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Macron déçoit sur les banlieues

Macron déçoit sur les banlieues

Le président de la République a décidé de ne pas suivre le plan Borloo, certes ambitieux, mais pas révolutionnaire, dans ses « quelques nouvelles mesures » de politique de la ville.

« Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un un rapport, l’autre disant “on m’a remis un plan”… Ce n’est pas vrai. Cela ne marche plus comme ça », a expliqué Emmanuel Macron ce mardi 22 mai à l’Elysée devant un parterre d’invités, parmi lesquels Jean-Louis Borloo. Par-delà la polémique autour de la formulation – certains l’accusant de “communautariser” ou de “racialiser” le débat public –,  le président de la République a surtout décidé de ne rien faire ou presque pour les banlieues. Alors qu’il devait, selon le Premier ministre Edouard Philippe, annoncer un « plan de mobilisation »  à destination des quartiers populaires, devant des centaines de personnes, élus locaux, entrepreneurs, responsables associatifs et habitants, Macron a déçu. Seules « quelques mesures » ont été avancées, lors d’un discours où le chef de l’Etat a préféré prôner un changement de « philosophie » plutôt que d’annoncer le déblocage de crédits spécifiques. « L’idée est de donner la parole aux acteurs de terrain, de partir de la base, des habitants, plutôt que d’apporter d’en haut des solutions toutes faites. Il y a déjà beaucoup d’expériences menées dans les quartiers qui pourraient être dupliquées ailleurs », a-t-il expliqué pour justifier sa reculade.

Un plan ambitieux, mais pas révolutionnaire

Dans son rapport de 164 pages remis le 26 avril dernier, l’ex- ministre de la Cohésion sociale préconisait 19 programmes pour les 1.300 quartiers prioritaires en métropole où habitent cinq millions de personnes. Pour rappel, Borloo proposait notamment d’investir massivement dans la petite enfance, en créant, entre autres, 30.000 places en crèches dans les quartiers à horizon 2022. Il était question de créer des cités éducatives qui regrouperaient écoles et collèges dans un même lieu dans une approche globale avec « une autonomie de pédagogie et de gestion renforcée », tout en garantissant la gratuité de la cantine dans les écoles et collèges REP et REP+. Borloo y défendait également la mise en place d’un programme sur les formations en alternance et en apprentissage inspiré du modèle allemand, la fondation d’un fonds d’investissement éducatif dans les quartiers pour la réhabilitation et la construction des 300 écoles et 100 collèges les plus dégradés, l’ouverture d’une Cour d’équité territoriale, ou encore la suppression de la mécanique du financement des associations au profit d’appels à projets avec un financement pérenne sur la base de leurs actions, comme l’exigent depuis longtemps les acteurs de terrain. Rien n’était vraiment cependant proposé afin de lutter contre les discriminations ou les contrôles au faciès. Le plan Borloo était donc ambitieux, mais souffrait aussi de lacunes. Il exigeait cependant des investissements colossaux, de l’ordre de 48 milliards d’euros, sans doute trop pour Macron.

Presque tout jeté

Le président de la République a affirmé : « Nous nous devons de veiller à une politique d’émancipation: que chacun retrouve sa dignité dans la République ». Il a insisté sur les réformes – très insuffisantes – déjà engagées en matière d’éducation (dédoublement des classes en CP, généralisation de la scolarisation dès 3 ans…). Il a annoncé  que 30.000 stages de 3e allaient être proposés par les entreprises et l’Etat (moitié-moitié) afin de combattre « l’assignation à résidence » des quartiers. Macron a demandé aux 120 plus grandes entreprises françaises de prendre leur part dans la lutte contre le chômage qui sévit dans les quartiers. Le résident de l’Elysée a annoncé qu’elles seraient toutes soumises à des tests anti-discrimination au rythme de 40 par an dans les trois ans.

C’est sûrement la seule proposition de Borloo vraiment reprise, Emmanuel Macron s’est dit favorable à la création en juillet d’une « instance de recours pour les habitants comme les élus » et à un « débat d’évaluation sur l’équité territoriale au Parlement ». « Il y a des territoires en grande difficulté, et ils peuvent être très urbains, très ruraux, les raisons sont profondément différentes et […] il faut une politique de droit réel, d’effectivité des droits dans ces endroits de la République », a-t-il souligné. Enfin, il a insisté sur les questions régaliennes et sécuritaires. Il promet de finaliser « d’ici juillet un plan de lutte contre le trafic de drogue » car pour l’instant « on a perdu la bataille du trafic dans de nombreuses cités ». Macron s’est alors prononcé pour « un plan de mobilisation générale » contre ces « trafics internationaux » qui « conduisent aux pires des crimes ». Le président demeure, au passage, fermement opposé à la légalisation du cannabis.

Le 14 novembre dernier, lors d’un discours à Tourcoing (Nord), Macron appelait à « une mobilisation nationale pour les villes et les quartiers ». Finalement, comme l’égalité femmes-hommes, les banlieues ne seront pas la priorité du quinquennat.

Photo : Emmanuel Macron lors de sa présentation ce 22 mai

Crédits : Capture d’écran France info

2 Comments

  1. Prévost

    La prestation condescendant de votre invité Benatar sur le plateau était particulièrement choquante et mal venue. En tout cas bravo à Kévin pour son calme et son sens de la répartie. A votre service pour partager des analyses sur la banlieue sur laquelle j’ai travaillé pendant 20 ans comme enseignant chercheur à l’universitè Paris 8.

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  2. Jacques D

    Je ne m’étais pas renseigné sur le plan Borlo et la réaction de Macron sur le sujet. Effectivement, 48Milliards, ça fait beaucoup d’argent, mais je pense que qu’il n’aurait pas été gâché. Les préjugés sur les banlieues auraient sûrement été atténué, ce qui pourrait engendrer un recul de l’extrême droite. Enfin bon, je ne ferais pas de grandes analyses, je ne suis pas un spécialiste en la matière, mais je constate que Macron laisse passer des opportunités pour arranger la vie des français, c’est triste…

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