Select Page

Le round où tout peut basculer

Le round où tout peut basculer

Serge Faubert propose une analyse lyrique des enjeux du mouvement social, qui pourrait prendre une ampleur inédite depuis 1995.

Nous sommes à ce moment étrange où tout peut basculer. Comme dans ces matches de boxe où, à la troisième reprise, le challenger, jusqu’ici submergé par les coups du champion, découvre qu’il est capable de résister jusqu’au terme du combat, voire de l’emporter.

Tandis que le champion en question, celui qui ne cesse de décocher ses directs, crochets et uppercuts commence à douter de sa victoire. Malgré sa technique et bien qu’il conserve les faveurs des pronostiqueurs. Oui, vraiment, rien ne se déroule comme prévu. Les mobilisations s’additionnent : cheminots, éboueurs, gaziers, électriciens, postiers, étudiants, profs, avocats, personnels hospitaliers, Air France, Carrefour… Un mécontentement général, mais éclaté, sourd du pays réel. Au point que ce matin, un sondage Elabe, assurait que 78 % des Français estiment que la contestation va s’amplifier. Au fond, comment pourrait-il en être autrement ? À force de remodeler le pays, sabre au clair, Emmanuel Macron a fini par inquiéter bon nombre de secteurs de la société française. La sidération des premiers mois fait place, maintenant, à un réflexe général de survie.

Car l’hubris, la démesure, semble avoir submergé Jupiter. Dans les propres rangs du président, on s’alarme. Qu’avait-il donc besoin de s’en prendre au statut des cheminots ? Une réforme qui n’était pas à son programme. Une réforme qui ne générera que de faibles économies dans le budget de la SNCF. Tout ça, pour frapper les esprits, détruire un symbole. Mauvais calcul, donc. Car derrière la suppression du statut des cheminots, les Français voient se profiler la mort du service public. Celui de la santé, celui de l’éducation, et avec eux toute la protection sociale. Cela, ils n’en veulent pas. Tous les matraquages sur les passagers pris en otage et les privilèges n’y feront rien. D’abord, parce que la ficelle est usée. Ensuite, parce qu’en cette époque de dividendes records et d’actionnaires gavés, on sait où sont les vrais privilégiés.

Pour autant, la partie n’est pas gagnée. Car ce mécontentement grandissant se cherche encore une boussole. Les directions syndicales accompagnent le mouvement davantage qu’elles ne le contrôlent. Jean-Claude Mailly va quitter la direction de FO à la fin du mois. Philippe Martinez craint d’être débordé par sa base. La CFDT ne sait plus où elle est.

Quelles formes pour la suite ?

Il y a, bien sûr, le succès de la réunion de la Bourse du travail à Paris, avant-hier et l’appel lancé par François Ruffin à une manifestation de masse le 5 mai. Il y a l’appel, hier, à une manifestation commune « anti-Macron » le 14 avril à Marseille. Manif dont les organisateurs, Jean-Luc Mélenchon et une quinzaine de syndicats, partis et associations, espèrent bien qu’elle fera tache d’huile dans le reste du pays.

Il y a encore, ce spectacle plutôt inattendu, hier, d’Olivier Besancenot, Éric Coquerel, Benoît Hamon, Pierre Laurent et François Ruffin se rendant ensemble au Tréport pour soutenir les cheminots. Autant de tentatives de réponses. Autant d’aspirations à l’unité. Laquelle est la bonne ? Celle que plébiscitera le mouvement, bien sûr… Ah, l’union de la gauche. Est-ce que c’est une union de la gauche ? Autour de quoi ? Autour de quel programme ? Autour de quel objectif ? Ce mouvement, est en demande d’unité, c’est clair, ce mouvement cherche un cadre pour s’organiser. Est-ce que c’est un cadre syndical ? Est-ce que c’est un cadre politique ? Est-ce que c’est un mixte des deux qu’il reste à inventer ? C’est la suite qui va le dire.

Sur le fond, il y a une nouveauté dans ce mouvement, c’est que ça vient de secteurs où on ne s’attendait pas à des conjonctions. Entre les avocats et les éboueurs : deux mondes distincts, deux mondes éloignés. Qui aurait pensé qu’un jour ces deux catégories sociales se retrouvent dans un même mouvement de revendication ? C’est ça qui est nouveau, c’est ça qui est intéressant. Maintenant, il reste à accompagner ce mouvement, à l’aider à se structurer.

Il peut y avoir des tentatives autour de ces différentes propositions, c’est-à-dire que le 5 mai il y aura des gens dans la rue, le 14 avril il y aura des gens dans la rue et le 19 avril, à la manifestation de la CGT, il y aura aussi des gens dans la rue. Il y aura beaucoup de gens dans ces manifestations, parce qu’il y a vraiment une aspiration à ce que se reconstruise non pas le camp de la gauche mais, on va dire plus simplement le camp du peuple face au camp des oligarques, voilà. Peu importe, après tout, la couleur politique, l’étiquette, les gens n’en sont plus là, ne veulent pas entendre ça. Ce qu’ils veulent c’est de l’unité, de la fraternité et de l’action.

Crédits : Patrick Janicek/ Flickr

Laisser un commentaire

Devenez Socio

Restez connectés au Média

Les Tweets du Média

Les dernières émissions du Média

Loading...

Ne manquez pas les nouveaux articles du Média

Suivez l'actu d'une presse libre et indépendante des puissances financières

Merci d'avoir souscrit à notre newsletter !

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Avec vos amis !