Le mouvement lycéen veut se renforcer et se joindre aux gilets jaunes

Le mouvement lycéen veut se renforcer et se joindre aux gilets jaunes

Les lycéens ne lâchent rien. Ce, malgré les violences policières dont ils font l’objet. Ces violences pourraient même renforcer le mouvement. Dans un communiqué de presse, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), l’Union nationale lycéenne et le Syndicat général des lycéens ont appelé à un « mardi noir » et appellent le mouvement lycéen à se joindre aux gilets jaunes et à soutenir leurs revendications. 

« Même Macron, même combat », c’est par ce mot d’ordre que les trois syndicats lycéens entendent afficher leur soutien aux gilets jaunes. « Nous, organisations lycéennes rejoignons les revendications des Gilets jaunes sur plusieurs points, et notamment sur la question du pouvoir d’achat : lorsque le gouvernement décide d’attaquer le pouvoir d’achat des plus pauvres, cela revient également à s’attaquer à la vie des lycéens, qui sont globalement dépendant financièrement de leurs parents », précise le communiqué de presse publié par la FIDL. Une manifestation s’est également tenue hier et a réuni plusieurs milliers de lycéens dans toute la France. Ils appellent, entre autres, Jean-Michel Blanquer à reculer sur la réforme du bac et Parcoursup.

Les droits de l’enfant bafoués ?

À cela s’ajoute la colère des lycéens et des parents d’élèves en réaction aux images concernant les interpellations au lycée de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines. À cette occasion, une conférence de presse a été organisée par la Fédération des conseils de parents d’élèves et le Syndicat des avocats de France (SAF). Louis Boyard de l’UNL et Laurence Roques, le Syndicat national des professionnels de l’éducation et du social (SNPES PJJ) étaient présents. Au menu, les violences policières, les manquements aux règles de procédures, les revendications lycéennes.

« Avoir une jeunesse qui se révolte fait peur au gouvernement », envoie Louis Boyard, d’entrée de jeu. Il évoque « 1000 lycéens interpellés en quelques jours ». « Combien y a-t-il de Mantes-la-Jolie ? », interroge-t-il dans la foulée. Pour le procureur des Yvelines, il y a peu de chances que les lycéens gagnent en déposant plainte. « Évidemment, puisque le procureur est à la fois juge et partie, il y a un vrai problème d’indépendance du parquet », explique Laurence Roques du Syndicat des Avocats de France. Ce à quoi Carlos Lepage du SNPES ajoute : « la politique du parquet est de faire des réquisitions avec mandat de dépôt. » Comme lors des comparutions immédiates des Gilets jaunes, les procureurs sont sans pitié, au point d’opérer des défèrements en cascade. « Normalement, on se contente d’un rappel à la loi car on est face à des mineurs qui n’ont globalement aucun casier judiciaire. Il y a une volonté gouvernementale d’écraser le mouvement lycéen », précise Carlos Lepage. En ce sens, le SNPES demande l’arrêt des déferrements et des placements en garde à vue.

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Les arguments du SNPES sont appuyés par Laurence Roques du SAF. « Il y a une entreprise de criminalisation du mouvement lycéen ainsi que des manquements grave à l’ordonnance de 1945″, explique cette dernière. Il s’agit de l’ordonnance relative à l’enfance délinquante qui par exemple mentionne, dès l’article premier, qu’« un enfant auquel est imputé une infraction qualifiée de crime ou de délit ne doit pas être déféré aux juridictions pénales de droit commun ». Nous ne sommes en effet plus dans le cadre de la justice pour mineur et « cela constitue une violation des droits de l’enfant », selon le Syndicat des avocats de France. L’avocate explique en outre que les procédures de garde à vue n’auraient pas été respectées et qu’on a eu des mineurs auditionnés sans la présence d’un avocat. « À ce titre, il y a des procès verbaux mensongers car certains mentionnent la présence de l’avocat alors que ce n’était pas le cas », témoigne Laurence Roques. Elle appelle les parents à porter plainte contre le procureur des Yvelines.

Le mouvement lycéen continue

Lorsqu’un confrère demande à Louis Boyard où en sont les dialogues avec Jean-Michel Blanquer, celui-ci répond qu’ »il n’y en a pas. S’il y en avait eu un, comment expliquer l’ampleur de la contestation lycéenne ? ». « Tout ce que fait Blanquer, c’est utiliser le Conseil National de la Vie Lycéenne à des fins politiques, mais il n’y a eu aucune consultation des syndicats étudiants », précise le lycéen. Au sein des établissements, tout n’est pas rangé ; on nous dit par exemple que des élèves auraient reçu des rapports d’exclusion pour avoir porté des revendications de nature politique au sein de leur établissement. Le ministère de l’Éducation nationale ne rend d’ailleurs pas vraiment compte de ce qu’est le mouvement lycéen à l’heure actuelle : celui-ci dénombre 170 lycées bloqués alors que l’UNL dit en avoir recensé 400 sur son compte Twitter. France Bleu a annoncé que 450 établissements avaient été perturbés… L’éternelle guerre des chiffres. « Je ne sais pas Emmanuel Macron est dans le déni ou dans le mépris, ce qui est sûr c’est qu’il ne veut pas nous adresser la parole », dit Louis Boyard.

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Concernant les revendications du mouvement lycéen, Louis Boyard et la Rodrigo Arenas ont commencé par demander à ce que les algorithmes de Parcoursup soient rendus publics. On a entendu dire durant la conférence de presse qu’à l’heure actuelle, Jean-Michel Blanquer restait sourd quant à cette revendication. Lui et les universités refusent de les divulguer. Ils réclament aussi que l’enseignement professionnel soit réformé et revalorisé. « Il y a plusieurs filières qui préparent à des métiers qui n’existeront plus d’ici 5 ans. Le bac pro est considéré comme une voie de garage, comme un outil de sélection sociale et de maintien des inégalités. Il faut que l’enseignement professionnel devienne une filière d’excellence », souligne Rodrigo Arenas. D’autant que Parcoursup risque de priver les diplômés du bac pro d’accès à l’université.

Sachant que même les places en BTS pour les élèves issus de bac pro sont contingentées ; on nous dit que 30 % des places leurs sont allouées. Louis Boyard a également revendiqué l’abandon du service national universel, qui est, selon l’intéressé, un aveu de faiblesse de l’école sur les questions de citoyenneté. « L’école ne sera plus qu’un simple débouché à l’emploi », argue-t-il. Sur la réforme du bac, les organisations syndicales et la FCPE demande l’abandon du 10 % de contrôle continu, qui « risquerait d’accentuer les inégalités entre les établissements », déplore le syndicaliste lycéen.

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Les spécialisations posent également problème. Surtout l’idée de les limiter à sept par lycée. « Cela peut engendrer des problèmes en termes de transport, pour ceux qui choisiraient une spécialité que seul un lycée éloigné proposerait », explique le président de la FCPE. Le tout, « sachant que le temps de transport est un des principaux facteurs de décrochages scolaires », ajoute-t-il.

Louis Boyard a appelé Jean-Michel Blanquer à ne pas « sous-estimer le mouvement étudiant ». La FCPE a quant à elle demandé au gouvernement d’« arrêter de frapper les enfants et de respecter les organisations lycéennes en leur ouvrant la voie du dialogue social ». Ils annonçaient aussi vouloir soutenir et rejoindre les Gilets jaunes. Peut-être un début de convergence des luttes, manque plus que les étudiants s’y mettent.

Légende : charge policière devant le lycée Isaac Newton

Crédit : Clément Lanot/Linepress

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