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Éric Drouet au tribunal : « Je suis un relayeur d’information »

Éric Drouet au tribunal : « Je suis un relayeur d’information »

Il était venu déposer des bougies place de la concorde en soutien aux blessés et aux morts du mouvement des gilets jaunes. Il finit jugé pour « organisation d’une manifestation non déclarée ». Éric Drouet, l’un des Gilets jaunes les plus médiatiques, a passé la matinée du 15 février au palais de justice de Paris, porte de Clichy, deux jours après la condamnation de Christophe Dettinger. Compte-rendu des arguments que se sont opposés les deux parties.

« Nous ne sommes pas dans une affaire ordinaire. » Avec ces mots, Khéops Lara, avocat d’Éric Drouet, donne le ton. Dès ses premières paroles, la défense est offensive. « Ce qu’il y a dans cette affaire est beaucoup plus grave car vous l’avez compris c’est une figure importante du mouvement des Gilets jaunes. (…) Éric Drouet a été arrêté arbitrairement pour des motifs politiques, on ne voulait pas qu’il circule dans Paris. Allez-vous tolérer cela ? »

D’après l’avocat, tout semble évident. Si Éric Drouet comparaît au tribunal correctionnel ce vendredi 15 février, ce n’est pas, comme l’affirme le procureur de la République, parce qu’il lui est reproché l’organisation d’une manifestation sur la voie publique sans déclaration préalable, avec appel sur les réseaux sociaux. C’est parce que le parquet veut un responsable qui doit payer pour le mouvement des Gilets jaunes. Éric Drouet en est l’une des figures les plus populaires.

Rappelons les faits. Le 2 Janvier, Éric Drouet est interpellé près des Champs-Élysées. Il serait allé déposer des bougies sur la place de la Concorde en hommage aux morts et blessés durant le mouvement des Gilets jaunes, avant d’aller au restaurant avec une dizaine de personnes. Depuis sa défense ne cesse de dénoncer une arrestation arbitraire et politique.

« Cette affaire est particulière car elle a un fort retentissement »

« Ce dossier montre une réalité beaucoup plus cynique ». Cette phrase résume l’ensemble du plaidoyer de Maître Lara, qu’il répétera tout le long en interpellant et interrogeant le tribunal. En déclarant que « l’arrestation doit être motivée par un comportement délictueux. Où est le comportement délictueux ? (…) Quel est le motif de cette arrestation ? » La stratégie de l’avocat du gilet jaune est claire, prouver qu’Éric Drouet est victime d’une instrumentalisation de la justice. Ses harangues visent à en convaincre la présidence à qui il déclare : « C’est vous les garants. Et celui-ci (en désignant son client) n’est pas un délinquant. On l’appelle le meneur. On va l’interpeller sur instruction de l’état-major de la police. (…) Cette affaire est particulière car elle a un fort retentissement. » Et accusant le parquet, « c’est un piège qu’on vous a tendu en vous donnant ce dossier. C’est une mesure d’intimidation. C’est digne d’un autre État. »

« Je suis juste un relayeur d’information »

Du côté du parquet, le débat n’est pas le même. « Il y a une confusion entre la procédure et le fond », répond le procureur de la République. Il veut rester sur les faits et « la loi rappelle que sont soumis à déclaration préalable toutes manifestations sur la voie publique, et il a été organisé sur la voie publique une manifestation sans déclaration préalable. On a donc un délit » estime-t-il. Resterait donc à déterminer s’il y a véritablement eu une manifestation, ou si le dépôt de bougie peut être considéré comme une manifestation, hors de toutes considérations politiques.

Il faudrait estimer la responsabilité d’Éric Drouet, puisqu’il est une figure importante du mouvement, et qu’il appelle aux rassemblements sur internet. Des éléments que l’intéressé conteste puisqu’il ne se considère pas comme un organisateur, ce qu’il répète dans ses différentes prises de paroles. « Je suis juste un relais d’information, de l’ensemble des Gilets jaunes » insiste le chauffeur routier. Ce à quoi répond le procureur : « Vous n’avez pas conscience de la responsabilité que vous êtes susceptibles d’incarner dans ce type de situation ? Quand on appelle à manifester il y a une responsabilité qui en découle, on ne peut pas se positionner et dire après ce n’est pas mon problème. » Pour le parquet, il n’y a pas de doute, c’était une manifestation et Éric Drouet a été arrêté en flagrance. Il va même plus loin, en affirmant que « lorsque ce n’est pas déclaré préalablement (…) ça attire les casseurs. En s’inscrivant en dehors du cadre légal de la manifestation cela ne permet évidemment pas de mettre en place le cadre légal de l’ordre public qui éviterait les débordements. » Et rappelle que « les débordements causés par les manifestations ça a des conséquences directes sur beaucoup de monde. Le coût de l’intervention des casseurs dans la manifestation est évalué à 15 milliards d’euros, c’est la société qui va payer cela. »

Le réquisitoire insiste sur le caractère illégal des rassemblements aux Champs Élysées, et leur dangerosité. Sauf qu’une vidéo diffusée durant l’audience permet à la défense d’affirmer que ce soir là il n’y a pas d’attroupement.

« Ça défie l’entendement ! »

Les éléments avancés par le procureur de la République font bondir l’avocat de l’accusé qui continue d’interpeller le tribunal dans chacun de ses discours : « Vous avez vu les auditions, vous avez vu les questions qui ont été posées à Monsieur Drouet ? Ayez ces considérations et soyez soucieux des droits de celui-ci. Ça défie l’entendement. (…) Aujourd’hui on a la preuve que non, on n’est pas libre. Heureusement qu’on a eu la presse car là on a la démonstration d’un mensonge. On a inventé des cortèges. On a inventé des manifestations. » Avant d’implorer, « ne rentrez pas dans ce débat-là C’est fou qu’on ait à discuter de ça devant un tribunal correctionnel. »

Fou, consternant, grave, dément, cynique, inédit, autant de qualificatifs qu’emploie la défense pour qualifier ce qu’ils jugent être un procès politique. « On veut casser ce mouvement par votre décision » conclut l’avocat.

Un mois de prison avec sursis est requis à l’encontre d’Éric Drouet, ainsi que 500 euros d’amende. La défense demande la relaxe. La décision est rendue le 29 mars.

Légende : Éric Drouet, accompagné de Jérôme Rodrigues, au tribunal de Paris

Crédits : Lionel BONAVENTURE / AFP

2 Comments

  1. Jean-Paul B.

    J’attends avec impatience le procès de ce brave M.Benalla pour scruter de près l’argumentation du procureur afin de comparer comment les citoyens sont traités par la Justice dans cette démocratie post 7 mai 2017!

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  2. pauvre d'eux

    Lorsque après Charlie, après le Bataclan, des gens sont venus déposer des fleurs, des bougies, qui les a condamnés ? Il y a donc les morts et les blessés « dignes » d’être honorés et les autres les affreux en jaune ? C’est dégeu…..

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