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Parcoursup : un cauchemar pour les élèves ?

Parcoursup : un cauchemar pour les élèves ?

Avec environ un lycéen ou étudiant en réorientation sur deux sans affectation, le bilan de Parcousup semble à première vue pire que celui de son prédécesseur, comme en témoigne l’exemple du lycée Voltaire, à Paris.

Le 14 juillet dernier, plus de 600.000 bacheliers ou étudiants en réorientation se connectaient sur la plateforme Admission post-bac (APB) afin d’être fixés sur leur avenir immédiat. Si 84,3% d’entre eux avaient une affectation, soit plus qu’en 2016, les Français découvraient que 92 licences, contre 78 l’année précédente, avaient recalé des candidats par tirage au sort au sort. Cette méthode avait déjà été utilisée par 169 licences lors de la première phase et 115 pour la deuxième. De bons élèves, ayant obtenu leur diplôme avec mention “très bien”, se retrouvaient sans école pour la rentrée. Le gouvernement d’Emmanuel Macron avait alors promis de mettre fin à cette insupportable injustice. Pourtant, deux jours après les premiers verdicts de Parcoursup, la plateforme s’avère être un cauchemar pour la moitié des candidats, ainsi que pour leur parents et professeurs.

Parcoursup et la sélection

Bien que ne représentant qu’une proportion très faible des candidatures, le tirage au sort a sonné le glas de la plateforme APB et avec elle, probablement, le libre accès pour les bacheliers à l’université, sans sélection. Pour résumer, en 2016 et 2017, n’étant pas autorisées à sélectionner leurs étudiants, les filières universitaires qui se retrouvaient avec plus de candidats que le nombre de places fixées ont d’abord excluent les postulants des autres académies et ceux qui n’avaient pas choisi la licence en premier vœu. Elles ont ensuite dû se résoudre à cette roulette russe. En septembre, quelques 40.000 bacheliers se retrouvaient sur le carreau. APB était alors accusée de tous les maux. « C’était une vraie galère, ça buguait tout le temps et on ne comprenait pas comment ça marchant », nous explique Anaëlle, ancienne élève en Terminale ES au lycée Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris, aujourd’hui en première année de licence de sociologie à Paris VII Diderot. Malgré une année scolaire avec des hauts et des bas, la jeune femme avait obtenu son premier vœu dès la première session. Ce n’était cependant pas le cas de tout le monde. « La moitié de mes potes n’avaient pas eu d’affectation à l’issu du premier tour », prévient-elle. « Une partie d’entre eux, poursuit-elle, n’ont rien eu après le deuxième tour. Résultat après avoir fait des pieds et des mains, certains n’ont pas été à la fac cette année. » N’ayant pas créé de places supplémentaires dans l’enseignement supérieur, alors que plus de lycéens se présentaient cette année au bac, en raison du baby-boom de l’an 2000, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ne promettait pas de régler ce problème. Des bacheliers resteraient sur le carreau, nous savions qu’il en serait ainsi. Mais elle promettait plus de justice, car le tirage au sort est « la négation même d’une logique de progrès et de réussite individuelle et […] un non-sens social », ainsi que plus d’efficacité, avec Parcoursup.

L’histoire d’un naufrage

La plateforme offre de nombreuses nouveautés par rapport à son prédécesseur. D’abord, les candidats, lycéens ou étudiants de moins de 26 ans voulant se réorienter en première année, ne peuvent plus déposer que 10 vœux maximum, sans compter les “vœux groupes” pour les filières sélectives (médecine, prépas, écoles d’ingénieurs, etc.), contre 24 pour APB. Cette fois, il n’était plus possible de hiérarchiser ses choix. Enfin, dernière innovation, et pas la moindre, les établissements supérieurs avaient pour mission d’établir des notes, selon leurs propres critères, à partir des dossiers des élèves, bulletins du 2ème trimestre de terminal, avec avis du conseil de classe, compris, et des éléments demandés (CV, lettre de motivation, etc.). Environ 812.00 candidats, soit plus de 6 millions de vœux, se sont cette année prêté à l’exercice. Près la moitié d’entre eux, soit 393.000 jeunes, n’avaient aucune affection le 22 mai. Un chiffre qui a diminué à 375.500 le lendemain matin, grâce aux premiers désistements. Un an auparavant, l’annonce de la présence de 156.000 élèves encore sur liste d’attente avait suscité beaucoup de réaction. « APB n’était pas la panacée, mais Parcoursup réussit à faire bien pire », nous explique Raphaëlle, professeure de Sciences économiques et sociales (SES) et professeure principale au lycée Voltaire.

Si un peu plus de la moitié des candidats ont obtenu quelque chose, il existe de grandes inégalités entre les établissements, selon leurs réputations. Dans le lycée du XIe arrondissement, deux tiers des élèves n’ont eu aucune affectation, un désastre pour certain. « Pour eux [les élèves], c’est un gros coup sur la tête, plusieurs enseignants ont reçu des coups de fil d’élèves inquiets », nous confie Montserrat, qui enseigne l’espagnol dans le même lycée et qui est également responsable d’une classe de terminale ES. « Avec APB, poursuit-elle, nous pouvions pointer du doigt un système, là on va dire que c’est de la faute des élèves s’ils n’ont rien et en plus les faire culpabiliser. » « On revient sur ces quarante dernières années et on arrête avec les études de masse », constate-t-elle.

Oulématou, dont la terminale ES se déroule pourtant honorablement, avec les compliments au premier trimestre et les encouragements au second, fait partie de ceux qui n’ont rien. « Je le vis mal, ça m’a abattue », nous confie-t-elle. « Mes parents sont choqués », poursuit-elle. Parmi ses vœux, on retrouve des licences en AES, en éco-gestion ou en psychologie, jusqu’ici pas concernées par le tirage au sort. Sa copine Aurore, en terminale dans la même filière, se dit « dans le flou ». « J’espère au moins un des facs demandées (droits et info-com), mais je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. » « Ma mère était là quand j’ai vu mes résultats, nous raconte-t-elle, elle était dégoûtée et plus stressée que moi. » Seule du groupe d’amies à avoir obtenu un vœu positif, Joya n’est pour autant pas très satisfaite. La seule licence de droit qu’elle a obtenue se trouve… en Normandie. « J’y ai postulé au cas où je n’avais rien, mais maintenant, je ne sais pas quoi faire. » Car, les élèves qui ont été pris dans des formations ont sept jours pour confirmer, afin de désengorger les listes d’attentes. Joya n’a pas très envie de quitter la région, mais elle « n’a pas trop d’espoir pour les licences à Paris » et a peur « de ne rien avoir si elle n’accepte pas ». Car, on touche là une des aberrations du système de Parcoursup : la non-hiérarchisation des vœux.

« Un gros échec, à l’image du gouvernement »

« Certains bons élèves sont pris dans dix formations, quand d’autres n’ont rien, c’est une absurdité bureaucratique. Je suis dégoûtée et révoltée », s’indigne Raphaëlle. Même son de cloche pour Fabrice, professeur de SES et professeur principal dans le même lycée. « Du moment où certains pouvaient occuper plusieurs places, ce résultat était prévisible ». Selon lui, « cela va se décompter au fur et à mesure, avec les désistements. » En effet, contrairement à APB, la plateforme sera mise à jour quotidiennement jusqu’au 5 septembre. En attendant, une commission d’accès à l’enseignement supérieur se met en place pour ceux qui ont postulé uniquement à des formations sélectives et pour lesquelles ils n’ont reçu que des réponses négatives. A partir du 6 juillet, date des résultats du bac, cette aide sera également proposée à ceux n’ayant que des “en attentes” à tous leurs vœux. Quelques jours avant, le 26 juin, s’ouvrira une phase complémentaire qui permettra à tous les candidats de faire dix nouveaux vœux. Des quotas de boursiers et de candidats “hors secteur” permettront aussi à des candidats mal classés de remonter.

« A terme, le résultat sera à peu près le même », estime Fabrice même, s’il faut craindre « qu’un peu plus d’élèves soient à la fin laissés de côté, vu qu’il y a plus de candidats et qu’il n’y a pas plus de postes. » Mais en attendant, les élèves seront sous pression. Pour Raphaëlle, Parcoursup se distingue d’APB, parce qu’elle est « de nature à décourager les élèves. » Elle prédit que « ceux qui n’auront toujours pas de réponse à l’approche de la rentrée risquent d’abandonner et de partir travailler au McDonald’s et grossir les rangs des travailleurs précaires. »

Pour le moment, les deux principaux syndicats étudiants, la Fage et l’Unef, ont chacun lancé leur traditionnel dispositif d’accompagnement aux lycéens : sos-parcoursup.fr et sos-inscription.fr. Dans le même temps, Parcoursup « fait le jeu d’écoles privées onéreuses –  bonnes ou mauvaises –, qui permettent aux élèves d’échapper à la plateforme », constate Fabrice. A ce jour, le bilan de Parcoursup est donc largement négatif. « APB avait beaucoup de défauts, mais Parcoursup est une vraie régression », analyse Anaëlle, contente d’avoir obtenu son bac l’an dernier et échappé à ce cauchemar. « C’est un gros échec, à l’image du gouvernement », conclut-elle. Pour Raphaëlle, « le problème ne sera résolu que quand le gouvernement se décidera à augmenter le nombre de places dans le supérieur. »

Photo : Site Parcoursup

Crédits : Capture d’écran

4 Comments

  1. Dulac

    Vous pouvez rassurer l’élève qui a un oui d’une université normande. Elle peut garder ce oui et conserver ses places dans les listes d’attente des universités parisiennes qui m’attirent plus.

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  2. Deborah Graham

    quelle autre solution….vous prefereriez la solution americaine…place quelque part pour tous mais a un prix exhorbitant? endetter a vie?

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  3. Tom

    Les recalés de ParcoursSup auront soit la chance de se former mieux pour éviter l’échec, soit la chance de ne pas perdre un ou deux ans en tant que pseudo étudiant. Pour ceux qui ont des chances d’y arriver, et je parle très largement, pas simplement la petite élite de la promotion, cette nouvelle plateforme est plus intéressante que la précédente.
    Interrogez un peu moins de cancres, vous entendrez beaucoup de bonnes choses sur cette nouvelle plateforme (transparence, information sur la liste d’attente, possibilité de choix par l’élève et non par le logiciel…)

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  4. Fabien TELL

    Bonjour,

    Le paradoxe dans cette réforme, c’est qu’elle permet à ses opposants, de crier à la sélection alors qu’ en même temps les réformes universitaires (depuis 15-20 ans) ont toutes contribuées à réduire le niveau et le nombre de connaissances dispensées à l’université. C’était d’ailleurs une nécessité car le bac ne garantit plus assez le minimum requis pour suivre un programme universitaire classique. Par exemple en math ou en physique, les universitaires estiment que le programme collège + lycée a deux ans de retard par rapport aux années 80-90. Mais il semble que dénoncer ce problème soit devenu un tabou auprès des syndicats enseignants et lycéens sans parler des partis de gauche.
    Étant universitaire et parent et de « gauche » je ne peux que confirmer cela. Je comprends que l’on ne veuille pas désespérer Billancourt mais encore faudrait-il savoir que le site a fermé !!!!! Cela veut dire aussi que le niveau moyen des enseignants recrutés depuis ces années a suivi la même pente ce qui explique la réticence des syndicats a dénoncer le problème. C’est devenu un réel problème à l’université ou la médiocratie décrite par Alain Denneault est au pouvoir ( à défaut de l’imagination). https://www.lemediatv.fr/les-programmes/lentretien-libre/11-alain-deneault-faire-leconomie-de-la-haine/

    Bien évidemment la reforme parcours sup n’est pas la bonne solution et on verra que au final on a la même résultat qu’avec APB. La sélection par l’échec que dénonce justement les syndicats est déjà en place depuis fort longtemps, d’ailleurs fort peu d’universitaires envoient leur gamins à la fac ce qui ne les empêchent pas d’essayer de remplir leur classe pour obtenir des crédits et des promotions. En effet il faut savoir que les filières sont financées en fonction du nombre d’inscrits et du taux de réussite d’où la course aux étudiants lors des foires aux diplômes et la baisse des exigences pour gonfler le taux de réussite qui malgré tout nos efforts reste limité en première année. Grâce aux nouvelle réformes, on peut parier que ce taux va augmenter fortement puisque que l’on pourra maintenant obtenir le même diplôme et 3,4 ou 5 ans avec des programmes différents selon les fac et même au sein d’une même université.
    Il serait temps que l’on parle vrai , de toutes façons les nouveaux universitaires sont majoritairement macronien …

    Bonne soirée

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