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Bar commun : « Nous voulions créer un espace militant dans lequel un collectif puisse s’auto-organiser durablement »

Bar commun : « Nous voulions créer un espace militant dans lequel un collectif puisse s’auto-organiser durablement »

Fin 2017, le Bar commun ouvre dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Ce lieu associatif atypique se définit comme :  « un espace de convivialité », « un espace de solidarité et d’engagement pour construire ensemble, concrètement des actions locales utiles au bien commun » et « un espace de citoyenneté, d’échange, de débat, de formation portant sur les enjeux politiques, socio-économiques et environnementaux de notre temps ». Nous avons interviewé les cofondateurs du projet, afin d’en savoir plus sur ce projet intéressant.

Le Média : Pourquoi avoir lancé le Bar commun ?

Le Bar commun : Depuis plusieurs années, nous avions soif de nouvelles formes d’engagement, et nous étions convaincus que cela passait par la création de nouveaux lieux. Les mouvements sociaux récents les plus marquants ont occupé des lieux, mais de façon temporaire : des places surtout… et aussi des ronds-points.

Nous voulions créer un espace militant dans lequel un collectif puisse s’auto-organiser durablement pour faire trois choses : passer des moments agréables en commun autour d’un verre ou d’un café, conduire des actions utiles dans la vie d’un quartier (comme de l’aide administrative, de l’accompagnement scolaire, des ateliers de conversation en français…) et réfléchir et agir ensemble, sur les grands enjeux politiques, sociaux et environnementaux de notre époque.

Cela suppose d’inventer et d’essayer beaucoup de choses donc, un peu plus d’un an après l’ouverture, nous sommes encore en pleine construction ! Nous organisons d’ailleurs un festival intitulé « et maintenant, on fait quoi ? », du 30 janvier au 3 février, pour programmer nos prochaines actions sur les questions de féminisme, d’environnement, d’accueil, de vie de quartier…

Qui se cachent derrière le Bar commun ?

Devant comme derrière le comptoir, personne ne se cache au Bar commun ! L’association est animée et gérée par des bénévoles ; nous avons accueilli plus de 7000 adhérents au cours de la première année et nous sommes environ 200 à nous être relayés au service.

Ces « membres actifs » gèrent collectivement les différents aspects de la vie de l’association (approvisionnement, programmation des activités, communication, aménagement…) et désignent chaque année un conseil d’administration et un bureau collégial pour la coordination. Nous sommes donc une association sans président – eh oui, c’est possible ! Chacun peut venir à notre rencontre au bar pendant les heures d’ouverture… et nous rejoindre si le cœur lui en dit.

Comment est financé le bar ?

L’association ne reçoit aucune subvention, ni d’institutions publiques, ni de mécènes privés. C’est un choix d’indépendance que nous avons fait dès le début, qui nous offre une grande liberté mais qui est aussi très exigeant car il nous oblige à avoir un modèle économique qui tourne, un engagement bénévole très intense et une démocratie interne efficace, au quotidien et dans la durée.

Pour démarrer, nous avons eu recours à du financement participatif et à des prêts bancaires que nous remboursons sur 6 ans, grâce à ce que nous vendons tous les jours à nos adhérents. Comme nous ne sommes que des bénévoles, nous pouvons faire une marge très limitée sur les produits, ce qui nous permet d’avoir des prix accessibles avec des produits de qualité ! Donc notre longévité et notre développement dépendent de notre capacité à intéresser nos adhérents au quotidien et à en faire venir de nouveaux.

Pourquoi avoir choisi le XVIIIe arrondissement de Paris ?

Parce que nous l’aimons ! Une partie des initiateurs du projet y habite et surtout la grande majorité des bénévoles. Le quartier Amiraux-Simplon où nous sommes installés connaît pas mal de difficultés mais dispose aussi de plein de ressources : beaucoup de gens prêts à s’engager, à s’entraider, des jeunes et des moins jeunes qui ont beaucoup d’expérience associative, qui sont prêts à prendre leur place dans un collectif comme celui du bar, où chacun donne et reçoit à tour de rôle. Nous voulions de toute façon réaliser le projet dans un quartier populaire, où on trouve à la fois le plus grand besoin d’association et le plus d’initiatives.

Ce bar s’inscrit-il dans une démarche militante ?

Résolument oui ! Ce n’est pas parce qu’on est déçus des formes classiques du militantisme qu’il faudrait laisser tomber. Ce bar, c’est une espèce de laboratoire, une micro-société qui expérimente simultanément un fonctionnement aussi démocratique que possible, une activité économique sérieuse, une aventure culturelle, intellectuelle et politique. En permettant à chacun d’intégrer le collectif et en reconnaissant toutes les formes d’engagement, on essaie de militer, en acte, pour une société où tout le monde trouve sa place, où ça ne dépend pas de votre situation sociale, de votre origine, de votre diplôme, de votre salaire.

Parmi nous il y a des gens qui militent aussi dans des partis (pas tous le même !), dans des syndicats, dans d’autres associations, mais aussi d’autres qui n’avaient jamais été militants et que cette nouvelle forme a séduit. On veut être une porte d’entrée, chaleureuse, souriante, vers l’engagement au service de causes communes.

Espérez-vous à terme diffuser le concept ?

On ne le dit pas encore trop fort car nous n’avons ouvert qu’il y a un an, mais oui, bien sûr ! L’aspiration au renouvellement des modalités d’engagement n’a pas de raison de se limiter au XVIIIe arrondissement de Paris, et nous discutons déjà avec des groupes qui, dans d’autres quartiers ou dans d’autres villes, veulent créer un « bar commun ». Et avec l’expérience que nous avons acquise, nous sommes prêts à accompagner tous ceux qui auraient envie de s’inscrire dans la démarche.

Légende : Bar commun

Crédits : Chloé Resche

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