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Macron : une rentrée sociale agitée

Macron : une rentrée sociale agitée

Emmanuel Macron l’a annoncé : le virage social du gouvernement doit arriver en septembre, après une année très libérale. Au vue des éléments actuels, le doute est pourtant largement permis.

Loi Asile-Immigration, loi travail, loi contre les violences sexuelles et sexistes, loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, réforme de la SNCF : avec une cinquantaine de textes promulgués, la première année parlementaire des élus de La République En Marche (LREM) a été très rythmée.  Plus libéral et conservateur qu’annoncé, le président s’est attelé à démanteler le pacte social issu du CNR, en attaquant le code du travail ou le statut public de la SNCF. Mais c’est promis, l’an II de la Macronie sera plus social. Macron ne veut plus, tel Nicolas Sarkozy, rester cantonné au rôle de “président des riches”. Une image qui ne s’est pas améliorée lorsqu’il a déclaré que les cotisations sociales coûtaient « un pognon de dingue » en juin dernier. En septembre, le gouvernement doit annoncer un grand plan qui permettra de « rompre avec le déterminisme de la pauvreté ».

Le plan pauvreté : un virage social ?

Les mesures devaient initialement être annoncées la semaine du 11 juillet. Malheureusement pour les plus déshérités, l’équipe de France de football faisaient vibrer notre nation et remportait le mondial. L’Elysée a alors décidé de reporter « en un temps où les Français seraient plus réceptifs ». L’annonce du plan pauvreté ne pouvait donc pas se faire « entre deux matchs », mais « à un moment où l’opinion comprendra mieux les enjeux du problème et l’action que compte déployer le président de la République », confiait un conseiller du chef d’Etat à France Inter. « Le football n’est évidemment pas la seule raison pour un report. Mais c’est sûr qu’on ne fait pas une annonce de cette ampleur un jour de foot », a précisé une source gouvernementale à l’AFP, qui désirait que ce plan ait « une vraie exposition ». Une annonce qui est alors mal passée, Macron a été accusé de préférer le foot aux moins privilégiés. L’Elysée s’est alors empressé d’améliorer sa communication. « Le plan n’est pas totalement ficelé. Le président mature encore sur ce sujet », a affirmé un conseiller du président. Macron trouvait qu’il « manquait d’ampleur » et se serait donc laissé deux mois pour renforcer ce fameux plan, attendu au tournant.

Les grandes lignes du projet sont déjà connues depuis le discours du président au discours de Versailles du 9 juillet. Les 14% de Français vivant sous le seuil de pauvreté (1 008 euros par mois) seront les premiers visés. Au programme, « un accompagnement réel vers l’activité, le travail, la santé, le logement, l’éducation », a déjà promis le président, qui renforcera la « politique de redistribution classique ». Le plan devrait comprendre des aides à la garde d’enfants, des petits déjeuners dans les écoles primaires, une période de formation obligatoire jusqu’à 18 ans, soit deux ans de plus qu’aujourd’hui, des mesures d’insertion pour les 18-25 ans, et le versement unique des aides sociales, au même moment et de façon automatisée. Les derniers arbitrages du plan pauvreté sont en cours, notamment sur la réforme du RSA, le Revenu de solidarité active versé à 1,6 million d’allocataires. L’une des pistes qui aurait les faveurs du Président Emmanuel Macron, ce serait de re-centraliser le financement du RSA. Tout cela devrait être financé et budgétisé, selon une source proche du dossier, dès le Projet de Loi de Finance 2019, en cours de bouclage. C’est sur ce point que le doute est permis sur l’ambition réelle de ce plan.

Social et austérité : l’équation impossible

Ce mercredi 22 août, lors premier Conseil des ministres, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont convoqué quelques ministres afin d’évoquer la feuille de route budgétaire. « L’objectif n’est pas de balayer tous les budgets des ministères mais d’évoquer les points cruciaux, qui n’étaient pas encore tranchés jusque-là », a informé un proche de l’Elysée. Alors que Bercy prévoyait une croissance économique de 2% pour 2018, celle-ci devrait au mieux plafonner à 1,8%, si ce n’est moins. Dans le même temps, le gouvernement désire ramener le déficit à 2,3% du PIB en 2019, afin de satisfaire Bruxelles, sans augmenter les impôts. L’équation est alors simple : il y aura des coupes budgétaires douloureuses. Aucune annonce officielle n’a pour le moment été faite. Mais la liste des ministres choisis par le chef d’Etat et son Premier ministre laisse entrevoir les grandes coupes budgétaires à venir. La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et celle du Travail, Muriel Pénicaud, ont été conviées, en plus du ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, et de celui de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.

Outre les suppressions de postes de fonctionnaires, de nombreux emplois aidés devraient aussi disparaître, alors qu’ils sont déjà passés de 310 000 en 2017 à 200 000 en 2018. Pour 2019, le chiffre sera probablement de 84 000. La réduction des aides aux logements (APL), des aides sociales et du budget de la santé pourraient aussi être à l’ordre du jour. Il faudra attendre fin septembre la présentation du projet de loi de finances (PLF), puis du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), pour y voir plus clair. En attendant, il est largement permis de douter de la teneur du plan contre la pauvreté. « Ce tournant-là sera peut-être plus difficile à mettre en œuvre », confie à Reuters Denis Ferrand, économiste et directeur général de Coe-Rexecode, institut proche du MEDEF. « Cela le sera d’autant plus que le gouvernement va engager du capital politique avec les réformes à venir, la réforme des retraites, des minima sociaux et de l’assurance chômage », souligne-t-il. « Les gages qui pouvaient être donnés pour compenser des réformes qui auront un coût politique vont être difficiles à mettre en œuvre », prédit l’économiste. Il fait référence à plusieurs réformes à venir sur l’assurance-chômage, les retraites, la fonction publique, ou encore la santé. Autant de dossiers où le droit social ne devrait pas sortir grandi. Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs dénoncé ce dimanche 26 août à Marseille la « saignée de l’Etat et des services publics » prévue par le gouvernement. « Leur budget, a expliqué le leader de la FI, va être de plus en plus intenable et se faire toujours au même prix, petit à petit l’Etat social se dissout, et l’Etat administratif s’effondre, puisqu’il y a moins d’argent qui rentre dans les caisses, […] avec notamment 4,5 milliards d’euros donnés avec la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF). »

A cela s’ajoute la pression exercée récemment par une vingtaine de députés LREM pour étendre le travail dominical, en dépit des études économiques qui prouvent la non-efficacité de la mesure, ainsi que la volonté affichée par Edouard Philippe de défiscaliser au plus vite les heures supplémentaires. Décidément, la ressemblance entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron est troublante.

Légende : Macron marche avec Florence Parly, Édouard Philippe et Geneviève Darrieussecq, en juillet 2017

Crédits : Wikimedia common

7 Comments

  1. Hollard Jacques

    Enfin !!! Bravo pour cette reprise tant attendue !
    Espérons que les partages par réseaux sociaux vont donner du grain à moudre au plus grand nombre !
    Salut et fraternité.
    Socio je reste !

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  2. yahiacirtaPascal Jean-Michel

    Un témoignage tout simple d’un couple retraité de l’Éducation Nationale :
    Avec la désindexation des retraites annoncée ce matin c’est 1154 € 71 que nous ne gagnerons pas en 1 an ! il faut considérer (source officielle) que c’est un manque à gagner de 855 € pour une retraite de 1700 €.
    Je ne commente même pas : rendez-vous dans les luttes, dans la rue ! On va aller le chercher Macron et sa clique !

    Jean-Michel Pascal Socio sous le pseudo de Yahia.Cirta

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  3. aigle4enanglais

    Avec le gel des pensions et la CSG, Macron et sa clique d’ultra riches, avec 40 euros de CGS supplémentaires par mois, vient de me faire passer sous le seul de pauvreté(une seule petite retraite pour 2 personnes), pendant ce temps là, les plus riches voient leur fortune exploser littéralement, elle est pas belle la vie chez les premiers de cordée et ce n’est que le début du vol organisé par les rapaces gouvernementaux, sur les moins fortunés.

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  4. Meimon

    Bonne route pour cette rentrée. J’ attends de lire de VRAIES informations pour faire barrage à ces medias devenus » les chiens de garde  » d’ un pouvoir de plus en plus imbuvable….

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  5. Michel Marion

    Plaisir de lire sans mes lunettes . Plaisir de m’informer . Plaisir de partager . Quand la connexion sera possible avec Mastodon je serais totalement ravi .

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