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Interpellée, insultée, emprisonnée : l’histoire de Marion, femme gilet jaune

Interpellée, insultée, emprisonnée : l’histoire de Marion, femme gilet jaune

Gilet jaune bretonne, coiffeuse à domicile et mère de famille, Marion a été violemment interpellée puis arrêtée sur les Champs-Élysées le 16 mars dernier. Récit d’une étrange manifestation.


Gilet jaune, elle l’est depuis le début du mouvement. « On l’est tous plus ou moins depuis quelques années », confie-t-elle. Marion, coiffeuse à domicile en Bretagne, elle aussi mère de quatre enfants âgés de 18, 16, 13 et 2 ans et demi. Parcourant les routes pour coiffer celles et ceux qui ne peuvent se déplacer, elle a subi les effets de la hausse des prix du carburant. Mais comme beaucoup, c’est pour de plus grandes raisons qu’elle a enfilé le chasuble fluo, loin de se douter que son engagement l’emmènerait tout droit au commissariat.

Samedi 16 mars : c’est l’acte XVIII de la mobilisation, événement tant attendu par les gilets jaunes, qui se sont donné rendez-vous à Paris. Marion est là, évidemment, avec ses compagnons de route bretons, venus de Lannion et Saint-Brieuc. Vers 17h, elle se trouve au 75, avenue des Champs-Élysées, et marche sur le trottoir lorsqu’elle est « violemment projetée par les forces de l’ordre avec un bouclier », explique-t-elle. Elle se débat et tente de s’extraire de ces bras armés, comme elle le racontera deux jours plus tard dans un post Facebook.

L’interpellation dure bien une vingtaine de minutes. Des photojournalistes, comme Bzaz, ont immortalisé la violence de l’interpellation de Marion. Émue, elle raconte avoir été insultée, humiliée. Lorsqu’elle tente de répliquer, « ils prenaient ma capuche et m’étouffaient, et m’ont étranglé à plusieurs reprises », décrit-elle. Sans surprise, le tutoiement est de mise. Lorsqu’on lui demande avec précision ce que lui ont dit les forces de l’ordre, Marion peine à retenir ses larmes. « J’ai été insultée de connasse, de pute, [on m’a dit] qu’il fallait que je reste à faire la vaisselle chez moi », confie-t-elle.

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L’interpellation de Marion, le 16 mars 2019. Crédits : Bsaz.

24 heures en garde à vue

Menottée sur l’avenue, où se déroulent de violents affrontements, Marion raconte avoir attendu environ 1h30, avant d’être embarquée avec d’autres personnes vers le commissariat du Ve arrondissement de Paris. Arrivés sur place, les policiers ne parviennent pas à retirer les menottes de Marion. Le fonctionnaire qui l’a arrêté dispose de clefs qui ne correspondent pas aux menottes. Visiblement, les bracelets en métal qui serrent ses poignets ne seraient ni conformes ni homologués. Les forces de l’ordre décident alors de les couper à l’aide d’une pince-monseigneur. Tandis qu’on lui coupe la première menotte, celle de la main droite, les policiers filment la scène. « Ils trouvaient ça drôle », raconte Marion. « Ils se sont tous marrés. ». Sa main droite libérée, elle décide donc de sortir son téléphone de sa poche et de filmer elle aussi la scène (lien YT 6m54). Après lui avoir enlevé les deux menottes, les forces de l’ordre demandent à Marion d’effacer la vidéo, ce qu’elle fait sous leurs yeux. Elle la récupérera cependant dans la corbeille de son téléphone à la sortie de sa garde à vue.

Marion est placée en garde à vue en compagnie de quatre autres femmes, dans une même cellule. La jeune coiffeuse raconte « les odeurs nauséabondes qui y régnaient », et se retrouve, stupéfaite, entre quatre murs. Après deux heures sous le choc, elle lie contact avec ces femmes. Deux d’entre elles se trouvent dans une situation similaire : elles auraient été arrêtées à la sortie du métro. Pendant sa garde à vue, Marion est interrogée au total trois fois par la police judiciaire. Son sac, dans lequel se trouvent « un drapeau breton, des gâteaux, un chargeur de téléphone » est fouillé à plusieurs reprises.

Les cinq femmes n’ont que trois matelas et deux couvertures pour dormir. Elles se serrent entre elles pour se réchauffer. Au milieu de la nuit, vers 3 heures du matin, des agents convoquent la manifestante bretonne pour qu’elle donne ses empreintes, ce qu’elle accepte, et son ADN, ce qu’elle refuse. Elle explique avoir été réprimandée pour ce refus, et ce alors que la loi l’y autorise.

Finalement, après un dernier interrogatoire, Marion finit par être libérée. Elle reçoit une convocation pour le mois d’avril. La jeune Bretonne sort de garde à vue, en plein Paris. Ses amis gilets jaunes l’ont heureusement attendu toute la nuit et sont là pour accueillir. « Je leur saute dans les bras, heureuse de voir des êtres humains dignes de ce nom », confie-t-elle, très émue.

Marion est toujours gilet jaune. Mais elle ne retourne plus manifester, envahie d’une peur tenace. C ‘était peut-être cela, le véritable motif de cette violente interpellation : faire peur aux manifestantes, afin qu’elles restent « faire la vaisselle », plutôt que de descendre dans la rue pour y défendre leurs droits.

7 Comments

  1. Romain Roguozinsky

    Ces mecs me donne envie de vomir !!! ILS SONT LA HONTE DE NOTRE PAYS !

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  2. Laugier

    Alors Shiappa ou êtes vous? Vous ne l’ouvrez pas pour défendre cette femme? Deux poids deux mesures !!!!!!!😠😠😠😠😠

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  3. Roule Bouboule

    madame shiappa veux donnée des leçons au homme qui ne respecte pas les femme quel commence part cela car ces la honte de notre pays ou on dit les droit l’homme ces sa et courage a Marion mais faut pas baisser les bras car un jours il nous en rendront des compte sur leur comportement honteux

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  4. GUERRE

    Plus tard, il faudra rafraichir la mémoire à castaner et faire rendre des comptes à tous ces gens indignes de faire partie des forces de l’ordre de la France.
    Leurs méthodes relèvent de pratiques normalement appliquées par les polices de pays totalitaires ou alors par les gros bras des gangs mafieux.

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