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Macron et sa « société du 10 décembre »…

Macron et sa « société du 10 décembre »…

Lorsque les grands événements se répètent la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce

Dans le Le 18 brumaire de L. Bonaparte, Marx indique, avec un sens de la formule qui a permis de traverser les siècles:

« Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle » .

Tout en nous gardant, à l’image de certains épigones de Marx, de chercher de façon dogmatique une vérité absolue dans des formules qui sonnent bien, nous pouvons constater que « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » trouve un vaste champ d’application sous nos yeux.

Ne pourrait-on en effet, par bien des aspects, évoquer par exemple Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, le neveu par lequel Marx termine sa liste? N’est-ce pas dans cette lignée que le pouvoir actuel avance inlassablement, reproduisant sous la forme d’une farce – farce elle-même tragique par bien des aspects – des mesures politiques et un mode de domination qui rappellent le bonapartisme?

Emmanuel Macron, son gouvernement, sa majorité rejouent sans fard ni retenue l’autoritarisme, le mépris, la violence qu’ont toujours fait peser sur la collectivité les pouvoirs installés à la tête de la 5ème République, pouvoirs bonapartistes cherchant perpétuellement les mêmes recettes à travers les temps.

Le régime actuel, sous couvert de modernisme alimenté comme un mantra satanique par la presse mainstream unanime, ne fait en réalité que répéter à sa manière les tares du passé.

La farce?

« La réforme institutionnelle de 2018 pour la constitution de 1958 », pourrait-on ajouter à la liste dressée par Marx.

Les mesures annoncées ne chambouleront rien de la 5ème République. La réduction du nombre de députés et sénateurs, mesure populaire à la mesure du rejet que suscite le monde politique et qui est perceptible dans le taux d’abstention qui marque chaque élection, ne changera strictement rien au pouvoir, sinon en concentrant un peu plus celui dont bénéficie le petit Bonaparte Macron à la tête de l’Etat. La dose de 15% d’élus désignés à la proportionnelle pourra sans doute satisfaire les prétendants au strapontin électoral, mais ne modifiera strictement rien non plus à la logique du scrutin majoritaire. Comme la limite du cumul des mandats dans le temps à trois, là encore mesure populaire dans l’opinion, ne changera rien à l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir risque de devoir politiquement passer par voie référendaire pour tenter de trouver une légitimation de toute sa politique qui ne cesse aujourd’hui de créer remous sur remous. C’est donc dans ce but que le leurre institutionnel est mis en avant, pour tenter d’amadouer une opinion publique qui sur le fond rejette une politique de casse généralisée, de l’emploi, des SP, des salaires, etc…

La farce?

C’est sans doute dans l’exercice du pouvoir même que l’analogie est la plus criante. Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, son entourage pour la société du 10 décembre. Car sur quoi repose donc la majorité actuelle. L’exercice du pouvoir le démontre chaque jour, et l’apparition des jeunes macronistes dans les médias à l’occasion de la grève des cheminots a quelque chose de pathétique.

Le pouvoir repose d’abord sur une poignée de décideurs, la garde rapprochée du président qui fixe la feuille de route en relation avec l’union européenne. Ce sont eux qui ont nourri la « jeune pousse » pour lui permettre d’accéder au pouvoir. Les Jouyet, les Attali, les amis de la banque, les relations entretenues dans les cabinets ministériels comme dans les bureaux d’affaire, de Hollande à Rothschild…

Le pouvoir repose ensuite sur cette catégorie de « traitres » issus des deux bords qui offrent leur expérience à un régime qui assure leur survie. Un régime qui peut donc tout attendre d’eux, sans état d’âme. La liste est longue et en dresser un inventaire exhaustif serait peine perdue. Il y a les Collomb, les Le Drian, les Ferrand, les Castaner, les Caresche, les Delanoë, ou encore les Valls et les autres, tous ces anciens caciques du PS qui ont fait Macron tout en détruisant le parti socialiste. Il y a aussi les Hue, les De Rugy, les Pompili, ou encore les Cohn-Bendit… Et en écho les rescapés de la débâcle Fillon qui hier n’avaient de mots assez durs pour leur patron d’aujourd’hui, les Edouard Philippe, les Darmanin, ou autres Le Maire… Autant de traitres serviles par nature, par définition…

Le pouvoir repose enfin sur cette bande d’arrivistes issue du monde des affaires, jeunes chefs d’entreprise, jeunes DRH, jeunes aux dents longues dont la qualité première réside dans la capacité à applaudir à tout rompre la parole de leurs mentors. Ils donnent le spectacle exact de ce qu’ils représentent dans les travées de l’Assemblée Nationale, ne comprenant d’ailleurs rien aux écarts involontaires de tel ou tel ministre qu’ils acclament toujours sans état d’âme, sans réflexion, sans recul. Ainsi lorsque Christophe Castaner indique que « certains sans abris » sont à la rue car « ils refusent d’être logés », bref parce qu’ils le veulent bien. Ou lorsqu’un autre évoque « 50 SDF en Île-de-France », ni plus ni moins… Spectacle étonnant de voir comme un seul automate la troupe macronienne nourrir de salves d’applaudissement l’ignorance qui confine à la stupidité…

La mobilisation sociale est cruelle. Lorsque les nouveaux venus de la Macronie tentent de justifier la politique gouvernementale, ils se succèdent sur les plateaux de télévision complaisants, pour livrer des éléments de langage identiques, opérant par dénégation de façon plus grotesque les uns que les autres. Leurs propos « Nous ne voulons pas privatiser », « nous ne fermerons pas de lignes », « nous ne pensons qu’aux usagers », « nous voulons la qualité », etc… sonnent comme des aveux de culpabilité.

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Ratapoil, au centre du trio, pointant son gourdin vers le bas, tandis qu’à gauche, un militant à casquette hurle au nouveau membre la formule de son serment : « Je jure d’assommer tous les Parisiens qui ne crieront pas avec moi : vive l’empereur ! ». Les trois vont ensuite lever leur verre en répétant la formule.

« La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » ! Nous y sommes.

Car dans la rue, ce n’est pas vive l’empereur qu’on entend à la criée, pas « vive Macron » que scandent les milliers de cheminots, d’étudiants, de fonctionnaires, d’employés de Carrefour, et autres travailleurs, salariés, ouvriers, jeunes ou retraités…

Par Jacques Cotta
Animateur de Dans La Gueule du Loup
http://la-sociale.viabloga.com/ 

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