne ne peut nous l’enlever », écrivent les étudiants dans leur tribune. Nous en sommes donc là, des étudiants sont obligés d’envahir physiquement une rédaction pour qu’on leur donne une page de visibilité.

Le même jour, à Nantes, des étudiants qui manifestent eux aussi contre la sélection à l’Université ont envahi les locaux de Ouest-France. Ils étaient une cinquantaine à protester contre la publication d’une énième tribune anti-blocus publiée le matin même. Les étudiants ont exigé la parution d’un autre point de vue, estimant que Ouest-France, qui pour rappel est le quotidien de presse régional qui touche le plus d’aides à la presse, ne publiait que des articles à charge contre le mouvement. A l’instar de leurs camarades toulousains, ils n’ont pas été entendus.

« On est venu pour demander un traitement équitable de l’actualité »

Et enfin à Paris, ce sont les cheminots qui ont protesté contre le traitement médiatique de la grève, le 3 avril dernier. Matthieu Bolle Reddat, conducteur de train sur la ligne C du RER et secrétaire de la CGT cheminots de Versailles s’est rendu devant les locaux de la chaîne d’information en continue. Il nous a expliqué s’être rendu avec ses camarades devant les locaux de BFM et RMC pour « rétablir certaines vérités. »

« Ces éditorialistes ont passés des semaines voire des mois à nous insulter, à nous faire passer pour des privilégiés et à mentir sur notre statut, nous a-t-il dit. On est venu pour demander un traitement équitable de l’actualité. On venait aussi pour leur demander de faire un vrai travail journalistique et de ne pas se limiter au colportage de rumeurs et à des discussions de bistrots sur les pseudos-privilèges des cheminots mais à faire des enquêtes réelles. »

Matthieu Bolle Reddat a rappelé un fait notoire qu’on tendrait à oublier, la plupart des personnes présentes sur ces plateaux sont des éditorialistes, et non des journalistes. « C’est là où il y a toute l’ambiguïté, a-t-il rappelé, puisque ça passe à la télé alors tout le monde pense que ce sont des journalistes. » Il a reproché à BFM de ne pas « donner la parole aux cheminots, mais à des think-thank libéraux, qui donnent leur point de vue le plus réactionnaire possible. »

« La Vraie Info » le journal des cheminots

Les cheminots ne se contentent pas d’être dans la protestation contre le système médiatique. La CGT cheminot à lancé une nouvelle édition du journal « La vraie info ». Il est gratuit, les cheminots le distribuent dans les gares, au même titre que CNEWS Matin est distribué dans le métro. Vous pouvez aussi le feuilleter sur le site www.cheminotcgt.fr, en cliquant sur ce lien : https://fr.calameo.com/read/00005687305837c9dba04.

En cette période de dénonciation des « fake news », le titre de ce journal « la vraie info », interpelle forcément..

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