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« Maintenant le peuple » : Mélenchon, Iglesias et Martins signent un accord européen à Lisbonne

« Maintenant le peuple » : Mélenchon, Iglesias et Martins signent un accord européen à Lisbonne

L’initiative commune, portée par la France insoumise, Podemos et le Bloco de Esquerda, entend soutenir « la révolte démocratique » des peuples d’Europe et proposer un « nouveau projet d’organisation » pour le vieux continent. Décryptage.

Réunis à Lisbonne le 12 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Catarina Martins (Bloco de Esquerda) et Pablo Iglesias (Podemos) ont co-signé la déclaration Maintenant le peuple, qui donne naissance à un mouvement européen chargé de porter « un nouveau projet d’organisation pour l’Europe ». La signature d’une telle déclaration vient renforcer des liens politiques déjà étroits entre les trois formations, qui ont en commun d’avoir essaimé à la gauche des partis sociaux-démocrates traditionnels tout en reformulant, dans le sillage des théories d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, les mots d’ordre traditionnels de la gauche de transformation sociale.

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Younous Omarjee
Crédits : Wikimedia Commons/ Europe-seas

Le texte dresse un constat amer de l’état social et politique des démocraties européennes : « l’application dogmatique, irrationnelle et inefficace des politiques d’austérité n’a réussi à résoudre aucun des problèmes structurels causés par cette crise ». Il propose de « rompre avec le carcan des traités européens qui imposent l’austérité » et de « construire un mouvement politique international, populaire et démocratique pour organiser la défense de nos droits et la souveraineté de nos peuples face à un ordre ancien, injuste et en échec qui nous emmène droit au désastre ». Pour Younous Omarjee, député européen La France insoumise, les trois formations ont vocations à être rejointes par d’autres forces politiques européennes. « Notre volonté, c’est qu’il y ait un effet déclencheur. On est en discussion avec d’autres forces et on espère un élargissement important ainsi que, sans doute, des dynamiques communes pour la campagne des européennes ». Le 15 avril dernier, le mouvement italien Potere Al Popolo, qui puise son inspiration dans l’éco-socialisme et les pratiques autogestionnaires, a d’ailleurs apporté son soutien à « un appel très important, proposé par trois des plus grandes forces populaires et alternatives d’Europe, auquel nous ne pouvons nous soustraire ».

Dépasser les différences nationales

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Íñigo Errejón
Crédits : Wikimedia Commons/ En Comu Podem

Au-delà des positions communes exprimées dans la déclaration, le Bloco de Esquerda, la France insoumise et Podemos doivent cependant faire face à des situations nationales singulières qui conditionnent leurs prises de positions vis-à-vis des partis sociaux-démocrates. Au Portugal, le Bloco a choisi d’apporter son soutien à la coalition menée par le Parti socialiste sans prendre part au gouvernement. En France, la France insoumise jouit d’une position de force pour le leadership à gauche entérinée par les scores de la présidentielle qui rend inopportune la perspective d’une alliance avec un PS électoralement laminé. En Espagne, cependant, Podemos n’a pour l’instant pas réussi le sorpasso tant espéré – le dépassement électoral du PSOE – : en ce sens, la question d’une alliance de gouvernement avec les socialistes pourrait se poser à l’avenir et divise les militants du parti, partagés entre les anticapitalistas, hostiles à l’alliance ; la ligne majoritaire de Pablo Iglesias, sans position fixe ; et celle portée par Iñigo Errejon, favorable à un pragmatisme électoral qui permettrait à la nouvelle force politique de gouverner le pays.

Ces divergences pourraient-elles affaiblir la constitution d’une alliance solide ? Pas nécessairement, selon le politiste Fabien Escalona, auteur d’un récent article consacré aux nouvelles gauches radicales : « Je ne pense pas que ça posera problème, parce que ce sont des contextes nationaux. Pour les européennes, chacun est installé dans son espace national, il y a une forme de reconnaissance en termes programmatiques ».

La manière de s’affranchir des traités européens constitue un second point de tension entre Podemos, la France insoumise et le Bloco de Esquerda. La dialectique plan A/plan B portée par la FI, qui entend préparer une sortie de l’Union si les réformes politiques qu’elle porte sont bloquées par les institutions européennes, n’est d’ailleurs pas évoquée explicitement dans la déclaration. « La question est bien présente dans le manifeste », conteste Younous Omarjee. « Sortir du carcan des traités européens, ça me semble assez clair. Après, il faut se dire que la campagne des européennes, en tant que telle, va bien au-delà de cette question. Il n’y pas lieu de se focaliser là-dessus ». Fabien Escalona note « quand même une tension stratégique sur la question européenne […]. Il y a une vraie parenté de ces forces politiques. En revanche, ce qui n’est pas commun à tous ces gens-là, c’est l’idée de faire un plan B. Autant le Bloco est sur une ligne quand même assez dure sur la question européenne, qui se rapproche de la France insoumise, autant chez Podemos, l’ensemble du parti ne partage pas cette ligne de Plan A/Plan B ».

Au-delà de l’échec grec

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Yanis Varoufakis Crédit : Chatham House/Flickr

La question d’une alliance avec l’une des forces politiques grecques se pose également aux trois formations réunies à Lisbonne. Le laboratoire politique grec, les échecs successifs et les renoncements du second gouvernement d’Alexis Tsipras, en poste depuis le 21 septembre 2015, et dont le parti SYRIZA suscitait pourtant de légitimes espoirs, sont observés de près par les nouveaux partis qui ont émergé ces dernières années à la gauche des formations sociales-démocrates traditionnelles. « Par rapport à Tsipras, les positions sont connues. On est résolument déçus de l’évolution. Précisément, il s’agit de faire la démonstration qu’il est possible de faire autrement aujourd’hui », souligne Younous Omarjee. Dès juillet 2015, lorsque le Premier ministre grec avait finalement accepté de céder aux injonctions de rigueur budgétaire de Bruxelles, Jean-Luc Mélenchon avait pris ses distances avec SYRIZA, rencontrant l’ancien ministre démissionnaire Varoufakis et les membres d’Unité Populaire, le parti de celles et ceux qui, chez SYRIZA, refusaient le mémorandum européen. Au même moment, Podemos et Pablo Iglesias avaient cependant réitéré leur soutien à SYRIZA. En s’alliant aujourd’hui avec la France insoumise et le Bloco – qui se sont tous deux distancés du gouvernement grec –, Pablo Iglesias opère un commencement de clarification nécessaire. « Quand on voit la trajectoire de Tsipras, les choix qui sont faits, y compris contre le mouvement social, ça me paraît très compliqué pour Iglesias d’aller dire « je suis toujours sur la ligne de Tsipras » », soutient Fabien Escalona. « C’est une chose sur laquelle quelqu’un de gauche radicale ne peut plus s’appuyer ». Younous Omarjee confirme que des tractations sont en cours avec les militants grecs qui se sont séparés de SYRIZA : « S’agissant de la Grèce, on poursuit des discussions. On a des soutiens évidemment, qui sont sur des lignes plus proches de celles que nous défendons ».

Quelles alliances ?

Le refus de la soumission à la Troïka est un point partagé par la France insoumise et le mouvement Diem25, lancé par l’économiste et ancien ministre du premier gouvernement Tsipras, Yanis Varoufakis. Mais l’initiative Diem25, soutenue en France par le mouvement Génération-s de Benoît Hamon, prône une « désobéissance constructive » et accuse en creux la France insoumise, le Bloco de Esquerda et l’aile gauche de Podemos de ne se concentrer que sur un plan B de rupture avec les institutions européennes. « Le point de désaccord, c’est notre stratégie et notre tactique », explique Yanis Varoufakis, dans une interview accordée le 13 avril à nos confrères de Regards. « Nous sommes des fervents partisans du plan A. […] Unissons-nous autour d’un internationalisme de gauche et transformons l’Union européenne en deux étapes : premièrement, à traités constants, ce qui doit être fait dès aujourd’hui pour changer de paradigme. […] Et nous pouvons faire ça à traités constants, et on a expliqué comment le faire. […] Mais nous avons aussi un Plan B au cas où l’Europe disparaîtrait », poursuit l’ancien ministre des Finances grec. Du côté de la France insoumise, on conteste la tactique choisie par Varoufakis et ses alliés : « Il est un peu sur la même position que Benoît Hamon. Nous, on considère qu’à traités constants, de toute façon, il n’est pas possible de changer les politiques européennes et d’atteindre les objectifs qu’on se fixe », souligne Younous Omarjee. D’autant plus que l’initiative Diem25 n’est pas adossée à de puissantes structures partisanes, comme c’est le cas pour la France insoumise, Podemos ou le Bloco. Pour Fabien Escalona, « on ne voit pas trop l’assise politique de Varoufakis. Diem25, c’est une petite chose. […] Le triptyque de la déclaration de Lisbonne, c’est de dire « on est des partis », qui existent au niveau européen, qui ont un vrai ancrage électoral. […] Ils font un pari de parti à parti dans un espace politique clair. Et au demeurant, en France, s’il n’y a pas d’alliance avec Hamon, c’est qu’on est sur une question de doctrine qui n’est pas du tout artificielle ».

Une question d’autant moins artificielle que les forces qui composent « Maintenant le peuple » prévoient de commémorer, selon les informations du Média, l’anniversaire de la victoire du “non” au référendum sur le Traité constitutionnel européen, le 29 mai prochain.

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Photo : Signature de l’accord

Crédit : France insoumise

 

 

 

2 Comments

  1. Amstramgram

    Comment Hamon et Varoufakis osent-ils prétendre qu’il reste possible de négocier un plan A? Ils sont décérébrés, stupides ou complètement à côté de la plaque. Ils ont l’air ridicules, en tout cas, et pas crédibles. Il faut sortir de la constitution française, l’obligation d’obéir à la « loi » de la commission européenne … c’est absolument notre droit constitutionnel! Retrouver, donc, notre autonomie pour mener la politique que l’on souhaite. Il nous faut vraiment parler du fond et j’espère que vous avez suivi les travaux de réflexion sur le sujet, de la France insoumise (débats, entretiens et auditions programmatiques).

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    • Vincent

      Je ne saurais dire mieux. Toute réflexion politique de droite comme de gauche se condamne à rester vaine tant que nous ne sortirons pas de L’UE, de l’euro et de L’OTAN. Retrouver la souveraineté nationale est une condition nécessaire au bon exercice de la démocratie en France comme ailleurs. Les intérêts nationaux de tous les pays membres étant par essence différents, l’UE empêche aux peuples de choisir par eux-même. Le postulat qu’il existerait un peuple Européen uniforme est profondément idéologique et loin du réel. Encore une fois le peuple Britannique aura su faire la démonstration de son pragmatisme.

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