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Macron : Entre déni du réel et politique de la matraque

Macron : Entre déni du réel et politique de la matraque

Il n’y a donc pas de mouvement social pour notre président. Ou si peu. Invité du 13 heures de TF1, le petit-fils de cheminot amiénois ne s’est pas attardé sur les conflits en cours. Il a préféré vanter son action, servi par un journaliste aussi réputé pour son impertinence que connu pour ses penchants révolutionnaires.

En lieu et place d’un commentaire présidentiel sur les revendications, nous nous vîmes gratifiés d’un véritable protocole compassionnel : « Je n’ai pas de mépris, ce ne sont pas des privilégiés » a ainsi concédé Emmanuel Macron à propos des cheminots.

Le personnel hospitalier a eu droit à davantage d’égards : « Je veux vraiment rendre hommage à tous les personnels soignants, les médecins, les infirmières, les aides-soignantes, celles qui travaillent dans les EHPAD Ils vivent tous la mort au quotidien, nous leur devons quelque chose dans la société ». Quant aux retraités, on ne les aura jamais autant remerciés en si peu de temps. Des fois qu’ils auraient mal entendu, trop occupés à recalculer les euros perdus de leur retraite…

En revanche, les étudiants en sont restés pour leurs frais : il n’y a, dans les facs, que des « agitateurs professionnels », des « professionnels du désordre ». Et, malgré leurs gros bras, ils n’auront pas de diplôme en chocolat.

Du déni à la matraque

Parvenus à un tel degré dans le déni, on s’interroge. Et puis l’on se souvient que, vu de l’Élysée, le réel n’est qu’une forme dégradée de la communication.

À preuve, par exemple, le déploiement de 200 caméras – oui 200 – au sein des escadrons de gendarmerie mobile déployés à Notre-Dame-des-Landes. Ce n’est plus l’opération qui importe, mais bien l’image qui en est restituée.

Et pour que le message ne soit pas altéré, le ministre de l’Intérieur a interdit la zone aux journalistes détenteurs d’une carte de presse pour confier leur mission à une cinquantaine de robocop revêtus, pour la circonstance, d’une chasuble presse. Ce n’est ni la Turquie, ni la Russie ou la Hongrie, mais la vie quotidienne en Macronie.

La SNCF n’est pas en reste. Interdiction de filmer dans les gares, faute de cerbères de la communication en nombre suffisant pour encadrer les journalistes qui souhaiteraient s’entretenir, ces têtes de linottes, avec les cheminots et cheminotes. Question de sécurité, a affirmé le président de la SNCF, Guillaume Pépy, expliquant sur une chaîne du service public qu’une perche d’un preneur de son risquait de heurter un câble électrique.

C’est à se demander comment ont bien pu faire tous ces valeureux cameramen qui ont risqué leur vie pour abreuver les chaînes de passagers « pris en otage par les privilégiés » ?

Gouvernement de l’image, donc. Tant que ce n’est pas vu à la télé, ça n’existe pas.

Dans le vrai monde, en revanche, c’est le dialogue à coups de matraques. Les gendarmes mobiles à NDDL, les CRS à Nanterre et les fachos à Montpellier et Tolbiac.

Avec des résultats variables. Au mépris de toutes ses promesses de régularisation des occupants de la ZAD souhaitant développer une activité agricole, le gouvernement Philippe rase systématiquement toutes les constructions. Avec pour seul résultat tangible d’avoir ressoudé tout le mouvement anti-aéroport derrière les expulsés.

À Nanterre, l’intervention des CRS n’a abouti qu’à radicaliser le mouvement. Au point que la préfecture de police rechigne maintenant à évacuer la faculté de Tolbiac malgré la demande du président d’Université.

Il n’empêche. Il s’agit de faire peur. Les belles promesses sur la mesure des forces de l’ordre ont volé en éclats, aussi sûrement que les grenades GLI F4 que les gendarmes mobiles emploient généreusement à Notre – Dame des Landes (au point que la moitié des blessés en uniforme souffrent de traumatismes sonores, occasionnés justement par ces grenades qui combinent détonation, effet de souffle et dispersion de gaz).

Quant aux tirs tendus de grenades et l’usage disproportionné du lanceur de balles de défense (LBD), nombre de clichés en attestent la réalité, en dépit du bouclage de la zone.

Cette violence de l’appareil d’État ne peut aller que croissant. Emmanuel Macron ne peut ni ne veut rien concéder au mouvement social.

Longtemps, l’école française du maintien de l’ordre fit de la désescalade son principe moteur. Mieux valait quelques incidents qu’une intervention policière rajoutant la violence à la violence. Ce fut, par exemple, la ligne de conduite du préfet Grimaud en mai 1968 qui évita ainsi que les barricades ne se terminent dans un bain de sang.

On l’avait pressenti lors des manifestations contre le barrage de Sivens et la loi travail, cette époque est révolue. L’heure est désormais à la dissuasion par la violence. Quitte à l’encourager.

C’est là un piège ancien du pouvoir lorsqu’il est en difficulté. Dans les années 1970, un ministre de l’Intérieur, du nom de Raymond Marcellin, agitait le spectre du complot gauchiste à tout bout de champ tout en infiltrant les services d’ordre desdites organisations pour les manipuler.

En mars 1979, lors d’une manifestation des sidérurgistes à Paris, le service d’ordre de la CGT avait intercepté, parmi les casseurs, un policier, Gérard Le Xuan, qui n’était pas le dernier à caillasser ses collègues CRS.

Gageons que les provocations seront légion dans les semaines à venir. Et qu’il y aura quelques caméras complaisantes – qu’on ne sauraient confondre avec la corporation journalistique, au moins pour son bas clergé – pour s’en faire le relais auprès des braves gens afin de mieux les effrayer. Vigilance et circonspection seront donc à l’ordre du jour.

 

2 Comments

  1. Marie-Lyne Bezille

    Merci d’exister ! vraiment mille merci ! que c’est bon de vous lire !

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  2. Daniel Loche

    Erreur importante à corriger dans l’article : l’informatin de FranceInfo sur les « chassubles de presse » est une fake news. En réalité il s’agit des brodures « GENDARMERIE COMMUNICATION », ce qui fait une sensible différence (mais ne change rien à l’aberration..)

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