Contre-G7, Gilets Jaunes : une indic’ au cœur du mouvement social ?

Contre-G7, Gilets Jaunes : une indic’ au cœur du mouvement social ?

L’information a d’abord circulé sur les sites d’information d’extrême-gauche : une “taupe” aurait été débusquée au camp du contre-G7 lors d’une Assemblée Générale, vendredi 23 août 2019.

Des réseaux anticapitalistes clermontois aux Gilets Jaunes de Toulouse en passant par le contre-sommet du G7, récit d’une infiltration de grande ampleur dans le mouvement social.


 

C’est sur le site Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (IAATA) qu’un texte a été publié, “en urgence” le 27 août 2019, signalant pour la première fois la présence d’une “flic infiltrée” qui aurait été “débusquée” lors du contre-sommet du G7 à Hendaye. En pleine Assemblée Générale, plusieurs personnes remarquent cette femme qui prend, avec son téléphone portable, des photos des participants. Elle est confrontée à l’issue de l’AG. Dans son téléphone, les militants découvrent avec stupeur des comptes rendus de réunions envoyés à des “supérieurs”, un véritable fichage des militants présents au contre-sommet et des rapports détaillés sur l’activité de ces militants.

L’information, qui aurait pu passer inaperçue, étonne par la quantité de détails dans la description de l’éventuelle indic’. Les auteurs anonymes de cet article avancent plusieurs informations assez précises : cette personne serait présente dans les mouvements des Gilets Jaunes depuis janvier 2019. Elle aurait organisé, à Toulouse, des parcours de manifestation mais aussi des actions plus radicales. Présente dans les groupes d’organisation Telegram des hébergements Gilets Jaunes lors des actes nationaux à Toulouse (émaillées d’émeutes de grande ampleur), elle aurait pu procéder à un fichage conséquent des manifestants. L’article de IAATA ne détaille pas le profil de cette personne. Voici nos éléments.

Une militante en lutte depuis plus de dix ans

C., alias Besse, Dan Boro, Clara ou encore Rose des sables est bien connue à Clermont-Ferrand. “La dernière fois qu’on l’a vue, c’était aux obsèques d’Alain Laffont [un cadre de l’extrême-gauche clermontoise, NDLR], en 2018” nous explique Michel*, un militant clermontois proche de la France Insoumise. Avec son mari (décédé depuis), ils prennent part au mouvement social contre le plan Juppé, en 1995. Patrick*, un camarade de l’époque, se souvient : “Lui était représentant CFDT cheminot, elle CGT EDF. Elle était très énergique, engagée, elle participait à l’organisation”.

Au début des années 2000, ils se rapprochent de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Elle apparaît d’ailleurs parmi les signataires d’une tribune datée de l’été 2009, peu après la dissolution de la LCR dans le tout nouveau NPA, dans laquelle elle déclare rejoindre le Front de Gauche. Quelques années plus tard, on la retrouve sur la liste clermontoise du Parti de Gauche pour les municipales de 2014.

En fouillant sur internet, on peut ainsi retracer, par bribes, une vie qui va dans le sens du signalement de Iaata. Sur une plateforme qui permet de retrouver d’anciens camarades de classe, elle déclare elle-même être tombée dans la politique lors d’une manifestation lycéenne à Presles, dans le Val-d’Oise, et fait état de son engagement syndical. Quant à son emploi chez Enedis, mentionné dans le premier communiqué, il correspond à celui affiché sur son profil public d’un réseau social professionnel.

Tous les anciens compagnons de lutte que nous avons interrogé expriment leur stupéfaction. Depuis combien de temps travaillerait-elle pour la police ? La question reste en suspens. Michel ne croit pas à une véritable policière sous couverture. “On est tous très perplexes depuis que cette information est sortie”, confie-t-il. Je sais bien que les parcours des gens peuvent être compliqués, mais quand même… Je ne comprend pas quand ni comment elle a pu passer de l’autre côté, abonde Patrick. “Pour moi, on a du lui mettre la pression”. Une autre camarade l’ayant fréquentée dans un cadre militant “depuis au moins 2009” décrit une personne “à la santé fragile”, “influençable”, qui aurait été “en fauteuil un moment”.

On peut penser qu’elle fut, un temps, une militante qui ne travaillait pas pour les services de renseignement. Et que, fragilisée, elle ait été approchée par les forces de l’ordre pour fournir des informations sur un milieu dans lequel elle avait des accès privilégiés.

Une indic’ plutôt qu’une infiltrée

Ces éléments feraient donc pencher pour une source, une indic’. La loi du 9 mars 2004, dite loi Perben II, alliée à la jurisprudence de l’affaire Neyret en 2016, a élaboré un cadre légal applicable à ces “sources humaines” (dénomination institutionnelle des indics). Elles sont fichées, immatriculées, évaluées, notées et, éventuellement, rémunérées à hauteur de la qualité de l’information qu’elles apportent.

Ces méthodes, l’État français les utilise depuis un certain temps à l’encontre des milieux politiques dits radicaux. En témoigne l’infiltration de Mark Kennedy, un policier anglais de la National Public Order Intelligence Unit, au sein des milieux de la gauche radicale française, ce dernier ayant fourni des informations à la DCRI sur les mis en examen de Tarnac. Ici, c’est la qualité de l’indic’ qui peut surprendre. Ancienne militante, il est possible que C. ait eu comme motivation principale la rémunération contre laquelle elle échangeait ses informations.

Sa photo, depuis quelques jours, orne des centaines de posts sur les réseaux sociaux. L’éventuelle “taupe” du G7 a disparu. Ses anciens camarades s’inquiètent, tentent de la convaincre de s’expliquer, en vain. Sur l’un de ses profils Facebook, Dan Boro, des centaines de commentaires s’abattent sur celle qui est suspectée d’être une indicatrice de la police – et dont les renseignements auraient déjà provoqué la mise en examen de plusieurs militants toulousains, comme le relate Mediapart. Selon nos informations, après son départ du camp d’Hendaye, elle était “en cavale” et “se cachait dans sa voiture”, craignant “pour son intégrité physique”.

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Profil Telegram (messagerie chiffrée) au nom de Roses des sables, inactif depuis le 26 août

Nous avons contacté C. sans obtenir de réponse. Beaucoup de questions restent en suspens. Ses motivations, particulièrement. Poursuivie sur internet par des militants qui s’estiment trahis, l’hypothétique « taupe » du G7 pourrait n’avoir désormais qu’un seul protecteur : l’État français.

Sollicité, le Ministère de l’Intérieur nous a indiqué “n’avoir aucun commentaire à faire sur des allégations de presse”.

 

* les prénoms ont été modifiés.

1 Comment

  1. Pierre Q.

    Article un peu problématique, certes il présente un intérêt car il ajoute des informations supplémentaires à celui de Médiapart en ce qu’il explique un peu mieux comment la personne en question a pu devenir indic’.
    Mais dans le même temps, c’est le premier article à ce sujet qui permet de trouver le véritable nom de la personne concernée, grâce aux mots clefs que vous fournissez quant à son auto-désignation sur la liste aux municipales et son profil copains d’avant. Bref, c’est à la portée de deux clics pour n’importe qui qui a « google comme ami » comme on dit. Ce qui est étrange c’est que dans le même temps vous ne donnez pas son nom directement, vous floutez. Alors que c’est tout comme, vous fournissez des données d’identification personnelles.
    Vous êtes sûrs d’être bien au clair au sein de la rédaction quant à ce que vous comptiez dévoiler ?

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