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A Bayonne, régionalistes et autonomistes tirent les leçons du moment politique

A Bayonne, régionalistes et autonomistes tirent les leçons du moment politique

Avec pour horizon les élections européennes de mai 2019, la fédération de partis Régions et Peuples Solidaires a tenu les 23, 24 et 25 août derniers son université d’été à Bayonne. L’occasion d’analyser les récents soubresauts nationaux en Europe et d’affiner les options politiques des autonomistes.

Avec quatre députés victorieux lors des dernières élections législatives, la fédération Régions et Peuples Solidaires (R&PS) – créée en novembre 1995 et constituée de régionalistes et autonomistes basques, corses, bretons, catalans, occitans, alsaciens, savoyards ou encore mosellans – semble avoir franchi une nouvelle étape politique. Cantonnée jusque-là à des scores résiduels, l’organisation bénéficie du succès des nationalistes corses, arrivés aux responsabilités sur l’île en 2015, et reconduits en décembre dernier. Les insulaires Jean-Félix Acquaviva, Michel Castellani, Paul-André Colombani et le Breton Paul Molac entendent ainsi représenter la voix des territoires sur les bancs du Palais Bourbon. Réunis en congrès à Bayonne, les participants ont confirmé la présence de R&PS lors des prochaines élections européennes, afin de « défendre une autre vision, qui permette de dépasser l’Europe des États, et d’approfondir la construction de l’Union dans le respect de la diversité des territoires, des peuples et de leurs langues ».

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Les représentants des organisations de la fédération Régions et Peuples Solidaires

Déçus par la première année d’exercice d’Emmanuel Macron, qui avait pourtant évoqué un « pacte girondin » pour les territoires durant la campagne, les représentants de R&PS ont décrié une « recentralisation à marche forcée » et une « personnalisation du pouvoir ». Les autonomistes sont actuellement en négociation avec EELV, leur partenaire habituel, pour la constitution des candidatures. C’est en effet dans le cadre d’une alliance écologistes/régionalistes que le corse François Alfonsi, militant du Parti de la Nation Corse – l’une des deux composantes de l’alliance Femu a Corsica – avait pu accéder au Parlement Européen, de 2009 à 2014. Les dissensions internes aux écologistes, désunis sur l’opportunité d’une alliance avec le mouvement Génération-s, rendent cependant les conjectures pour le moins incertaines. Le chef de file des autonomistes, issu du mouvement Femu a Corsica, sera désigné fin octobre. Les membres de R&PS entendent toutefois ouvrir le champ des discussions et prendre « l’initiative […] d’un large dialogue, avec l’ensemble des formations et personnalités politiques qui partagent la volonté d’approfondir la construction européenne et sa démocratisation, notamment en prenant en compte le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, […], qui s’opposent au néolibéralisme actuel ; qui promeuvent un véritable développement durable, respectueux des territoires et de l’environnement ».

Lors de l’ouverture de l’Université d’été, l’ancien eurodéputé corse François Alfonsi – président de l’Alliance Libre Européenne (ALE), coalition européenne des régionalistes – a tenu à rendre hommage aux élus catalans Oriol Junqueras, Raul Romeva et Carme Forcadell, actuellement emprisonnés en Espagne pour leur participation au référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017. Durant trois jours, les enjeux de la démobilisation de l’organisation indépendantiste armée ETA, l’analyse de la séquence politique corse et les soubresauts de la réforme constitutionnelle étaient au cœur des débats.

Pays Basque, le chemin de la paix

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François Alfonsi, ancien député européen ; Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne et président de la CAPB, Jean-Noël « Txetx » Etcheverry, militant altermondialiste et Xabi Larralde, porte-parole de l’organisation de gauche abertzale Sortu

La première conférence était ainsi consacrée à l’avenir institutionnel du Pays Basque, dans le contexte immédiat de la dissolution d’ETA, survenue le 3 mai dernier. Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx, a livré un témoignage important sur les avancées récentes qui ont conduit à la démobilisation de l’organisation indépendantiste armée (lire notre article : « Au Pays Basque, les défis de l’après-ETA »). Membre du collectif des « artisans de la paix », constitué de cinq acteurs de la société civile du Pays Basque Nord désireux de mettre fin au cycle de violences, il a rappelé que ceux-ci étaient « profondément engagés dans la non-violence et opposés à la stratégie d’ETA ». En décembre 2016, le groupe des 5 entreprend de démilitariser une partie de l’arsenal que l’organisation leur a remis, en guise de protestation contre l’attentisme des gouvernements. « L’État espagnol avait envie de maintenir artificiellement une situation de confrontation […], de focalisation sur des logiques répressives », souligne le militant de l’organisation écologiste et altermondialiste Bizi. Les forces de police françaises, regroupées près de la ferme de Louhossoa, située à 30 kilomètres de la sous-préfecture de Bayonne, interpellent les cinq « artisans de la paix », mais l’initiative de Bruno Le Roux, alors ministre de l’Intérieur, se heurte à de nombreuses critiques. Ils seront relâchés sous contrôle judiciaire quelques jours plus tard. Après s’être félicité de la fin du conflit armé en Pays basque, Jean-Noël Etcheverry a plaidé pour « une paix durable, juste et globale », pour que « les armes laissent définitivement place à la parole et à la construction démocratique ». Il a ainsi vanté la transversalité des mobilisations politiques au Pays basque Nord, notamment dans la défense de l’environnement, en affirmant que « les enjeux à grande échelle sont beaucoup mieux défendus aux petites échelles », et a mis en garde contre une « globalisation qui détruit les États-providence ».

Le cas du maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray, est illustratif d’un volontarisme transpartisan qui a permis d’avancer vers la fin du conflit armé. Cet ancien avocat, affilié à l’UDI, a tenté d’analyser le soutien de plusieurs élus basques de bords politiques divers à l’actions des « artisans de la paix », non sans risques : « voilà comment la légitimité d’une demande de territoire peut rejoindre la légalité républicaine », a-t-il expliqué. Pour autant, le président de la jeune Communauté d’agglomération Pays basque, créée le 1er janvier 2017 et saluée comme une avancée institutionnelle de taille, a tenu à signaler que « la question des prisonniers et celle des victimes n’est pas réglée. Nous ne sommes pas en paix. Nous sommes dans la voix de la paix ». Jean-René Etchegaray a regretté la timidité du gouvernement de la communauté autonome d’Euskadi, sous administration espagnole, tout en saluant l’ouverture à la discussion du Premier ministre français, Édouard Philippe.

Enfin, Xabi Larralde, porte-parole de Sortu – organisation indépendantiste et anticapitaliste, héritière de l’ancien Batasuna, parti illégalisé par le gouvernement espagnol qui le considérait comme une vitrine politique de l’ETA –, a tiré les leçons de la démobilisation de l’organisation. « On donne l’opportunité à une nouvelle génération de ne pas avoir à prendre les armes pour défendre ce qu’elle considère comme les droits légitimes du peuple basque », a relevé l’enseignant, avant de proposer ce qu’il qualifie de « pari pascalien », après la période sombre qu’a vécu le Pays basque : « oui, il peut exister un débouché démocratique à nos luttes ». Il a toutefois déploré l’effet délétère que pourrait avoir la lourde condamnation, par la justice espagnole (entre 9 et 13 ans de prison ferme), de huit jeunes adultes de la localité basque d’Alsasua impliqués dans une bagarre avec des policiers en civil. Condamnant la « dégénérescence démocratique » de l’Europe, sous la coupe d’un « quarteron de technocrates », il a expliqué que « l’offensive du néolibéralisme » appelait à un « processus de recentralisation. Il faut que les États centraux remettent la main sur leurs finances publiques ». Interrogé par Le Média sur l’opportunité d’une nouvelle organisation communautaire, il soutient qu’une « autre Europe est possible. Elle suppose un principe d’organisation confédéral, dans lequel chaque partenaire est effectivement souverain. Où les décisions sont prises dans le registre de la négociation politique, en désactivant, par exemple, des pans de la libéralisation financière, en se réappropriant la décision souveraine sur la gestion des crédits, en pouvant légiférer pour encadrer des pratiques entrepreneuriales, commerciales, financières qui sont inacceptables ». Le militant de la gauche abertzale veut croire à la possibilité d’alliances : « si on est d’accord sur une Europe démocratique, confédérale, ouverte aux problématiques du Monde, qu’elles soient écologiques, sociales, migratoires… Et qui, dans cette conception démocratique, prône le droit à l’autodétermination, pour moi il n’y aucun problème, les alliances sont multiples et diverses ».

Corse : les leçons du bras de fer constitutionnel

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Affiche de l’université de Régions et Peuples Solidaires

Lors d’une conférence consacrée à la réforme constitutionnelle, la juriste Wanda Mastor a proposé une analyse de la question des territoires au sein du projet de loi porté par le gouvernement – dont l’adoption pourrait être soit retardée, soit compromise par les soubresauts de l’affaire Benalla. La constitutionnaliste, auteure d’un rapport consacré à l’entrée de la Corse dans la Constitution à l’invitation du président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a critiqué un « projet de loi incohérent » (lire notre article : « En Corse, les espoirs déçus des nationalistes »). « Depuis les élections territoriales de décembre 2017, [les revendications nationalistes] ne sont plus exprimées que par une minorité agissante, voire violente ; elles le sont par une majorité pacifiste votante. Il s’agit d’un fait démocratique que personne ne saurait contester », a-t-elle affirmé, tout en expliquant que divers exemples, au sein de l’Union européenne, attestent que « l’autonomie est non seulement possible, mais extrêmement efficace au sein de Républiques également qualifiées par leurs Constitutions d’indivisibles ».

De son côté, le député Jean-Félix Acquaviva – l’un des quatre parlementaires rattachés financièrement à Régions et Peuples Solidaires et membre de la coalition Pè a Corsica, portée par Gilles Simeoni – est revenu sur les étapes de la négociation constitutionnelle avec l’exécutif : « ce cycle de réunions a été un jeu de dupes ». La visite en Corse d’Emmanuel Macron, les 6 et 7 février derniers, relève pour le parlementaire d’une « véritable catastrophe politique ». Jean-Félix Acquaviva a également dévoilé les coulisses du travail de conviction des députés nationalistes à l’Assemblée : convaincu que « la Corse ne peut plus parler que de son cas propre », il a évoqué l’idée, pour les élections européennes, d’aller chercher des alliés « au-delà des sphères des partenariats traditionnels » : « on piétine tellement les territoires qu’on va finir par avoir des alliés », a-t-il avancé. A l’Assemblée, des discussions sont d’ailleurs en cours avec certains élus d’outre-mer pour la constitution d’un groupe commun.

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Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif de Corse et chef de file de la coalition nationale Pè a Corsica

Enfin, le président du Conseil Exécutif de Corse, Gilles Simeoni, présent parmi l’auditoire, est intervenu au cours du débat sur le processus de paix au Pays basque pour exhorter les États français et espagnol à s’engager dans la résolution du conflit : « il ne peut y avoir de paix durable sans volonté partagée de paix ». Il a invité les différents mouvements autonomistes à éviter le « piège mortel d’un face à face mortifère avec un État qui ne veut pas bouger d’un iota », que ce soit en Corse, au Pays basque ou en Catalogne. A contre-pied de la montée des nationalismes exclusifs en Europe, il a assuré que la dynamique corse était « tout sauf un repli ». « Que pouvons-nous apporter collectivement à l’Europe qui est en train de se construire ? », a-t-il demandé, tout en admettant se sentir « très éloigné du modèle européen tel qu’il fonctionne actuellement ».

Légende : Wanda Mastor, professeure de droit constitutionnel ; Jean-Félix Acquaviva, député Pè a Corsica et Paul Molac, député breton, proche de l’Union Démocratique Bretonne

Crédits : Téo Cazenaves pour Le Média

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