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Agro-alimentaire : La grande distribution ne laisse que des miettes

Agro-alimentaire : La grande distribution ne laisse que des miettes

Le dernier rapport d’Oxfam sur l’industrie agro-alimentaire révèle que la grande distribution s’accapare la majorité des richesses, au détriment des paysans qui les produisent.

« Nous aimons tous bien manger. Comme nos ingrédients préférés ou partager un repas font partie des plaisirs les plus simples de la vie. Mais trop souvent les aliments que nous savourons ont un prix inacceptable : celui de la souffrance de celles et ceux qui les produisent ». En quelques mots, Winnie Byanyima, la directrice générale d’Oxfam International, pose l’enjeu du dernier rapport de l’ONG : Derrière le code-barres, des inégalités en chaînes. Il s’agit de lever un coin de voile sur la face sombre de « notre système alimentaire moderne ». Un système alimentaire dont font partie des producteurs agricoles, des intermédiaires – négociants et grandes marques – et des distributeurs finaux, souvent des chaînes de supermarchés. Et comme on s’en doute même avant d’avoir lu ce rapport, ce sont les petits producteurs qui sont les perdants de ce vaste jeu d’interactions. « Il faudrait plus de 5000 ans à une ouvrière travaillant dans une usine de transformation de la crevette en Thaïlande pour gagner le salaire annuel du directeur général le mieux payé d’un supermarché aux Etats-Unis, et plus de 1700 ans pour gagner autant qu’un directeur au Royaume-Uni. »

Plus globalement, la part de la valeur qui revient au paysan brésilien, ivoirien, vietnamien ou marocain quand vous consommez un jus d’orange, une tablette de chocolat, des crevettes ou des tomates est structurellement dérisoire.

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On en arrive à une situation où ceux qui contribuent de manière décisive à nous nourrir, souvent des enfants au travail ou des femmes soumises au harcèlement et aux violences sexuelles, souffrent eux-mêmes de la faim. « En Afrique du Sud, plus de 90% des femmes interrogées qui travaillent dans des exploitations de raison ont déclaré ne pas avoir eu assez à manger au cours du mois écoulé. (…) En Italie, 75% des femmes interrogées travaillant dans des exploitations de fruits et légumes ont dit qu’elles-mêmes ou un membre de leur famille avaient réduit le nombre de leurs repas au cours du mois écoulé parce que leur ménage ne pouvait se permettre d’acheter suffisamment de denrées alimentaires », écrit Oxfam. Qui relaie le témoignage de l’épouse d’un travailleur à Finca One, producteur pour Lidl au Costa Rica : « Nous avons très peu d’argent. Nous sommes contraints de moins manger pour être en mesure de payer les frais de scolarité de nos enfants ».

Des déséquilibres structurels

Structurels, les déséquilibres au sein de la chaîne de valeur dans le secteur agro-alimentaire s’aggravent dangereusement ces dernières décennies. Entre 1995 et 2011, la part des supermarchés dans les dépenses en caisse de leurs clients est passée de 27% à 30%, tandis que celle des paysans est passée de 16% à moins de 14%, voire à 7%. Ce qui est d’autant plus préoccupant que, « après avoir assis sa domination dans les pays à revenu supérieur, le concept de la grande distribution est aujourd’hui en plein essor dans les pays à revenu intermédiaire, en commençant par ceux d’Amérique latine avant de se propager vers l’Asie du Sud-Est et des régions d’Afrique du nord et subsaharienne ».

Les phénomènes de concentration du marché sont frappants : trois conglomérats dominent « 60% du chiffre d’affaires mondial pour les semences commerciales et les produits chimiques agricoles » ; quatre entreprises « sont à l’origine de 70% du négoce de matières premières agricoles à l’échelle mondiale en termes de recettes » ; 10 chaînes de supermarchés sont à l’origine de « plus de la moitié de la totalité des ventes alimentaires de détail » au sein de l’Union européenne.

Est-il seulement possible de se battre contre ce monstre à créer des inégalités, que nous alimentons en même temps qu’il nous nourrit ? Oxfam suggère aux citoyens de faire pression sur les gouvernements et les supermarchés pour qu’ils protègent les droits des travailleurs qui font partie des chaînes d’approvisionnement de la grande distribution. Mais il s’agit en fin de compte de modifier les législations nationales et internationales, ce qui nécessite une énorme volonté politique, que les équilibres actuels ne permettent malheureusement pas d’envisager à court terme.

1 Comment

  1. Elise KUEHN

    C’est moche quand même, C’est clair qu’en tant que consommateur on est carrément choqués quand on lit ce genre d’article, et ça me conforte dans le fait que j’aille faire le plus possible mes courses chez les maraîchés du coin et les fermes locales,
    Cependant, je n’ai pas l’impression que moins acheter dans les supermarchés ça va vraiment améliorer le sort de tout ces paysans, si on achète moins ce n’est pas la part du supermarché qui va diminuer, ce seront encore les paysans qui verront leurs paye diminuer… ?

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