Select Page

L’impossible autorité de Monsieur Macron

L’impossible autorité de Monsieur Macron

Le président français a beau chercher à bouleverser l’ordre institutionnel de la France, à briser ce qui tient la République sociale pour bâtir sa Démocratie à l’américaine, à renverser les tables et retourner les chaises, il ne parvient pas à éteindre la gêne et l’embarras que provoquent ses postures d’autorité.

Ce qui est peut-être le plus frappant dans l’effort du président Emmanuel Macron pour asseoir son autorité symbolique sur la République française, c’est son embarrassant échec. On entend ici et là, dans l’opposition comme dans la presse, des mises en garde contre la dérive autoritaire du jeune chef de l’Etat. A bon droit, on la met en lien avec la nature même de son assise idéologique, le néo-libéralisme mondialisé, le règne arrogant des managers. Cette philosophie nihiliste, car c’en est une, ne souffre de contre-pouvoirs que soumis à sa doctrine, c’est entendu. Mais on peut aussi retenir d’Emmanuel Macron, personnellement, son incapacité à être à la hauteur de son ambition.

Une image valant cent mille mots, prenons pour exemple son entrée dans l’hémicycle du Congrès, à Versailles, le 9 juillet. On avait choisi de lui faire emprunter un long couloir bordé de Gardes républicains hiératiques, débouchant directement sur la salle où étaient sagement rassemblés les députés ayant accepté de siéger ce jour-là. Faute de public dans ce tunnel sans témoins, les caméras se sont mises à tourner et les journalistes de télévision, de l’autre côté du poste, se sont mis au garde-à-vous devant leur chef. Et qu’a-t-on vu ? Un jeune homme crispé dans son costume, cherchant à imiter la démarche chaloupée de Barack Obama mais adoptant le déhanché martial de Vladimir Poutine, son visage d’étudiant enfermé à double tour dans la légère ivresse de sa propre jouissance, mais dépassant, à la porte d’entrée, les silhouettes patelines d’huissiers goguenards. Puis bredouillant un « bonjour » en pénétrant dans l’enceinte, comme lorsqu’on entre dans la salle d’attente bondée d’un toubib. Quelque chose entre les Marx Brothers et le Ministry of Silly Walks.

N’est pas Molière qui veut

Bref, le costume était taillé trop étroit, les manches étaient trop courtes, la mise en scène trop voyante et les figurants rigolards. Voici un bien piètre comédien qui s’est mal écrit son propre rôle, se disait-on aussitôt. Les trémolos de sa voix étaient aigrelets. Car n’est pas Molière qui veut. Le mélange du story-telling et de l’autopromotion vire rapidement aux pathétiques funérailles de Trimalchion, le patricien du Satyricon qui organise ses propres obsèques à la fin d’un banquet pour écouter, couché dans son sarcophage, les éloges de ses invités.

En France d’ailleurs, face aux démonstrations de puissance, c’est toujours Victor Hugo qui fait mouche. Dans son Napoléon le Petit, il répondait aux panégyriques qu’on chantait alors pour l’Empereur des Français : « Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, écrivait-il, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier, et, en laissant à part le parti qu’il tire de son nom et certains faits extérieurs dont il s’est aidé dans son escalade, on ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent. » Oups, l’anachronisme est un bain révélateur !

Un déguisement de chef d’Etat

Ce qui est certain, ce qu’Emmanuel Macron est bien l’homme parfait d’une génération. Une génération américanisée jusque dans ses symboles, nourrie au soft-power et à la peur du rouge. La démarche solitaire dans le couloir, le “discours sur l’état de l’union” tous les ans devant la claque des parlementaires, la signature des lois dans le bureau présidentiel, dos aux fenêtres du jardin des puissants, tout cela est emballé à Washington et ramené rue du Faubourg Saint-Honoré, sous les pouffements de rire des Français, gênés et rieurs comme s’ils regardaient une forme d’Eurovision politique, où même les Turcs et les Polonais chantent en anglais.

Rencontre improbable entre un Young Leader et une chaise dorée, banquier d’affaires maquillé par des communicants, pour Emmanuel Macron l’image est première, la politique vient après. C’est elle qui donne le ton. C’est la posture qui fait l’homme.

L’action fait l’autorité

Ce qu’il n’a sans doute pas compris, c’est que, dans les vieilles nations goguenardes et populaires comme la France, c’est l’action qui fait l’autorité. On ne gagne pas le panthéon avec des vidéos virales et des séquences d’actualité. Gambetta part en ballon lever une armée pour sauver la république assiégée. Zola est contraint à la ruine et à l’exil pour ses adjurations journalistiques. Jaurès meurt sous les injures, cherchant à arrêter la guerre à tout prix. Blum négocie, dans un blocage général, la paix, des salaires et la liberté dans les usines. De Gaulle s’excommunie lui-même pour sauver ce qui peut l’être d’un grand peuple hypnotisé par sa propre humiliation. Mendès-France parvient à décoloniser par la seule action politique. Mitterrand abolit la peine de mort contre l’avis d’une majorité, parce qu’il l’avait dit et que c’était juste. Et ne parlons pas d’Allende, de Gandhi ou de Willy Brandt…

Manque de chance pour Emmanuel Macron, son nom est d’ores et déjà associé à des lois de souffrance collective. Il pourra donc toujours se prévaloir de Jupiter, il sera toujours pour beaucoup de Français le petit monsieur des bétaillères à prolos, des pleins pouvoirs aux DRH, des petites gares transformées en supérettes, des cheminots injuriés par de riches diplômés, chaque jour à la télévision. Le mythe, la verticalité, le respect des institutions, la solennité républicaine, il a beau les chercher dans le bureau de Bruno Roger-Petit, ils lui échapperont toujours : ils sont déjà bien réels dans le cœur et dans l’esprit des gens qui subissent ses lubies managériales et sa pathétique incapacité à parler sans drame aux gens ordinaires. Et rien d’autre que son action future ne viendra les modifier. Pour lui, c’est l’impasse. Il laissera seulement le souvenir d’une foule de choses à défaire.

Pour toujours, le président Macron sera non pas ce qu’il prétend être, mais ce qu’il a laissé derrière lui. Pour l’instant, ce n’est que souffrance, suffisance et humiliation.

Légende : Capture d’écran de BFM-TV, le 4 juillet 2017

7 Comments

  1. Elise

    Euh… il est très bizarre cet article. Je n’ai aucune sympathie ni respect pour Macron, mais ce pamphlet arrive quand même à me mettre mal à l’aise. On est en pleine affaire Benalla, et jusqu’à il y a peu, en pleine réforme constitutionnelle, que nous importe le costume de Macron et sa démarche crispée ? Pourquoi, alors que le Média ne poste pas beaucoup d’articles (ce que je comprends), choisir de publier un article totalement à charge sur le profil psychologique du monarque ? Oui c’est un mec imbus de pouvoir et détestable, mais ce qu’il FAIT est beaucoup plus grave et impactant sur nos vies que ce qu’il nous laisse voir non ?
    Ce genre d’article donne du grain à moudre à tous les détracteurs du Média, et c’est bien triste.

    Réponse Signaler un abus
  2. Conparaison

    J’approuve totalement vos propos (ELISE). Je suis déçu du contenue de cette article. Je pensais avoir des informations de fond sur la capacité du président à incarner les autorités. Je n’ai lu qu’un article du niveau d’un trolls ayant une plume et de la culture. Ou se trouve le travaille journaliste et la neutralité ? Car beaucoup d’arguments utilisés aurait pu, d’une main de droite, faire l’éloge de E.M. Comme le dit Elise « Ce genre d’article donne du grain à moudre à tous les détracteurs du Média, et c’est bien triste. » et ne nous informe sur RIEN.

    Réponse Signaler un abus
  3. Amstramgram

    Cette analyse est subtile et profonde. Elle met en relief l’incapacité de Macron à occuper la fonction et cela, pour des raisons inhérentes à sa personnalité égotique et superficielle. Cet homme est un produit marketing, fabriqué par sa caste et il n’en a aucune conscience. Il est aveuglé par sa prétention et sa méconnaissance des institutions et de la réalité du peuple. Ruse et argent, voilà les clefs de sa réussite, mais cela ne peut pas durer puisqu’il est stupide et ne comprend pas que sa caste le surveille de près et découvre en ce moment, son arrogance et sa mégalomanie … il devient donc dangereux et inutile aux intérêts de la dite caste! Jupiter n’est qu’un Narcisse hahaha la bonne blague!

    Réponse Signaler un abus
  4. 885farcesetattrapes

    Il est certain que la « com. » ,le charabia mensonger et stupide(disruption,agilité,start-up nation,chercheurs d’emploi,post-politique,présidence jupitérienne,post-vérité et autres fadaises),la mise en scène de piètre qualité ne parviennent pas et ne parviendront jamais à masquer l’absence de vision politique de la France et du monde,l’absence de toute réflexion sur les grands enjeux contemporains de notre temps,la vacuité tout simplement.J’aime votre souci de donner à votre réflexion une profondeur historique en rappelant opportunément ce qu’ont fait avec un courage souvent admirable Léon Gambetta,Emile Zola,Jean Jaurès,Pierre Mendès-France (mais aussi De Gaulle)POUR la France..La façade macronienne se lézarde dangereusement un peu comme dans l’épilogue d’une farce tragique.C’est drôle,pitoyable et affligeant aussi.La macronie apparaît enfin pour ce qu’elle est:une misérable imposture au nom de laquelle tout le monde se croît en droit de se déguiser qui en président de la république,qui en policier,qui en ministre d’Etat.Au sommet de l’Etat chacun a reçu sa panoplie,chacun s’empresse de montrer qu’elle lui sied à merveille,chacun s’auto-complimente dans un formidable et irrépressible tout à l’ego.La France serait devenue un théâtre de guignols en son sommet.

    Réponse Signaler un abus
  5. 77benallagate

    Il est certain que la « com. » ,le charabia mensonger et stupide(disruption,agilité,start-up nation,chercheurs d’emploi,post-politique,présidence jupitérienne,post-vérité et autres fadaises),ne parviennent pas et ne parviendront jamais à masquer l’absence de vision politique de la France et du monde,l’absence de toute réflexion sur les grands enjeux contemporains de notre temps,la vacuité tout simplement.J’aime votre souci de donner à votre réflexion une profondeur historique en rappelant opportunément ce qu’ont fait avec un courage souvent admirable Léon Gambetta,Emile Zola,Jean Jaurès,Pierre Mendès-France (mais aussi De Gaulle)POUR la France.La façade macronienne se lézarde dangereusement un peu comme dans l’épilogue d’une farce tragique.C’est drôle,pitoyable et affligeant aussi.La macronie apparaît enfin pour ce qu’elle est:une misérable imposture au nom de laquelle tout le monde se croît en droit de se déguiser qui en président de la république,qui en policier,qui en ministre d’Etat.Au sommet de l’Etat chacun a reçu sa panoplie,chacun s’empresse de montrer qu’elle lui sied à merveille,chacun s’auto-complimente dans un formidable et irrépressible tout à l’ego.La France serait devenue un théâtre de guignols en son sommet.

    Réponse Signaler un abus
  6. auspitz

    Elise, c’est un très bon article écrit par un très grand journaliste; il faut le lire lentement et dans le calme; pour comprendre;

    Réponse Signaler un abus
  7. Prévost

    Avec un journaliste de cette trame le média a un bel avenir. Bravo Léonard !

    Réponse Signaler un abus

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Devenez Socio

Derniers Tweets

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Avec vos amis !