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Migrants : la gauche ne peut pas se contenter d’un discours humanitaire !

Migrants : la gauche ne peut pas se contenter d’un discours humanitaire !

Si elle veut mettre les néolibéraux et les réactionnaires face à leurs contradictions, la gauche doit politiser la question de l’immigration et arrêter avec les bons sentiments.

Feu sur Jean-Luc Mélenchon ! Au lendemain de l’université d’été de la France insoumise, baptisée « Amfis », les porte-voix de la Macronie se sont mis d’accord pour taper comme des sourds sur le député de la 4ème circonscription des Bouches-du-Rhône. C’est de bonne guerre ! Leur adversaire politique le plus pugnace n’a pas fait que relancer les hostilités après la pause estivale. Il a aussi dévoilé le narratif autour duquel se déclinera la campagne des Insoumis lors des prochaines échéances électorales : les Européennes à venir devront être transformées en référendum anti-Macron.

Il reste qu’au-delà des cercles de la majorité, le dernier discours de Jean-Luc Mélenchon a également entraîné des polémiques à gauche, en particulier sur la question migratoire (de 0’59’’57’’’ à 1’08’’20’’’ dans cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=D4fTjODcllU). C’est la règle du genre à l’heure de la toute-puissance des réseaux sociaux : quelle que soit la complexité de votre pensée et les circonlocutions que vous prenez pour la dérouler, seules quelques phrases surnagent en bout de course. Et dans le cas qui nous concerne, les voici.

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En considérant que l’immigration peut être un instrument au profit d’un projet à la fois réactionnaire et hostile au monde du travail, Mélenchon commettrait une faute morale impardonnable, qui s’expliquerait par de sombres calculs électoralistes.

Décentrer le débat !

Doit-on comprendre à travers cette polémique que, dans le camp du progrès, la thématique des migrations ne doit et ne peut être considérée que sous le seul angle humanitaire ? Un tel prisme limiterait une problématique au cœur de toutes les contradictions de nos existences mondialisées. Nous devons pourtant nous donner les moyens de porter un regard global et aussi « multicentré » que possible sur cette question qui ne saurait être enfermée dans un débat politique national forcément appauvrissant.

Par exemple, ce qui est de « l’émigration » vu des pays de départ est appelé « immigration » vu des pays d’arrivée. Pour la mère d’un adolescent vivant dans un bidonville surpeuplé de Daloa, en Côte d’Ivoire, la perspective de voir son fils créer un vide affectif en partant pour très longtemps – les sans-papiers n’ont aucune mobilité pendant des années voire des décennies – est une souffrance. Penser aux risques qu’elle sait qu’il encourra dans le désert ou dans l’immense cimetière qu’est la Méditerranée est une torture. Daloa est au cœur de ce que l’on appelle la « boucle du cacao ». Ce sont les termes injustes des échanges internationaux mais aussi les stratagèmes douaniers mis en place par l’Union européenne pour favoriser l’exportation des fèves de cacao plutôt que de produits chocolatiers transformés sur place qui expliquent que cette ville et sa région soient aussi pauvres. Au point de « vomir » une jeunesse sacrifiée qui se tourne vers l’ailleurs parce que ses rêves de classe moyenne ne peuvent s’incarner sur place. Où l’on voit qu’imaginer un monde où les jeunes de Daloa ne seraient pas obligés d’errer sur des routes incertaines est une utopie libératrice !

Un autre exemple : les hôpitaux publics français « tournent » en partie grâce à des médecins formés en Afrique et au Moyen-Orient. Dire que c’est une perte pour leurs pays d’origine, c’est-à-dire admettre que les flux de population du Sud au Nord ne sont pas ontologiquement « positifs », revient à s’incliner face au bon sens. Sans forcément faire semblant de ne pas voir que la piètre qualité des systèmes de santé locaux contraint à l’impuissance diplômée ceux qui font le choix de rester malgré tout.

Repolitiser la question

C’est en regardant l’immigration comme un fait global, en déconstruisant ses ressorts et ses déterminismes que l’on peut en réalité poser le débat sur un terrain qui met les néolibéraux et les réactionnaires face à leurs contradictions. Les premiers, aux affaires dans la plupart des pays d’Europe, se nourrissent du discours des seconds pour ne pas régulariser les sans-papiers et se servir de ce « tiers-peuple » de sans-droits comme corvéables sous-payés. Les seconds, qui feignent d’être défiants vis-à-vis du Capital, divisent les classes populaires sur des bases ethniques afin de les disperser et, in fine, de servir les premiers. Que faire, face à ces hypocrisies conniventes, sinon tenir un discours de vérité, rationnel, exhaustif, fondamentalement politique sur l’origine des guerres qui entraînent les exils, sur les accords de libre-échange qui déstabilisent les économies des pays du Sud, notamment l’agriculture paysanne des pays d’Afrique, dont les enjeux sont aisément compréhensibles par une ruralité française soumise à un stress similaire ? Faire comprendre aux classes populaires européennes que ceux qu’elles voient débarquer ne sont pas, selon l’expression de Léopold Sédar Senghor, « des pauvres aux poches vides sans honneur » mais des victimes d’un ordre mondial injuste, revient à repolitiser une question noyée par les affects larmoyants ou sordides. Et c’est forcément salutaire !

10 Comments

  1. Michel SAULIERE

    Tout à fait d’accord avec toi, il faut que les débats sur l’immigration redeviennent essentiellement des débats politiques. Il n’est évidemment pas question de dire que les migrants doivent être rejetés à la mer, nous devons bien sur les accueillir dignement car ce sont des femmes ou des hommes comme nous tous! Mais les solutions à cet immense problème ne peuvent plus rester dans la compassion ou dans le rejet de l’autre, il faut arriver à poser clairement les raisons (économiques, climatiques, ….) qui provoquent ce phénomène pour pouvoir proposer des solutions concrètes afin d’aider les peuples à vivre heureux? chez eux….

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  2. Alexander

    Je vois pas en quoi votre point de vue diffère de celui de Mélenchon. Son approche dépasse clairement la question humanitaire, il parle justement des traités de libre échange et de tous les autres facteurs que vous énumérez.

    Mais si vous souhaitez qu’il se prononce pour la supression totale des frontière sur un mode « no borders », dites le clairement.

    Amicalement !

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    • Cheick

      Relisez bien l’article Monsieur.
      Théophile essaye justement de démontrer que la larmoyante polémique initiée par certains à gauche qui tapent sur JLM n’est pas justifiée. En tout cas, tant que les critiques à JLM n’accepteront pas d’en politiqer la question migratoire, ils restent dans une incantation qui ne sert que l’extrême droite et les libéraux.

      Cordialement.

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      • Alexander

        mea culpa

    • Jean-Luc

      Lorsqu’on lit les articles actuels sur les PROBLÈMES du Média dans la presse « con ventionnelle », tous continuent de dire la TV de Mélenchon ! Alors Théo ne va pas dire en titre que Mélenchon a raison. Il nous propose donc une analyse que nous devons faire l’effort d’interpréter. Cordialement.

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  3. Michel Marion

    Humanitaire ! Et bien que signifie humanitaire ? Sinon de faire des actions qui visent aux bon déroulement de la vie des humains ! Sinon la politique n’est que de la politique voilà tout de gauche du centre ou de droite . L’humanitaire est pour moi la meilleurs des politiques car si proche des coeurs que l’on entend ses battements réunis et qui apportent de bon résultats . Bien à vous de tous coeur .

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    • Weatherboy matricule 3242 (@Weatherboy_fr)

      Comme on me l’avait dit un jour : et si l’on s’était contenté de discours humanitaires sur la pauvreté sous la monarchie en France, où en serions nous aujourd’hui ?

      Pour reprendre le slogan de l’excellent documentaire « la fin de la pauvreté » (fortement recommandée), la pauvreté n’est pas un hasard.
      Le rôle des ajustements structurels du FMI dans les années 90 de l’Amérique du Sud à l’Afrique dans la destruction des services publics n’est plus à démontré. Le rôle de la Dette, souvent de dettes odieuses non plus, occupant une bonne part du budget de pays exsangues, avec les fonds vautours en ligne de fond. La complicité de la Banque Mondiale (au passage tout aussi anti démocratique que le FMI), pourtant censé lutter contre la faim non plus (voir l’excellent documentaire d’arte sur la malédiction de l’or vert) . Rajoutons la speculation des banques, le pillage via les multinationales couplées aux paradis fiscaux, voilà tout un arsenal de guerre pointé sur les plus pauvres et contre lesquels tout les discours humanitaires du monde ne feront strictement rien.

      Tout au plus, il pansera les plaies pendant qu’on scie l’autre jambe…

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  4. Eric Jamet

    Il n’y a aucune contradiction. C’est ce que dit précisément Jean-Luc Mélenchon

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    • Guillaume CLEMENTE

      La position de Jean-Luc Mélenchon sur le problème de l’immigration et beaucoup plus vaste que la vision étriquée que vous en donnez en ne relevant que des phrases courtes sorties de leur contexte.

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  5. Jean-Luc Fauguet

    Derrière le titre on retrouve un point aveugle de la gauche : une politique internationale. Ce n’est pas nouveau, et seul le « Marché » a une stratégie et des « valeurs » mondiales depuis des lustres. Il n’y a pas si longtemps on s’étripait à gauche pour bâtir une « Internationale », et nous en sommes restés au numéro 4, avec Trostsky. Une politique internationale de la seule gauche française serait catastrophique. Je crois qu’en même temps qu’une 6ème République, on devrait commencer à bâtir une 5ème Internationale.

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