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Hôpital public : l’urgence

Hôpital public : l’urgence

« Virage ambulatoire », moins de soignants, plus de rentabilité, l’hôpital est aujourd’hui en danger, le personnel soignant comme les patients souffrent face à l’indifférence du gouvernement.

Burn-out, épuisement, suicides, aujourd’hui le personnel soignant, qu’il travaille dans les hôpitaux psychiatriques, aux urgences, en EHPAD ou au domicile des malades, est en souffrance. Pour le faire savoir, les soignants font grève sur grève, grèves de la faim, clip parodié. Ils tentent tout pour se faire entendre, et pourtant Agnès Buzyn s’apprête à présenter une nouvelle réforme des hôpitaux, à la fin du mois, qui n’annonce rien de bon pour ces soignants qui demandent plus de moyens humains.

Virage ambulatoire et dérive orwellienne

« D’ici à 2022, je souhaite porter la médecine ambulatoire à 55% et la chirurgie ambulatoire à 70% » a déclaré Agnès Buzyn, la ministre de la Santé en octobre dernier. L’ambulatoire dans le langage hospitalier, consiste à entrer à l’hôpital le matin, et à rentrer, une fois opéré – soigné, chez soi le soir, ce qui permet de libérer des lits et réduire les coûts. C’est ce qu’on appelle communément le « virage ambulatoire ».

Pour ce faire, le ministère de la Santé a décidé de mettre en place un algorithme qui calcule votre état de santé grâce à un questionnaire que vous recevez … par SMS. C’est une patiente d’un hôpital parisien qui a révélé avoir été prise en charge par texto après son opération gynécologique. Sur son blog hébergé sur le site de Mediapart, Pauline P. raconte avoir reçu quatre sms que voici :

« Si vous avez des nausées ou des vomissements importants répondez simplement en 3 lettres NPO par SMS »

« Evaluez votre fatigue : Répondez PAS si vous n’êtes pas fatigué, PEU si vous êtes un peu fatigué, BCP si vous êtes très fatigué, EXT si vous êtes épuisé »

« Un petit écoulement de sang est normal au niveau de la cicatrice. S’il est important répondez simplement un chiffre (0 : pas de douleur, 10 : douleur insupportable) »

« Vous n’avez répondu à aucun SMS. Si tout va bien répondez TVB« 

Pauline P. confie le choc d’avoir reçu ces textos en sortant de l’hôpital. « Ça a été en tant que femme et patiente, extrêmement douloureux et humiliant », écrit-elle. Pour elle, c’est même « une intrusion robotique dans l’intimité, un crachat en pleine figure. »

Aujourd’hui, une centaine d’hôpitaux, essentiellement parisiens, se sont équipés de cette technologie développée par la start-up Calmedica, spécialisée dans l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la santé. C’est elle qui a remporté un appel d’offres de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) en novembre dernier.

Si la ministre de la Santé affirme que la chirurgie ambulatoire est un « plus pour les patients, les praticiens et les établissements », les soignants, comme les patients, constatent déjà ses effets pervers voire dangereux.

Certains patients n’osent pas déranger les soignants, qu’ils voient débordés. Certains patients sont seuls chez eux, et incapables de pouvoir appeler à la l’aide, ni même parfois d’identifier leurs propres besoins, n’étant pas des médecins. Certains patients ne savent pas se servir d’un smartphone ou n’en n’ont pas les moyens.

Que faire de ces citoyens ? De ces derniers de cordées pour reprendre le vocabulaire présidentiel.

 « Les patients en danger »

Un service est particulièrement au bord du gouffre : les urgences. L’été, les urgences sont surpeuplées : fortes chaleurs, personnel en vacances, accidents de la route, la période estivale est toujours difficile pour ceux qui travaillent dans les hôpitaux.

Mais au lieu d’augmenter les effectifs et la sécurité dans ce service, le ministère de la Santé a fait passer un nouveau décret le 1er juin dernier qui « met les patients en danger » suivant les syndicats hospitaliers.

Ce décret modifie l’effectif médical minimum des services d’urgence en cas de « faible activité ». Un médecin urgentiste pourra être laissé seul pour gérer ET la permanence du service des urgences et celle du Smur. Pour le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHARE), « ce décret est une véritable atteinte aux soins, mettant les patients en danger. »

D’après le syndicat, ce décret « allongera les délais de prise en charge », déjà long, ce qui aura des conséquences « préjudiciables aux patients potentiellement en urgence vitale. » Que fera le médecin, seul, lorsqu’une personne en insuffisance cardiaque se présentera dans le même temps qu’une personne qui présente les signes d’un AVC ?

Y aura-t-il un hôpital à deux vitesses, celui des riches, les cliniques et centres hospitaliers privés où les médecins seront assez nombreux, et celui des pauvres, l’hôpital public, où les médecins devront sauver des vies parfois au détriment de la leur ?

A quelques semaines de la présentation par Agnès Buzyn de nouvelles réformes pour les hôpitaux, il y a urgence à sauver l’hôpital public.

Crédits : doubichlou14 / FLICKR

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