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Précisions sur la situation à Mayotte

Précisions sur la situation à Mayotte

Par Marie Agam
Ancienne responsable du dossier Mayotte à la direction des affaires juridiques des ministères sociaux jusqu’au début de 2018, pour la mise en place du code du travail dans l’île.

Territoire d’outre-mer au départ, Mayotte est depuis devenu le 101ème département français. C’était le 31 mars 2011. Pourtant, entre des infrastructures négligées, des flux migratoires difficiles à endiguer et un taux de chômage supérieur à tous les autres départements d’outre-mer, l’île sombre dans une crise qui se caractérise par sa complexité. Marie Agam, socio du Média, nous éclaire sur la situation.

Une situation juridique condamnée au niveau international

Suite au référendum organisé en 1974 sur l’autodétermination des Comores, le décompte des voix, effectué île par île, a donné une majorité favorable au maintien de Mayotte dans la République française contrairement aux autres îles de l’archipel. Ce référendum a été condamné sur le plan international à plusieurs reprises par l’assemblée générale des Nations-Unies qui considère qu’il y a atteinte à l’unité nationale de l’État comorien composé des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli.

Les compétences du Département de Mayotte, à la fois département et région

Le Département de Mayotte, ainsi qu’il est dénommé, exerce à la fois des compétences départementales et régionales de droit commun à l’exception de la gestion des routes nationales, des constructions scolaires du second degré et de la gestion des personnels techniciens, ouvriers et de service de l’Éducation nationale.

L’explosion démographique pèse sur l’ensemble des politiques publiques

L’enjeu démographique est central et son explosion est à l’origine de nombreux problèmes rencontrés. Il y a une croissance naturelle extrêmement dynamique et des flux migratoires en provenance essentiellement des Comores très mal maîtrisés. Peuplé de 250 000 habitants, il pourrait atteindre 500 000 habitants en 2050. La moitié de la population a moins de 17,5 ans. C’est le département français dont la population est la plus jeune. De plus près de 40 % est d’origine étrangère (Comoriennes à 95%) et souvent illégale. Près de 4 étrangers sur 10 sont des mineurs qui pourront accéder à la nationalité française à leur majorité.

La question migratoire insoluble

Les Comoriens dépourvus de visas arrivent à Mayotte, distante d’Anjouan de 70 km, par de petits bateaux, les « kwassas-kwassas », normalement utilisés pour la pêche ou le transport de quelques personnes et qui transportent jusqu’à 50 candidats à l’émigration, entassés sans hygiène et nourriture pendant une traversée qui peut durer plus de 20 heures. La surcharge de passagers et les risques pris dans la navigation pour échapper aux contrôles sont à l’origine de fréquents naufrages. Le nombre des victimes depuis vingt ans est élevé, sans doute de l’ordre du millier. Cette activité constitue un trafic rentable, qui profite à de nombreux acteurs anjouanais, ce qui explique certainement qu’il n’ait jamais été non seulement démantelé mais même sérieusement inquiété.

Une forte spécificité culturelle

Une des spécificité culturelles mahoraises est que 95 % de la population est musulmane et deux types de statut coexistent pour les habitants, le statut de droit commun et le statut personnel inspiré du droit musulman et de coutumes africaines ou malgaches. Une des évolutions les plus emblématiques a consisté en l’abrogation de la polygamie et de la répudiation unilatérale.

Un système scolaire déficient malgré de nombreuses constructions d’établissements

Un tiers des habitants de plus de 15 ans n’a jamais été scolarisé (moins de 2% en métropole), 58 % de la population en âge de travailler ne maitrise pas les bases de la langue française et le taux d’illettrisme parmi la population scolarisée demeure à 33 %. La formation des personnels enseignants est une priorité.

L’état du foncier : un processus inachevé

L‘établissement d’un cadastre et de l’adressage fiables est un préalable dont le retard a pesé sur la fiscalité de droit commun et sur les finances locales. Le logement est précaire. Un tiers des habitations sont des maisons en tôle. L’accès à l’eau potable est limité.

Un système de santé saturé du fait de l’immigration clandestine

L’ampleur de l’immigration clandestine sature un système de santé déjà en soi insuffisant. La maternité du Centre hospitalier de Mayotte où ont lieu 10 000 naissances par an, accueille 60 % de parturientes en situation irrégulière. Ce sont les dispensaires de l’hôpital, répartis sur le territoire, qui font face à la quasi-disparition de la médecine libérale. L’offre de soins reposait en 2013 sur un ratio de 88 médecins pour 100 000 habitants, en quasi-totalité à l’hôpital, soit quatre fois moins que la moyenne nationale. L’accès y est quasi-gratuit et, au prix d’attentes variables, illimité. Les médecins libéraux sont moins de 15 par 100 000 habitants. Un généraliste libéral fait fonction d’ophtalmologue, le seul pour plus de 220 000 patients très exposés. Dix des 17 communes n’ont pas de généraliste. Cette instabilité est due en grande partie au manque d’attractivité de Mayotte : coût de la vie jugé élevé, insécurité en ce qui concerne les atteintes aux biens et, depuis peu, aux personnes.

La situation économique est dégradée même si elle fait figure d’Eldorado pour les États voisins

Le taux de chômage est le plus élevé des départements d’outre-mer (36,6% contre 34,4 à La Réunion). Le PIB par habitant s’élève à 7 900 € contre 31 500 € en métropole et 18 900 € à La Réunion.

Retrouver ici la plateforme revendicative

Crédits (cc)Washko Ink / Wikipédia

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