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Éric Dupin : « Les identitaires espèrent pénétrer la société par une activité culturelle et idéologique intense »

Éric Dupin : « Les identitaires espèrent pénétrer la société par une activité culturelle et idéologique intense »

Éric Dupin est journaliste indépendant et collabore régulièrement à Slate.fr et parfois au Monde diplomatique. Auteur d’une dizaine de livres, il a publié en 2017 La France identitaire : Enquête sur la réaction qui vient (La Découverte). Il revient avec nous sur Génération identitaire.

Ce samedi 21 avril, une centaine de militants de Génération identitaire, venus de plusieurs pays européens ont investi les Hautes-Alpes. Vêtus de doudounes bleues, ils ont tenté de bloquer le col de l’Echelle afin d’empêcher le passage aux migrants qui empruntent le chemin. Le groupuscule d’extrême droite n’en est pas à son premier coup d’essai. Durant l’été dernier, ils avaient déjà fait parler d’eux avec le C-Star, bateau anti-migrants qui a sillonné la Méditerranée.

Le Média : Ce samedi 21 avril, Génération identitaire (GI) a bloqué le col de l’Echelle, afin d’empêcher le passage de migrants clandestins. Qui sont les militants de GI ?

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Éric Dupin : Ils ne sont pas très nombreux. Quand j’avais enquêté pour La France identitaire, ils annonçaient 2 500 adhérents. En réalité, ils étaient sûrement moins nombreux. De plus, il s’agissait de l’ensemble des militants de tous les pays. Je pense qu’ils sont à peu près un millier d’adhérents en France. Ce faible nombre est compensé par un activisme fort et par une exploitation et une manipulation, il faut bien le dire, des médias. Ils ont un talent assez avéré pour lancer des opérations qui ont un fort retentissement.

Quelle est leur matrice idéologique ? Et comment ils se forment ?

C’est un groupe clairement issu de l’extrême droite la plus radicale. Génération identitaire a pris la suite des Jeunesses identitaires, de Philippe Vardon. Ce dernier est aujourd’hui engagé au FN. Les Jeunesses identitaires étaient elles-mêmes considérées comme la résurgence d’Unité radicale, groupe d’ultra-droite encore plus radical. Le groupuscule avait alors été dissout, lorsque l’un de ses membres avait essayé de tuer Jacques Chirac [Maxime Brunerie en juillet 2002 – NDLR]. Génération identitaire fait donc maintenant bien attention à ne pas basculer dans des actions illégales, violentes ou terroristes. Leurs opérations sont donc borderline : elles doivent être spectaculaires sans pour autant provoquer de répression à leur égard.

Nous avons vu des Autrichiens, des Danois ou des Allemands participer à l’opération de ce 21 avril. GI est pro-européen et pas réellement nationaliste. Cette action marque-t-elle l’avènement d’une Internationale européenne identitaire ?

Il est certain que GI n’est pas un groupe nationaliste. Il s’oppose en cela à plusieurs groupes d’extrême droite, dont la direction du FN et Marine Le Pen. Les militants donnent la priorité à la civilisation européenne, avec un sous-entendu racialiste évident : ils défendent une Europe blanche, qui serait menacée par l’immigration de masse. Ils sont très désireux d’inscrire leur mouvement dans un mouvement international et européen. GI essaie alors d’avoir des antennes importantes en Italie ou en Europe de l’Est. Viktor Orbán est un de leur héros, comme, dans une moindre mesure, Donald Trump. C’est à cause de ce tropisme européen que leur slogan lors de leurs dernières opérations en Méditerranée et dans les Alpes était « Défends l’Europe ! » et non pas « Défends la France ! »

Quels sont les liens avec le FN ? Ont-ils un coup à jouer avec le départ de Philippot ?

Les militants de GI sont très clairement présents au sein du FN. C’est une organisation de jeunesse et à partir de 35 ans, les militants doivent faire autre chose. Lorsqu’ils ont acquis une certaine formation et une certaine expérience, ils se réinvestissent dans le parti de Marine Le Pen. Beaucoup rejoignent l’entourage d’élus, soit comme c’est parfois le cas dans le sud de la France, en devenant élus eux-mêmes. C’est le cas de Philippe Vardon, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, aux côtés de Marion Maréchal-Le Pen. Cette dernière était leur championne. Elle le reste d’ailleurs. Car c’est la dirigeante frontiste qui reprend le plus explicitement les thèmes identitaires, comme la référence au « Grand remplacement » de Renaud Camus. Depuis sa mise en retrait, ces militants identitaires ont perdu leur diva. Mais en même temps, ils ont plus d’influence au FN qu’avant, en raison, en effet, du départ de Florian Philippot, qui était leur bête noir, car à la tête du courant « national-républicain ».

Marion Maréchal-Le Pen s’associe à d’autres personnes pour créer une académie en sciences politiques. Celle-ci pourrait-elle être une académie de formation de jeunes de GI ?

Oui sans doute, dans la mesure où ce groupe militant accorde beaucoup d’importance à la formation intellectuelle. Ils ont eux-mêmes des universités d’été tous les ans. Ils sont aussi en lien avec l’Institut Iliade de Jean-Yves Le Gallou. Leur objectif est de former une génération de cadres, avec une certaine cohérence théorique. Au sein d’un FN qui manque de cadres, ils désirent prendre rapidement des places importantes. L’académie de Marion Maréchal-Le Pen sera un nouvel outil dans ce sens. GI ne fait pas que de l’agit-prop. Les militants accordent une grande importance à la métapolitique. Ils espèrent pénétrer la société par une activité culturelle et idéologique intense. C’est la raison pour laquelle ils sont aussi présents sur internet et les réseaux sociaux.

Par ce genre d’opération de communication, pensez-vous que GI puisse marquer l’opinion publique et influer sur la politique migratoire ?

Influer sur la politique migratoire, je ne sais pas. Autre chose est néanmoins certain. Leurs actions n’ont aucune efficacité concrète. Par exemple, dans les Alpes, leurs « gesticulations », selon le terme bien trouvé de Gérard Collomb, n’a empêché aucun migrant de rentrer. Alors que l’extrême gauche dans le même week-end a permis, en bousculant un cordon de forces de de l’ordre, de faire entrer entre une trentaine et une cinquantaine de migrants illégalement. Leurs actions n’ont aucune efficacité concrète. Mais la majorité des Français semble trouver moins scandaleux d’empêcher des migrants d’entrer illégalement que l’inverse.

La loi asile-immigration vient d’être votée à l’Assemblée nationale. Dans votre livre, vous montrez que la question de l’identité traverse maintenant tout le champ politique, de gauche comme de droite. Ce vote est-il une illustration ?

Oui. En même temps, nous avons bien vu que sur ce sujet le clivage gauche-droite revient même là où on s’y attendrait le moins, puisqu’En Marche est un mouvement politique qui prétend se situer en dehors et à cheval de celui-ci. Il y a encore des réflexes politiques très sommaires sur cette question. Pourtant, c’est en regardant la réalité en face qu’on pourra faire reculer l’extrême droite. Il faut traiter ces questions sans les œillères et réflexes classiques.

Crédit photo : Capture d’écran Twitter/ 

 

 

 

 

 

 

1 Comment

  1. Issoumissou

    D’où vient ce pognon ? Des dizaines de milliers d’€ dépensés en une demi journée… De quelle caisse ça sort ?

    Réponse Signaler un abus

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