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Adrien Naselli : « On bossait plus de 16 heures par jour, c’est un rythme que nous n’aurions pas pu tenir »

Adrien Naselli : « On bossait plus de 16 heures par jour, c’est un rythme que nous n’aurions pas pu tenir »

L’AFP annonçait la nouvelle : Têtu s’arrête. Comme l’impression que se rejoue le même moment qu’en 2015, lors de la deuxième liquidation judiciaire du magazine. Que s’est-il passé pour que la situation se reproduise ? On a parlé avec l’ancien rédacteur en chef du média LGBTQI de référence, qui règle ses comptes avec l’ancienne équipe dirigeante.

Depuis quand savez-vous que Têtu s’arrête ?

Nous le savons depuis le 31 janvier. Les patrons de Têtu nous ont annoncé la cessation des paiements, à moi et à mes deux collègues Julie Baret et Jérémy Patinier, tous deux auto-entrepreneurs alors qu’ils venaient au bureau chaque jour comme des salarié.e.s depuis un an et demi pour nourrir le site tetu.com avec moi.

Ça a tout de même été une annonce brutale, même si nous sentions bien depuis l’été 2017, avec le changement de direction et l’arrivée à la tête du journal de personnes qui ne connaissent ni la presse ni la place de Têtu dans le paysage médiatique, que la situation était compliquée. Plus personne ne s’occupait de la publicité – or c’était le seul moyen pour permettre au journal de vivre.

Pourtant, quand on a relancé le magazine papier sous une forme bimestrielle en février 2017, on avait réussi à en vendre 16 000 exemplaires. Les deux numéros qui ont suivi se sont écoulés à 13 000 exemplaires chacun, ce qui est plus qu’honorable pour de la presse spécialisée.

On a aussi changé la couv’. Elle accueillait beaucoup de coverboys qui ne représentaient pas grand chose à part des corps musclés ; cela n’avait plus de sens à l’heure d’internet. Il était important de montrer la diversité de la communauté LGBT, d’où la couverture avec une lesbienne, un mec trans et un gay pour le retour. Couv qui ne nous a d’ailleurs valu que des retours très positifs, avec des lecteurs et lectrices qui disaient : « enfin, on voit autre chose ».

Que s’est-il passé ?

Le jour de bouclage du numéro de septembre (le n°216), on apprend que la sortie est repoussée à octobre. La mort de Pierre Bergé étant survenue entre-temps, j’ai préparé un dossier sur celui qui a été le mécène de Têtu jusqu’en 2013 et nous avons réactualisé le numéro.

Mais lors du nouveau bouclage, après quelques nuits blanches supplémentaires, on nous explique une fois encore que le magazine ne sortira pas. Ça ressemblait à une très mauvaise blague. Il n’a finalement paru qu’en version numérique. C’était d’autant plus déchirant que depuis le début, le directeur artistique (Julien Fleurence puis Julien Privat) et moi étions seuls pour absolument tout faire : la maquette, la direction photo, le graphisme, le secrétariat de rédaction. Une fois que les pigistes et les photographes avaient rendu leurs travaux – pigistes qui n’ont toujours pas été payés pour ce numéro 216 – on bossait plus de 16 heures par jour pendant deux semaines, week-end compris. C’est un rythme que nous n’aurions de toute manière pas pu tenir.

Têtu peut-il vraiment mourir ?

Les lecteurs de Têtu ont confiance en lui, même si comme avec tous les médias ils entretiennent depuis toujours un rapport d’amour/haine. Si le mariage pour tous a permis à chaque média de traiter différemment les questions LGBTQI, ce ne sera jamais avec la même liberté que Têtu qui connaît au plus près la vie quotidienne des personnes bies, gaies, lesbiennes et trans. Ils ont besoin d’un média allié qui leur parle et qui possède une grande notoriété. Dans le futur, il faudra que Têtu se tourne un peu plus vers le numérique ; nous avons une communauté importante sur les réseaux sociaux, très engagée et elle ne va pas disparaître. Je pense que Têtu a de l’avenir.

1 Comment

  1. Michel Davesnes

    Des journalistes avec le statut d’auto-entrepreneurs, c’est complètement délirant. J’espère qu’ils ne se prévalaient pas de la qualité de journalistes car les journalistes doivent être impérativement des salariés.

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