Select Page

Évacuation de Tolbiac occupé : que s’est-il passé ?

Évacuation de Tolbiac occupé : que s’est-il passé ?

Vendredi 20 avril au matin, les étudiants grévistes sont évacués du campus de Tolbiac par la police. Plusieurs témoins affirment avoir vu des blessés graves, ce qu’aucune preuve ne vient confirmer. La préfecture de police de Paris et l’AP-HP démentent. Sur le terrain le jour des faits, mis en cause par la suite pour son traitement de cette actualité, Le Média revient de manière chronologique sur les éléments de son enquête.

Vers 5 heures du matin, les forces de l’ordre interviennent au centre Pierre-Mendès France. Les étudiants présents sur place affirment avoir été délogés dans la violence. Depuis, plusieurs rumeurs circulent. Un occupant de Tolbiac aurait été évacué inconscient par les pompiers. Après être tombé sur la tête, rue Baudricourt, il se serait gravement blessé. L’AP-HP et la préfecture de police de Paris tweetent en déclarant qu’aucun blessé grave n’est pris en charge dans les hôpitaux de Paris. Contacté par Le Média, l’Université Paris I affirme qu’il n’y a pas eu de blessés, mais confirme une arrestation. Pourtant, un doute subsiste, mais aucune preuve n’atteste de la version étudiante. Plusieurs images montrent des sapeurs-pompiers intervenir devant le campus. Les témoins maintiennent leur version. Le Média propose de revenir sur ces informations, en reprenant tout depuis le début.

Violences policières à Tolbiac

Plusieurs occupants racontent avoir vécu des violences policières. C’est le cas d’Eole, étudiante à Paris 1. Elle était à l’intérieur, lorsque les forces de l’ordre sont rentrées. Elle en sort avec trois doigts cassés. Après avoir posé une main sur une table, elle « se prend un coup de matraque sur les doigts » explique-t-elle.

Shares
  • facebook
  • twitter
  • googleplus
  • linkedin

Crédit Bastien Parisot

Ce serait le début d’une pluie de coups. Elle raconte aussi comment un étudiant, piétiné par la police, blessé à la cheville, est évacué par les pompiers.

Louise* qui occupait aussi Tolbiac le matin de l’évacuation est toujours en état de choc. En racontant les faits au Média, son émotion reste perceptible. « J’ai vu les coups de matraque, l’ambulance arriver. Un camarade s’est fait maltraiter, il avait déjà un problème à la cheville, il s’est fait mettre à terre, ils l’ont matraqué, écrasé » affirme-t-elle à propos du premier évacué par les pompiers rue de Tolbiac. Des propos que confirme Thomas*, également présent à l’intérieur durant l’évacuation. « Il y avait un CRS avec une hache, un autre avec un bélier, un autre avec une scie circulaire » précise-t-il à propos des policiers qui sont intervenus dans les locaux.

Les images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent une intervention brutale de la police. Une vidéo tweetée par un journaliste montre l’étudiant faire un malaise et témoigne du niveau de tension durant l’évacuation.

Bilan de l’opération policière, selon plusieurs témoins, un malaise, une crise de panique, trois doigts cassés, une cheville blessée, une épaule démise, un coude soigné, des étudiants gazés. Et surtout un autre étudiant évacué par les secours, après avoir perdu connaissance. Et c’est ce dernier prétendu blessé qui focalise l’attention des rumeurs et des médias. Selon les témoignages recueillis par Le Média, il s’agit d’un individu qui tentait d’échapper à l’opération policière, en sautant par dessus un muret. Sauf qu’il disparaît des radars, et qu’il devient l’objet principal de nos investigations.

Très vite, les réseaux sociaux s’emballent. La commune libre de Tolbiac, qui est la vitrine de l’occupation, tweete qu’il y aurait trois blessés graves.

La préfecture de police de Paris publie un premier communiqué, pour déclarer que « l’opération s’est déroulée dans le calme et sans aucun incident ».

Alors que les images des violences policières font le tour du web, la préfecture annonce dans un second communiqué qu’il n’y a aucun blessé grave hospitalisé, en précisant en avoir eu confirmation auprès de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris. La position des autorités évolue donc, reconnaissant la prise en charge d’un « blessé au coude » qui serait reparti à 7 heures 30.

A son tour, l’APHP tweete pour confirmer qu’aucun blessé grave n’y a été conduit.

Rapidement, la toile réagit. La fédération syndicale Sud santé qui mène ses investigations pour retrouver un blessé grave réagit à son tour. Un communiqué est publié expliquant qu’un « patient a été proposé à la grande garde de neurochirurgie mais refusé ».

Shares
  • facebook
  • twitter
  • googleplus
  • linkedin

Reste les hôpitaux privés et militaires. Le bureau de communication et information des services santé armée nous déclare ne pouvoir « ni infirmer ni confirmer la présence d’un étudiant » dans leurs services.

Et du sang au sol ?

Plusieurs témoins nous affirment avoir vu du sang au sol. Pourtant rien n’atteste de la véracité de cette information. Aucune image ne filtre, et nous ne pouvons pas nous rendre sur place, la rue Baudricourt étant bouclée par la police. Des rumeurs affirment que le sang a été nettoyé. Un communiqué de la CGT Services publics « demande à la Ville de Paris de faire la lumière sur la question de l’éventuelle intervention d’une équipe municipale de nettoyage qui aurait effacé des traces de sang ».  A la presse, un adjoint de la ville de Paris dément.

Notre témoin Leila, a-t-elle menti ?

Dès mardi 24 avril au soir, une polémique enfle. Avec la parution d’un article de Libération, puis de Reporterre, la véracité du témoignage de Leila, l’une des interviewées du Média, est mise en doute. Elle aurait menti à propos des événements qui se sont produits à l’extérieur de l’université. Plusieurs syndicats prennent leurs distances. Axel, secrétaire fédéral de Solidaires Etudiant-e-s nous explique le lendemain qu’il est très difficile de faire la part des choses. Dans le milieu militant la confiance était de mise entre occupants. Même son de cloche du côté de l’UNEF Abdoulaye Diarra, vice-président de l’UNEF, qui attend plus d’informations pour communiquer. La concernée publie une réponse sur le compte Twitter de la commune libre de Tolbiac. Elle réfute les méthodes de Libération et nie avoir menti. Elle demande « la mise à disposition des enregistrements vidéos de caméra de surveillance présentes » dans la rue. Mais les informations de Libération et de Reporterre incitent à se questionner. Même si les étudiants de Tolbiac maintiennent leur version, l’absence d’identification sérieuse et de preuves matérielles, autres que les témoignages, ne permettent pas d’accréditer la thèse d’un blessé grave. A ce point de notre enquête, nous devons conclure à l’inexistence de cet étudiant gravement blessé.

 

*Prénoms modifiés à la demande des témoins

 

11 Comments

  1. William G

    Vous dites : « Alors que les images des violences policières font le tour du web ». Je suis désolé, mais la vidéo que je vois est peu violente. Il est objectivement difficile de faire moins violent pour évacuer des militants. A moins de ne pas les évacuer.

    « Dans le milieu militant la confiance était de mise entre occupants. » C’est en ça que j’aurai aimé pouvoir suivre des infos de qualité et vérifiées par des journaliste sur LEMEDIA et non des rumeurs à la con colportés par des étudiants, migrants ou autres SDF.

    Plutôt que de faire une véritable autocritique, vous faites un article où l’information principale se cache dans une phrase alambiqué à la toute fin. Votre article aurait dû s’appeler « On s’est fait avoir » et se terminer par « Leila nous a menti ».

    J’attends toujours un article pour expliquer en quoi vous allez travailler sur vos processus de vérification avant de publier des articles dangereux. Imaginez si un militant crédule avait décidé de venger son camarade…

    Réponse Signaler un abus
    • Yohan Reversat

      J’imagine que tu attendras toujours plus et que rien à tes yeux ne sera assez bon, mais je te donne le lien pour te montrer qu’il admet leur erreur.
      https://lemediapresse.fr/le-media-tv-fr/affaire-tolbiac-mise-au-point-par-le-media/
      Tu dis :
      « Votre article aurait dû s’appeler « On s’est fait avoir » et se terminer par « Leila nous a menti ». » Voici ce que tu attends
      « Au vu de tous ces éléments, nous reconnaissons notre erreur, et nous présentons nos excuses »
      Mais tu diras que c’est encore pas assez !

      Réponse Signaler un abus
  2. William Goutard

    bonjour,

    Je peux connaitre les règles de modération de commentaire svp ? Mon commentaire a été effacé. J’aimerai comprendre pourquoi ? on m’a dit que je pouvais participer à ce journal, que vous ne cherchiez pas le buzz. Ben pour l’instant je suis déçu. Mon commentaire était légitime, ne vous en déplaise.
    J’hésitais, j’attendais de voir un peu ce que vous donniez, mais pour l’instant vous pouvez vous brosser avant que je m’abonne. La liberté d’expression, ce n’est pas que pour les autres.

    Réponse Signaler un abus
  3. ROBERT ROLLAND

    l’information « à chaud » est toujours délicate, et ouvre à des possibilités d’approximations et d’erreurs. Vous avez donc raison de conclure en disant que des progrès sont toujours à faire . Je vous souhaite bon courage et persévérance dans votre difficile travail
    Par contre « à froid » vous devez à tout prix vous relire et supprimer les fautes de syntaxe qui sont dans vos textes écrits
    Ces erreurs ne se pardonnent pas, au nom du respect de la langue française, bien commun de toutes et tous.
    Cordialement

    Réponse Signaler un abus
  4. Pascal Prougeansky

    Que sommes-nous disposés à croire ?
    Vaste sujet qui s’étend bien au-delà du domaine de la Foi, et qu’Ignace de Loyola a résumé magistralement en quelques mots : « Pour celui qui croit, aucune preuve n’est nécessaire. Pour celui qui ne croit pas, aucune preuve n’est suffisante. »
    Au-delà de l’illusion que nous entretenons sur notre propre objectivité, je crains que nos rapports à l’information ne relèvent eux aussi de la « croyance »… ce qui, bien sûr, ne nous dispense pas d’essayer de démêler le plus vrai du moins faux.

    Réponse Signaler un abus
  5. Pioupiou Fourcade

    ;;;un premier point qui me semble important, et qui est primordial, c’est que l’on n’évacue pas une faculté occupée, en aucun cas il ne doit y avoir de force de l’ordre qui rentre manu militari dans ces lieux de transmission du savoir…sauf bien sur en cas de violence interne, prise d’otage etc dans lesquelles des vies et intégrités physiques sont en jeux. Une société démocratique se doit de considérer toutes ces revendications.Envoyer des forces de l’ordre, des robots cop, pour cogner (n’en déplaise à ceux qui pensent que ce n’est pas si violent que ça), bousculer, humilier des jeunes, qui sont l’avenir de notre société, de notre planète, est la marque d’une dérive consternante de notre éthique sociétale. A quand les chemises brunes !!?? Il est vraiment significatif que nous puissions collectivement accepter ce genre de comportement des forces de l’ordre, comme si c’était leur rôle de cogner…C’est notre humanité que l’on accepte de démolir, notre altérité qui s’effondre…Même raisonnement pour les lieux de travail, pour les réfugiés, les pauvres, etc etc

    Réponse Signaler un abus
    • Pifpoche

      Je suis tout à fait d’accord avec ce commentaire de @Pioupiou Fourcade…!
      Du sang a été répandu et un étudiant avait perdu connaissance de façon inquiétante. Que le sang des crânes fracassés aie été nettoyé par la police et que l’étudiant commotionné aie repris connaissance ne retire rien à l’indignation collective et à l’inquiétude justifiée qui ont saisi tous les intéressés. Que la police aie été adroite dans ses coups et que la blessure au crâne et au coude soient finalement sans gravité, c’est vraiment tant mieux… Mais cela ne retire rien au scandaleux des méthodes d’Emmanuel Macron et de son ministre de l’intérieur Gérard Collomb, si proche du FN, contre les étudiants…

      Réponse Signaler un abus
  6. Bernard JOLY

    Mon Media, plus je l’aime, et plus j’exige! C’est comme ça. Ce n’est qu’un début, continuons le combat!

    Réponse Signaler un abus
  7. Leherissier JF

    Ou comment mettre fin à un mensonge en en colportant d’autre. « Y’a plein de vidéo violentes sur l’évacuation sur le web qui circulent ». Non sans blague? Et elles sont ou les vidéos qui corroborent le premier témoignage d’Eole? Les seules qui circulent montrent des CRS assez calmes et assez loin de distribuer des coups matraques tout azumut et encore moins des coups de coude de genoux ou pieds dans le visage des étudiants. Comme l’atteste très justement celle que vous mettez en lien un peu plus haut. Et je pense que ça doit être la vidéo la plus « violente » que vous avez trouvé, faute de mieux. N’est-ce pas? Franchement c’est assez pathétique.

    Réponse Signaler un abus
  8. Lomen

    Bon allez on va dire que vous vous êtes un peu emballés. Ça a donné à BFM et compagnie une occasion rêvée de vous enfoncer encore un peu. C’est de bonne guerre (de classe !!). S’il fallait répertorier les fausses nouvelles véhiculées par les médias à la botte on n’en finirait pas. Ce petit pataquès, ne change rien à mon engagement en tant que socio. Continuez votre boulot, bon courage.

    Réponse Signaler un abus
  9. Pifpoche

    Vous n’avez nullement à vous excuser !… sachez que quand un être humain perd connaissance, il est de la responsabilité de tous de s’alarmer et de s’inquiéter ! Et alors, seul un médecin compétent peut honnêtement déclarer si la perte de connaissance est grave ou si celle-ci elle est sans gravité, une radiographie du crâne étant alors indispensable.

    Les nouvelles méthodes de « Gestapo » du ministère de l’intérieur, des gouvernements et de leur police organisées par le pouvoir et le gouvernement sont parfaitement documentés et illustrées par des témoignages oraux, écrits, en photos et en films, depuis plus de deux ans de lutte contre la loi El-Kohmri…
    …A moins de prétendre que le mort de la Zad de Notre-Dame-des-Landes n’était en fait qu’un sale vilain petit simulateur ! Et que les trois doigts brisés de l’étudiante l’ont été par elle-même pour inventer une histoire…
    Aucune violence et une évacuation dans le calme ?… J’éclate de rire !…

    Réponse Signaler un abus

Trackbacks/Pingbacks

  1. Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche | Les gens ! - […] Pour aller encore plus loin, je vous invite à lire l’article complet de Rémi-Kenzo Pagès […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Rendez-vous à 18h !

Devenez Socio

Derniers Tweets

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Avec vos amis !