Select Page

Aux camarades cheminotes et cheminots

Aux camarades cheminotes et cheminots

Un socio a décidé de publier une lettre aux cheminots, afin de soutenir leur lutte et d’en rappeler la nécessité.

J’ai lu La bataille du rail : Cheminots en grève, écrivains solidaires, formidable engagement des intellectuels aux côtés des cheminots pour soutenir leur plus grand combat depuis 1945. Je viens d’entendre sur Le Média, Matthieu, syndicaliste de la CGT, plein de courage, parler avec son cœur et ses tripes de cette lutte. Admirable discours de vérité qui, face à l’omerta médiatique sur les mouvements sociaux, vous donne un coup de poing à l’estomac. Les mots des écrivains et les paroles du syndicaliste font du bien et donnent de l’espoir. Raymond Aubrac, le résistant, avait tout perçu quand il déclarait aux cheminots : « Si je vous comprends bien, la SNCF fut les artères et les veines du pays, mais aujourd’hui les politiques libérales sont en train de tronçonner les membres et le sang se retire.  »

Comment ne pas se sentir en communion avec celles et ceux qui font rempart contre le refus que tout ce qui existe doit pouvoir se vendre ou s’acheter ? En communion avec celles et ceux qui défendent cette exception française qu’est le service public qui a permis de bâtir un pays moderne. La SNCF doit appartenir à la communauté des citoyens. En communion avec celles et ceux qui, contre l’égoïsme individuel, veulent que nos enfants conservent les acquis arrachés par les luttes.

Dans la lignée des grandes luttes

Comment ne pas être heureux de se sentir appartenir à cette grande famille des travailleurs qui sont encore capables d’être mobilisés jours et nuits depuis trois mois, de faire plus d’un mois de grève, avec tous les sacrifices que cela exige ? D’abord pour que des millions de voyageurs soient transportés dans des conditions optimales de sécurité et de confort. Cheminots, respect pour votre engagement ardent, partie intégrante de la condition humaine.

Quand je me sens en filiation avec 1789 (Révolution française), 1848 (Printemps des peuples), 1871 (Commune de Paris), 1936 (Front populaire) 1944 (Programme du CNR), 1968 (mai) et toutes les luttes ouvrières, je pense aux Cheminots. Quand je vois le drapeau rouge du sang des ouvriers, je pense aux cheminots. Quand je vibre aux paroles des chansons comme « L’Internationale », « Le Chant des partisans », « Le Chiffon rouge », « Le Temps des cerises », je pense aux cheminots. Quand je parle de résistance, de fraternité, de camaraderie, je pense aux cheminots.

Je trouve infâme qu’on insulte ceux qui se battent jusqu’à comparer leur syndicat CGT à Daech, jusqu’à en faire des preneurs d’otages, des fainéants, des privilégiés… Et pourtant les cheminots produisent de la richesse pour le pays, agissent pour l’égalité entre tous les usagers. Je sais que les campagnes que mènent contre les grévistes le gouvernement et les tous les grands médias tenus par les milliardaires, avec les éditorialistes à leur botte qui, à longueur de journaux et d’émissions de télévision, mentent, intoxiquent, caricaturent, divisent, sont le reflet de l’éternelle bataille entre les intérêts du capital et ceux des travailleurs.

Parce que la colère gronde dans le pays, le peuple manifeste avec les cheminots une belle solidarité morale et financière. Cette solidarité existe y compris au niveau international. Leur victoire sera notre victoire pour sauver le patrimoine des luttes des anciens. Et quelle que soit l’issue, comme l’a dit Karl Liebknecht : « Il y a des défaites qui sont des victoires et des victoires plus honteuses que des défaites. »

Se battre c’est avoir le sens de l’esprit collectif et de la loyauté. Ce que vous faites, camarades cheminots, serviteurs du service public ferroviaire, est grand, beau et fort et s’inscrit dans la longue et dure histoire des luttes sociales sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. Vous n’êtes pas seuls, une multitude vous soutient et d’autres travailleurs s’inspirant de votre exemple s’engagent dans l’action. Avec la classe ouvrière qui partage votre espérance, du fond du cœur merci.

A Saint-Lô le 23 juin 2018

Jacques DECLOSMENIL

50 années de militantisme

syndical, associatif et politique

Légende : Manifestation de la fonction publique le 22 mars 2018

Crédits : Jeanne Menjoulet / Flickr

1 Comment

  1. Alain Huard

    Merci. Et qu’on ne nous parle plus de grève perlée, on a compris la leçon, les grévistes se sont sacrifiés pour rien. Grève générale !!!

    Réponse Signaler un abus

Trackbacks/Pingbacks

  1. La réforme de la SNCF promulguée | Le Média - […] […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Devenez Socio

Restez connectés au Média

Les Tweets du Média