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Au Front National, la nuit des longs couteaux a commencé

Au Front National, la nuit des longs couteaux a commencé

“On est jamais si bien trahis que par les siens” : nul n’ignore la maxime au sein de la famille Le Pen. Alors que la présidente du parti Marine Le Pen prépare laborieusement pour ce mois de mars le prochain congrès du Front national, elle essuie camouflets et affronts les uns après les autres. Et comme souvent depuis dans la galaxie frontistes, les pires coups bas sont portés par ceux qui furent les plus proches. Ceux, de son sang ou non, qui l’ont auparavant soutenue et portée jusqu’au seuil du pouvoir.

Le coup de poignard de la nièce

La balafre la plus cinglante lui est infligée de manière indirecte ce jeudi par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen. Retirée de la politique au lendemain de la campagne catastrophique du second tour de la présidentielle, l’ancienne députée du Vaucluse avait promis de se tenir loin de la politique, pour prendre de la hauteur. Invitée aux Etats-Unis, où sa tante avait essayé en vain de décrocher une poignée de main avec Donald Trump en janvier, Marion Maréchal-Le Pen est invitée à prendre la parole à l’occasion de la CPAC (Conservative Political Action Conference), le rassemblement annuel des conservateurs américains de tous poils.

Cette intervention intervient peu après celle du vice-président américain Mike Pence, et surtout avant celle du président Donald Trump. De quoi reconstituer à l‘évidence un fort capital de légitimité dans la sphère réactionnaire, au moment où chacun s’interroge sur la capacité de Marine Le Pen à restaurer une image largement dégradée par la défaite et les déboires qui ont suivi. Et comme pour enfoncer le clou en lançant sa tante étouffer dans le marigot de son congrès difficile, Marion Maréchal-Le Pen livre également ce jeudi dans le magazine Valeurs Actuelles, une interview, où elle marque son recul face à la petite cuisine partisane. Officiellement la tante et la nièce se seraient entendues sur cette sortie du bois qui ne dit pas son nom. En pratique l’effet de contraste est cruel pour la première.

Les camouflets de l’ex-bras droit

«J’ai décidé de m’associer à la création d’une académie de sciences politiques, à côté d’autres activités professionnelles. L’école que j’accompagne est libre et indépendante. Il ne s’agit pas d’un projet partisan», annonce la petite fille de Jean-Marie Le Pen, n’hésitant pas à convoquer pour l’occasion la mémoire du théoricien marxiste Antonio Gramsci. Derrière cette académie qui doit s’implanter à Lyon, figure bien sûr «un projet politique».«Nous souhaitons être le terreau dans lequel tous les courants de la droite pourront se retrouver et s’épanouir», explique Marion Maréchal-Le Pen. Ces courants de la droite nationaliste et conservatrice que ne parvient justement pas à unifier sa tante, désormais assaillie sur tous les flancs par Laurent Wauquiez et Florian Philippot, notamment.

Florian Philippot, à qui l’on prédisait au FN une disparition rapide et indolore, a commencé la semaine par un petit sacre à la tête de sa formation, les Patriotes, à Arras, dans la circonscription de Marine Le Pen, justement. Et plus que l’Europe, l’immigration ou la mondialisation, la fille de Jean-Marie Le Pen apparaît comme son adversaire désigné. De quoi embourber les forces vives frontistes dans d’épuisants duels sur les réseaux sociaux, qui perturbent la préparation sereine du congrès des 10 et 11 mars prochains.

La dernière charge du patriarche

Une sérénité qu’à de toute façons promis de mettre à mal Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN et toujours président d’honneur, bien que exclu du parti. Interdit de séjour au congrès, l’octogénaire promet de forcer la grille et menace de “bagarres de rues” si on lui barrait la route. Son entourage affiche le soutien musclé de “centaines de bikers bretons” prêts à faire le coup de poing, si nécessaire. Pour ne rien arranger, le patriarche a pris soin de faire fuiter dans la presse les bonnes feuilles de ses mémoires. Un texte aux accents de règlement de comptes politico-familial avec sa fille, qu’il n’hésite pas à humilier.

«Marine vient de subir une présidentielle et des législatives décevantes. Philippot et les siens l’ont quittée, elle peine à faire sa rentrée. Le prochain congrès du FN s’annonce houleux. Elle est assez punie comme cela pour qu’on ne l’accable pas. Un sentiment me domine quand j’y pense : j’ai pitié d’elle», écrit-il. Et Jean-Marie Le Pen de se fendre d’une nouvelle apologie du pétainisme, comme pour contester à nouveau les motifs de son exclusion en 2015… Et enchaîner au passage le patronyme commun aux spectres nostalgiques de l’extrême droite, que “la dédiabolisation” n’a toujours pas exorcisés. Chaque fois qu’un Le Pen invoquera le tabou des “heures sombres”, la présidente du FN devra s’en justifier. Le vieil homme l’a bien compris et se délecte à remuer le couteau dans les plaies de sa filles.

Seule consolation pour Marine Le Pen : sa tourmente croise celle de l’un de ses concurrents déclarés, Laurent Wauquiez. Lui-même se trouve fragilisé par les révélations de ses propos injurieux, à l’encontre notamment de sa propre famille politique. De quoi aggraver encore la fracturation d’une droite bientôt exsangue de toutes ses figures modérées… Et ravir la majorité LREM qui n’a plus qu’à tendre la main aux électeurs orphelins. En attendant, à l’Elysée, on compte les points et on tire les marrons du feu.

Crédit (cc) Rémi Noyon/flickr

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