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Les centristes sont les plus hostiles à la démocratie, pas les extrémistes

Les centristes sont les plus hostiles à la démocratie, pas les extrémistes

Et si le plus réfractaire à la démocratie n’était ni l’extrême droite, ni l’extrême gauche, mais le centre ? C’est ce que révèlent les travaux de David Adler.

Les panneaux d’avertissement clignotent en rouge : la démocratie est menacée. En Europe et en Amérique du Nord, les candidats sont de plus en plus autoritaires, les systèmes de partis de plus en plus instables et les citoyens de plus en plus hostiles aux normes et aux institutions de la démocratie libérale.

Ces tendances ont suscité un débat majeur entre ceux qui considèrent le mécontentement politique comme étant d’origine économique, culturelle ou générationnelle. Mais toutes ces explications partagent un même postulat, selon lequel la menace viendrait des extrêmes politiques.

À droite, les ethno-nationalistes et les libertariens  sont accusés de soutenir des politiques fascistes ; à gauche, les radicaux des campus et le mouvement dit des « antifas » de trahir les principes libéraux. Dans l’ensemble, l’hypothèse est que les opinions radicales vont de pair avec le soutien à l’autoritarisme, tandis que la voix de la modération suggère une approche plus engagée dans un processus démocratique.

Peut-être pas. Mes recherches suggèrent qu’en Europe et en Amérique du Nord, les centristes sont les moins favorables à la démocratie, les moins attachés à ses institutions et les plus favorables à l’autoritarisme.

J’ai examiné les données de la plus récente Enquête Mondiale des Valeurs (World Values ​​Survey, 2010 à 2014) et European Values ​​Survey (2008), deux études parmi les plus exhaustives concernant l’opinion publique, menées dans plus de 100 pays. L’enquête demande aux personnes interrogées de se placer sur un spectre allant de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par le centre. J’ai ensuite pointé le soutien porté par chaque groupe aux principales institutions démocratiques. (Une copie de mon document de travail, avec une analyse plus détaillée des données de l’enquête, peut être trouvée ici : https://drive.google.com/file/d/1fOGwtRUF-y-98IcDs-3YYrtREl8GbaoH/view.)

Les centristes sont les plus sceptiques envers la démocratie

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Pourcentage de personnes affirmant que la démocratie est un « très bon » système politique

Les personnes interrogées se plaçant au centre du spectre politique sont les moins favorables à la démocratie, selon plusieurs critères d’évaluation, faisant référence à la démocratie comme « meilleur système politique », ou à la politique de façon plus générale. Dans tous les cas, les personnes au centre ont les opinions les plus critiques sur la démocratie.

Les centristes ont le moins tendance à soutenir la tenue d’élections libres et justes

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Pourcentage de personnes affirmant que le choix d’un dirigeant dans des élections libres est « une composante essentielle de la démocratie ».

Certaines des données les plus frappantes reflètent le point de vue des personnes interrogées sur les élections. Le taux de soutien à des élections « libres et équitables » chute chez les centristes, dans chaque pays de l’échantillon. L’amplitude de l’écart chez les centristes est frappante. Dans le cas des États-Unis, moins de la moitié des personnes au centre considèrent les élections comme essentielles.

Les centristes ont moins tendance à soutenir les institutions libérales

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Légende du graphique : Pourcentage de personnes affirmant que les droits civils protégeant la liberté individuelle de l’oppression étatique sont une « composante essentielle de la démocratie »

Bien sûr, le concept de « soutien à la démocratie » est quelque peu abstrait et les personnes interrogées peuvent interpréter la question de différentes façons. Qu’en est-il du soutien aux droits civils, si essentiel au maintien de l’ordre démocratique libéral ? Dans presque tous les cas, le soutien aux droits civils diminue au centre. Aux États-Unis, seulement 25% des centristes s’accordent à dire que les droits civils sont une caractéristique essentielle de la démocratie.

Les centristes sont les plus grands soutiens de l’autoritarisme

(Mis à part l’extrême droite)

 

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Pourcentage d’américains soutenant la notion de chef politique fort.

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Pourcentage de personnes affirmant qu’un dirigeant fort n’ayant pas à s’embarrasser d’une législature est « assez bon » ou « très bon ».

L’un des signes avant-coureurs les plus forts d’un danger pour la démocratie a été la montée de leaders populistes aux tendances autoritaires. Mais bien que ces chefs politiques aient gagné en popularité, il n’est pas certain que les citoyens soutiennent explicitement des modes de gouvernement plus autoritaires. J’ai trouvé, cependant, des preuves d’un soutien considérable au concept du « chef fort » qui ignore la législation de son pays, en particulier chez les centristes. Aux États-Unis, le soutien des centristes à un chef politique de type fort dépasse de loin celui de la droite et de la gauche.

Qu’est-ce que cela signifie ?

En Europe et en Amérique du Nord, le soutien à la démocratie est en déclin. Pour expliquer cette tendance, la sagesse conventionnelle pointe vers les extrêmes politiques. À la fois l’extrême gauche et l’extrême droite sont, selon ce point de vue, prêtes à contourner les institutions démocratiques pour parvenir à un changement radical. Les modérés, au contraire, sont censés défendre la démocratie libérale, ses principes et ses institutions.

Les chiffres indiquent que ce n’est pas le cas. Alors que les démocraties occidentales tombent dans le dysfonctionnement, aucun groupe n’est à l’abri de l’attrait de l’autoritarisme – et encore moins les centristes, qui semblent préférer un gouvernement fort et efficace à une politique démocratique désordonnée.

Dans le monde en développement, les hommes forts ont trouvé un soutien au centre : du Brésil et de l’Argentine à Singapour et l’Indonésie, les modérés de la classe moyenne ont encouragé les transitions autoritaires pour obtenir la stabilité et assurer la croissance. La même chose pourrait-elle se produire dans les démocraties établies comme celles de la Grande-Bretagne, de la France et des États-Unis ?

David Adler (@davidrkadler) est un chercheur en sciences politiques

Article initialement publié le 23 mai 2018 sur le New York Times

Merci aux Socios du groupe de traducteurs : 5nem, Antony, Antony, Kim, Marc Naura et Sylvain

Photo : Hillary et Bill Clinton, visage du centrisme américain

Crédits : U.S. Marine Corps Lance Cpl. Cristian L. Ricardo/ Wikimédia commons

3 Comments

  1. mahynah

    « David Adler est un chercheur en sciences politiques » : c’est un peu court, est-il chercheur dans une université, est-il prof ?

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  2. Arthur Jeannot

    Sur les graphiques, je fais une observation supplémentaire : si on regarde les pays, il y a plus de pays où la droite est tentée par l’autoritarisme que de pays où la gauche est tentée par l’autoritarisme (en nombre de personnes moyennes, l’écart se voit moins, quasi équivalent pour l’Europe).

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  3. Santiago

    « depuis quand les états unis sont le miroir du spectre politique Français ? »
    Comme c’est bien dit, Dommage que ce soit hors sujet,
    Pour ceux qui, comme vous, n’ont rien compris, je vais essayer de résumer l’objet de l’article.
    Le type ne semble pas être un débile du genre à dire « tas de matière fécale » pour décrire le spectre politique français, lui.
    Il aurait analysé « deux études parmi les plus exhaustives concernant l’opinion publique, menées dans plus de 100 pays » avant de donner un avis plutôt détaillé.
    En ce qui vous concerne le mieux serait que vous continuiez de marcher, vous finirez bien par arriver quelque part… Avant d’avoir à faire demi tour.

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