Comptes de campagne de la présidentielle de 2017 : et si on comparait ?

Comptes de campagne de la présidentielle de 2017 : et si on comparait ?

Les comptes de campagne de la dernière élection présidentielle n’ont pas fini de faire parler d’eux. Nous vous proposons un bilan détaillé.

Polémiques et éclats de voix. La publication et la validation des comptes de campagne des candidats de la dernière élection présidentielle en France ont donné lieu à des fuites, à des révélations médiatiques et à un feuilleton judiciaire qui se poursuivra encore longtemps. Mais l’amas de données rendues publiques par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) ne constitue pas uniquement une mine dont on peut extraire diverses preuves de malversations. C’est également un révélateur des choix de dépenses électorales des candidats les plus importants, lesquels témoignent souvent de leurs imaginaires politique, de leurs prismes idéologiques voire de leurs rapports aux fonds publics – car une partie importante de ces frais de campagne est remboursée par l’Etat, donc par le contribuable. Le choix du Média a été de prendre le temps de comparer certains des postes de dépenses d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen, de François Fillon, de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon. Et les constats qui en découlent ne sont pas, loin de là, sans intérêt…

Jean-Luc Mélenchon, tout dans les meetings…

 

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Le candidat de la France insoumise a consacré 56% de son budget de campagne aux “réunions publiques”, en réalité des giga-meetings auxquels ont souvent participé des dizaines de milliers de sympathisants portant drapeau bleu blanc rouge comme celui sur le vieux port de Marseille, le 9 avril 2017, et bien entendu le double meeting de Paris et de Lyon mettant en scène un hologramme du “tribun” s’adressant au “peuple” dans une scénographie bien rodée. Ces meetings monstres, retransmis en direct sur les réseaux sociaux, ont demandé une logistique à la mesure de leur ampleur et de leur place dans le dispositif du candidat. Bien qu’ayant lancé sa campagne beaucoup plus tard, Benoît Hamon a au final dépensé presque autant que Jean-Luc Mélenchon dans les réunions publiques, même s’il ne s’agit, en termes de proportion, que de 40,53% de son budget. Malgré sa présence au second tour, Emmanuel Macron n’arrive qu’en troisième position, devant Marine Le Pen et François Fillon. Troisième position, vraiment ? Forcément, se pose la question des généreuses ristournes dont il a profité de la part de nombreux prestataires, notamment GL Events, au détriment d’autres candidats… Il faut dire que la CNCCFP a rouspété sur un certain nombre de points, dans le cadre de ce que l’on nomme la procédure contradictoire. « Une réunion publique de soutien à votre candidature a (…) été organisée à Dijon le 2 mai 2017 par le Parti socialiste, en présence de plusieurs membres du gouvernement sortant. Aucune dépense n’a été identifiée dans votre compte de campagne au titre de cette réunion publique ». Il est aussi question de la “non-imputation” d’une réunion de soutien à la candidature Macron organisée le 5 mai 2017 à la Maison de la Chimie.

Macron et Hamon, rois de la “propagande imprimée”

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On le dit mort, mais le papier résiste encore. Et il coûte cher. Certains candidats n’ont pas chipoté pour payer les frais d’impression et de distribution des tracts et affiches de campagne. Les dépenses de Benoît Hamon sont, à cet égard, juste un peu plus faibles que celles d’Emmanuel Macron qui est tout de même arrivé au second tour – il faut dire que Hamon a fait appel à des entreprises spécialisées suppléant des bénévoles introuvables, alors que de nombreuses sections du Parti socialiste se refusaient à soutenir de manière active sa candidature. Au final, le candidat du PS aura dépensé, dans le cadre de ce que l’on pourrait considérer comme “la campagne old school” trois fois plus que Marine Le Pen, deux fois que Jean-Luc Mélenchon et sensiblement plus que François Fillon.

Emmanuel Macron, roi des sondages

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Très loin devant ses adversaires de l’époque, Emmanuel Macron – qui a finalement gagné la partie – a investi massivement dans les sondages et autres enquêtes d’opinion. Il a été généreux avec la plupart des gros instituts (Ipsos, TNS, Ifop, Elabe, Viavoice, etc…). A tel point la CNCCFP a refusé de rembourser le prix de certaines études, dont l’utilité n’aurait pas été directement électorale. En outre, certains documents rendus publics par la CNCCFP indiquent que les équipes d’Emmanuel Macron se sont inspirés d’études de type “nudge”, qui se fondent sur “les sciences comportementales”, en partant du principe que « nous ne sommes pas des agents rationnels qui maximisons l’utilité ». Il faut donc identifier « les forces implicites et les biais qui influencent nos comportements et décisions quotidiennes ». Bref, il faut s’adresser à l’inconscient des électeurs…

François Fillon et Benoît Hamon ont eu une attitude “classique” vis-à-vis des sondages, qu’ils ont commandé aux instituts ayant pignon sur rue, certes avec moins de gourmandise. Marine Le Pen, qui n’est pas vraiment en odeur de sainteté auprès des instituts faisant autorité, a quant à elle “cadeauté” de près de 190 000 euros un sondeur indépendant, Christophe Gervasi, spécialisé dans les études qualitatives. Un pactole considérable pour une toute petite structure… De manière assez radicale, Jean-Luc Mélenchon a quant à lui fait le choix de ne pas « nourrir » du tout les instituts de sondage…

Marine Le Pen, une stratégie numérique – et clivante !

 

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La campagne présidentielle de 2017 aura permis de constater qu’en matière de communication sur Internet et les réseaux sociaux, l’argent ne fait pas tout. Certes, selon de nombreux spécialistes, Marine Le Pen, championne toutes catégories de la dépense numérique, a bénéficié d’un large retour sur investissement. De fait, la candidate de ce qui était alors le Front national s’est largement appuyée sur une petite agence digitale aux concepts offensifs voire agressifs dénommée E-politic, liée selon plusieurs sources à un proche de Marine Le Pen, Frédéric Châtillon. D’un autre côté, Jean-Luc Mélenchon, qui a été le moins “dépensier” – au regard de ce qui concerne Internet et les réseaux sociaux – a fait une campagne numérique unanimement remarquée, et appréciée.

Cela dit, pour avoir une idée plus nette des investissements relatifs aux réseaux sociaux, il faut aussi prendre en compte les dépenses consacrées à la “propagande audiovisuelle”, dans la mesure où les productions vidéo des candidats animent leurs comptes sur les réseaux sociaux. Par exemple, les vidéos très offensives de la campagne Le Pen, notamment sur le “vrai Fillon”, ont été uniquement diffusées sur Internet. Il est piquant de noter qu’alors que le président Macron veut à l’avenir, « limiter les montants » consacrés aux contenus sponsorisés sur Facebook, le candidat Macron a acheté de la visibilité sur le réseau social jusqu’au dernier jour du mois de septembre 2016, c’est-à-dire la limite ultime après laquelle de tels investissements contrevenaient au Code électoral.

Emmanuel Macron a également abondamment scanné les réseaux sociaux avec l’aide de l’agence Linkfluence (qui a publié, sans déclarer son conflit d’intérêts, un “dataportrait” flatteur pour lui en mars 2017. François Fillon a choisi – toujours pour prendre le pouls de la France qui “poste” et “twitte” – la plateforme Wizr, de l’entreprise Vigiglobe.

SMS pour presque tout le monde… et messages vocaux pour Emmanuel Macron

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La polémique a fait son temps mais s’est peu à peu éteinte. En envoyant à 6 millions d’électeurs putatifs des messages vocaux appelant à voter pour lui trois jours avant le début du premier tour, le candidat Emmanuel Macron a-t-il violé la loi ? En tout cas, la société Self Contact, qui lui a concédé une ristourne de près de 25%, et s’est vue interpeller par la Commission, chouchoutait un candidat accro à ce que l’on appelle en anglais une “low tech”, une technologie basique : le téléphone. S’il a été le seul à oser une diffusion aussi massive de messages vocaux, Macron a eu – comme tous les autres candidats – aux SMS pour mobiliser ses sympathisants. Au final, il a dépensé près de 400.000 euros. François Fillon, qui a ciblé de manière quasi-structurelle un électorat retraité, a lui aussi beaucoup utilisé la “promotion téléphonique”. Si Marine Le Pen et Benoît Hamon ont moins investi ce “champ”, Jean-Luc Mélenchon l’a complètement ignoré.

Conseils en communication et masse salariale : Fillon et Marine Le Pen en tête

 

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En matière de conseils en communication, François Fillon – qui a fait appel à des experts en communication de crise, notamment l’influente Anne Méaux d’Image 7, face à “l’affaire Pénélope” – a été de loin le plus dépensier. Il est suivi par Jean-Luc Mélenchon, lequel a sous-traité à l’agence Mediascop de Sophia Chikirou [ndlr : Sophia Chikirou est cofondatrice du Média, et n’y occupe plus de fonctions exécutives] de nombreuses missions, dont le montant a été en partie contesté par la CNCCFP et est “vérifié” par une enquête diligentée par le parquet de Paris. Jean-Luc Mélenchon est par ailleurs celui qui a le moins dépensé au titre de la masse salariale globale : presque dix fois moins que Marine Le Pen, la plus “généreuse” vis-à-vis de ses équipes, suivie de près par Emmanuel Macron, Benoît Hamon et François Fillon.

Locaux de campagne : Fillon ne s’est rien refusé

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Quand on choisit de s’installer dans un local de 250 mètres carrés boulevard Saint-Germain, dans le VIIe arrondissement de Paris, puis dans un quartier général de 2500 mètres carrés sur trois étages porte de Versailles, cela a un coût. Et ce n’est pas François Fillon qui le démentira, lui qui a consacré plus d’un million d’euros au chapitre “permanences et locaux”. Il est suivi par Benoît Hamon (plus de 600.000 euros), et aura finalement consacré à l’immobilier de campagne trois fois plus qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et quatre fois plus que Jean-Luc Mélenchon.

Théophile Kouamouo et Rémi-Kenzo Pages (avec Reda Settar)

Illustrations : Jacques Muller

Photo de une : Débat Marine Le Pen vs Emmanuel Macron / YouTube de France info

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