DAL, trois lettres pour vivre dignement

DAL, trois lettres pour vivre dignement

Association de terrain, le « Droit au logement » accompagne les locataires en difficulté et lutte pour une politique du logement plus juste. Portrait d’un collectif en compagnie de Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association, et de Mohamed Ragoubi, militant du DAL-HLM.


 

Dans le douzième arrondissement, des locaux nichés au rez-de-chaussée d’un immeuble haussmannien. Une façade encombrée de dizaines de tracts. L’endroit ne paie pas de mine. Il abrite pourtant le siège d’une association inlassablement combative qui défend les droits des locataires depuis plus de 25 ans : le Droit au logement (DAL). Son porte-parole et cofondateur, Jean-Baptiste Eyraud, ancien compagnon de route de l’Abbé Pierre, se bat depuis de longues années contre le mal-logement.

« Un syndicat des mal-logés, des sans-logis et des locataires »

Au DAL, tout est histoire de luttes, jusqu’à l’origine de l’association. Elle voit le jour en 1990, à la suite du combat de 48 familles expulsées de deux immeubles occupés dans le 20ème arrondissement. Un campement de quatre mois se met alors en place : après une grande mobilisation associative et grâce à une importante couverture médiatique, les familles sont relogées.

Aujourd’hui, la détermination militante de Jean-Baptiste Eyraud et de ses camarades est toujours intacte. « Ce qui est le moteur de nos mobilisations, ce sont les gens, les résultats, leur logement. C’est ce qui nous fait avancer : c’est notre carburant », explique le porte-parole.

Au DAL, la lutte prend des formes diverses. Une constante, cependant : « l’action non-violente », insiste Jean-Baptiste Eyraud. Dans ce cadre, tous les moyens sont bons : « Il faut mener des luttes, des campements, faire des réquisitions, des manifs, des envahissements ponctuels ». Il arrive que le DAL perde. Mais aussi, et surtout, qu’il gagne : « On a eu des victoires juridiques et des victoires de terrain », explique le militant. « Quand on voit la police tourner les talons alors que jusque-là, elle nous empêchait d’installer un campement, ça fait toujours plaisir », poursuit-il.

Si l’association lutte aux côtés des locataires, elle exerce également une intense activité de plaidoyer auprès des pouvoirs publics afin d’influer sur les politiques du logement : « On propose des amendements, on exige une amélioration des politiques du logement », détaille Jean-Baptiste Eyraud. A l’image de la bataille menée pour l’encadrement des loyers, au début de la décennie, qui aboutira à la loi Duflot. Plus qu’une association, Eyraud définit le DAL comme « un syndicat des mal-logés, des sans-logis et des locataires ». La responsabilité du système n’est jamais très loin : « On se bat pour défendre les droits qu’on a conquis, et pour rester vigilant dans un système ultralibéral, capitaliste, dans lequel le logement est de plus en plus [considéré comme] une marchandise », ajoute-t-il.

Fort de ses convictions, le DAL mène sa barque, au gré des mobilisations. Jean-Baptiste Eyraud se souvient de quelques épisodes marquants. « En 1994, il y a eu l’occupation de la rue du Dragon. A l’époque, on avait des munitions : l’Abbé Pierre était avec nous. Dès qu’il arrivait, les flics disparaissaient comme une poignée de moineaux », se remémore-t-il. Il rappelle la « belle victoire » de 2007, « surtout sous Nicolas Sarkozy » : à l’époque, des militants qui campaient rue de la Banque, à Paris, pour protester contre le mal-logement de plus de 300 personnes, avaient fini victorieux et avaient obtenu leur relogement.

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Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole et cofondateur du DAL, dans les locaux de l’association. Crédits : Romain Mahdoud.

« Il y a un abandon des pouvoirs publics dans les quartiers »

Le DAL est également constitué en fédération de comités, parmi lesquels le DAL HLM. Créé en 2014, il agit « pour que les adhérents soient relogés convenablement, ou maintenus dans des logements dans des conditions correctes pour les locataires HLM », explique Eyraud. Mohamed Ragoubi, militant associatif de longue date, a participé à la création de cette section. Il rejoint le DAL dix ans plus tôt, à la faveur d’une mobilisation dans le quartier de la Coudraie à Poissy, où il réside depuis 18 ans. « Le DAL, ce sont les seuls qui nous ont soutenus dans notre combat », affirme-t-il. Car le quartier a bien failli être rasé, et l’aurait probablement été sans la mobilisation de ses habitants et du DAL. Le combat a marqué la vie de Mohamed Ragoubi, qui n’a jamais cessé de militer pour la défense des locataires HLM : « C’est une reconnaissance, ce sont des valeurs que je partage. Aujourd’hui je ne peux pas accepter l’injustice », raconte celui qui considère le logement social comme « une pierre angulaire dans la défense des locataires ».

Pour les deux militants, le constat est sans appel. Le DAL fait face à une demande croissante des locataires. Et particulièrement dans les logements sociaux : « On est de plus en plus sollicités, surtout par les locataires HLM. On intervient plus sur le surpeuplement, les expulsions et les trucs collectifs : mauvais entretien, malfaçons… ». Les conditions de logement de la population se sont fortement dégradées « parce qu’il y a une marchandisation, donc ça menace à terme les possibilités de relogement des mal-logés et de ceux qu’on défend à l’origine », explique Jean-Baptiste Eyraud, qui s’inquiète d’une « dégradation des conditions de vie des locataires en logement social, des expulsions qui sont plus nombreuses ».

C’est d’ailleurs pour lutter contre ces dangers que le DAL HLM a vu le jour. Mohamed Ragoubi est lui aussi très inquiet quant au futur du logement social, notamment dans les quartiers populaires : « Aujourd’hui, au-delà du DAL, il y a un abandon des pouvoirs publics dans les quartiers, et ça va péter », avertit-il, remonté contre « ces politiques qui ne pensent qu’à leur gueule ». Mais il continue de se battre, en dépit des difficultés : « Le militantisme, c’est dur. On prend beaucoup de coups, de la répression policière… Mais cet héritage militant, c’est ce que je laisserai à mes enfants ».

Mohamed Ragoubi sait que l’action associative est aujourd’hui plus déterminante que jamais. « Mais à un moment, on n’est pas l’État », se désole-t-il. Les associations ne pourront pas éternellement servir de rustine face au désengagement public. Malgré tout, le DAL poursuit sa lutte pour un logement digne.

 

Une première version de cet article a été publiée dans le numéro 3 de notre trimestriel papier 99 %, daté de février 2019.

 

Pour aller plus loin :

 

Lueurs d’Espagne – À Madrid, expulsables mais pas vaincus

 

Trêve hivernale : fin du répit pour les précaires

Crédits photo de Une : Ernest Morales / Flickr-CC.

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