Select Page

Mouvement étudiant : une répression mise en échec ?

Mouvement étudiant : une répression mise en échec ?

Interventions policières, attaques de l’extrême-droite, anti-bloqueurs déterminés. Les habituels ressorts répressifs pour casser une grève sont réunis. Sauf qu’aujourd’hui, les images circulent quasiment en direct via les réseaux sociaux. Et les agresseurs sont pris sur le fait. Le Média décrypte la façon dont les étudiants en grève sont en train de déjouer les tentatives d’intimidation.

Tout commence à Toulouse.

Au Média, nous couvrons quotidiennement le mouvement étudiant depuis le 20 mars. Et plusieurs questions nous taraudent. Comment la lutte étudiante parvient-elle à s’étendre alors qu’elle est attaquée de toutes parts ? Pour comprendre ce qui se passe dans les universités, prenons les faits chronologiquement. A l’époque, l’université Jean Jaurès à Toulouse est bloquée. Depuis trois semaines, les étudiants et le personnel sont en grève contre la fusion des universités et parcoursup (un site internet qui gère les vœux d’affectations des futurs étudiants). L’établissement est mis sous tutelle par l’Etat. La présidence est poussée à la démission par le ministère de l’enseignement supérieur et les conseils de l’université dissous. Une direction provisoire est nommée. En réponse, les étudiants et le personnel votent un blocage illimité. Christophe Bex, de l’intersyndicale toulousaine nous explique alors que pour la communauté universitaire « c’est un véritable coup de force (…) qui remobilise les grévistes ». Dans la foulée, plusieurs universités rejoignent le mouvement et des rassemblements de soutien émaillent le pays.

Et tout dégénère à Montpellier

Dès le 21 mars, la grève gagne plusieurs universités du sud et de l’ouest. A Montpellier, des étudiants occupent la faculté de droit dans la nuit du 22 au 23 mars. Un commando cagoulé, armé de tasers, de palettes en bois et de bâtons les attaque. Les grévistes sont évacués dans la violence. Certains ont le temps de filmer avec leurs smartphones. Les images font le tour du web. Le lendemain matin, la France se réveille avec des vidéos d’étudiants tabassés et des témoignages de jeunes en sang devant leur université. Un palier est franchi dans la répression du mouvement étudiant. Après les fermetures administratives, la mise sous tutelle, l’évacuation policière, ce sont maintenant des nervis fascistes qui font le boulot. Parce que justement, ce sont des membres de la faculté, des professeurs, le doyen, et plus tard les vigiles qui sont directement accusés d’avoir planifié cette agression. Les étudiants affirment que le doyen a lui-même ouvert la porte au commando.

A ce moment-là, au Média, nous nous saisissons plus scrupuleusement de l’affaire. Il ne s’agit plus seulement d’un mouvement étudiant. Des accusations très graves sont portées contre des dirigeants universitaires.

Les images que nous nous procurons et diffusons le soir même (et que Médiapart diffusera cinq jours plus tard) mettent en cause directement l’administration et le doyen, que l’on observe, passifs devant les agresseurs cagoulés, avant de les voir les applaudir, tandis qu’ils s’enferment à l’intérieur du bâtiment. La ministre de l’enseignement supérieur missionne une enquête de l’inspection générale. Plusieurs victimes portent plainte.

Le lendemain, le doyen de la faculté de droit, Philippe Petel, démissionne mais reste enseignant. Insuffisant pour les grévistes qui refusent d’avoir à retourner en cours devant les professeurs qui les auraient roués de coups.

Comment comprendre tant de mansuétude de la part de la présidence à l’égard du doyen ? Le Média reçoit alors Paul Alliès, un ancien doyen, et auteur d’une tribune dans Médiapart intitulée « le fascisme chic à la fac de droit ». Il nous explique « que c’est le résumé d’une histoire de compromission avec une droite extrême (…), ils manifestent ensemble, ils font le coup de poing quand il faut. Ce rapport est prototypique d’une histoire du fascisme. » Un système illustré par plusieurs interviews d’enseignants de la faculté de droit dans la presse. L’ex-doyen parle de « fierté » sur France 3. Un professeur déclare dans Libération : « je n’ai pas l’habitude lorsque je suis agressé de rester passif ».

Le 29 mars, le comité de mobilisation de la faculté de droit organise une conférence de presse. Des images montrant des agents de sécurité de l’université avec ce qui ressemble à des tasers lors de l’évacuation, sont dévoilées.

Pendant ce temps la mobilisation grossit. Grenoble, Pau, Nancy, Bordeaux, Nantes, Tolbiac et d’autres campus rejoignent la liste des établissements occupés ou bloqués. La répression booste le mouvement. Philippe Petel et un autre enseignant sont mis en examen et suspendus par le ministère.

L’étincelle qui met le feu

Tandis que la grève s’étend, l’attaque de Montpellier semble donner des idées à d’autres. Le 26 mars à Lille trois jeunes se font agresser aux abords de l’université. Rebelote le lendemain, avec une nouvelle tentative.

Ce climat de tension nourri d’intimidations et de menaces à l’encontre des grévistes, nous l’avons constaté sur de nombreux sites universitaires. En Martinique, un élu étudiant mobilisé sur une affaire locale nous confie avoir reçu des pressions. Des étudiants de l’université des Antilles portent plainte suite à des menaces de mort. A Strasbourg, des étudiants sont attaqués par un groupe armé d’une barre de fer près de l’université. Mais tous disent être plus déterminés que jamais. Un syndicaliste de Solidaires Etudiant-e-s conclue une interview en déclarant : « Toulouse ce sont les premières braises, Montpellier c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. »

Laisser un commentaire

Devenez Socio

Restez connectés au Média

Les Tweets du Média

Les dernières émissions du Média

Loading...

Ne manquez pas les nouveaux articles du Média

Suivez l'actu d'une presse libre et indépendante des puissances financières

Merci d'avoir souscrit à notre newsletter !

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Avec vos amis !