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Référendum pour la légalisation de l’avortement en Irlande : grande victoire du “oui”

Référendum pour la légalisation de l’avortement en Irlande : grande victoire du “oui”

Près de 3,3 millions d’électeurs et d’électrices se sont rendus dans les urnes vendredi 24 mai pour modifier la Constitution qui interdisait aux femmes d’avorter.

C’est historique, l’Irlande a enfin fait entrer le droit à l’avortement dans sa Constitution. Vendredi, près des deux tiers des 3,3 millions d’électeurs et électrices ont voté en faveur de l’abrogation du 8e amendement de la Constitution qui rendait l’IVG illégal. Jusqu’alors, l’avortement était passible de quatorze ans de détention (et de prison à vie jusqu’en 2013). Au total, ils et elles sont près de 66,4% à avoir dit “oui” à ce droit fondamental pour les femmes. Dans ce pays à tradition catholique, où la religion est un facteur fondamental de la politique sociétale, ce plébiscite en faveur de la liberté des femmes à disposer de leur corps est inédit.

« Nous avons déjà un système d’avortement en Irlande, ça s’appelle le Royaume-Uni. »

L’Irlande demeurait un des rares pays du Nord où la restriction sur l’avortement était des plus totales. Même en cas de viol, où si le bébé présentait une malformation et risque de mourir à la naissance, il était prohibé.

De fait, énormément de femmes irlandaises allaient en Angleterre ou en Ecosse pour avorter. Dans des conditions souvent difficiles, puisqu’elles n’osaient pas dire pourquoi elles se rendaient à l’étranger. Certaines ne voulaient même pas que leurs proches remarquent qu’elles étaient parties pendant quelques temps.

« Lorsque l’avortement se fait par injection de pilules, elles avortaient dans l’avion ou dans le bateau, ce qui est assez difficile à vivre », nous a expliqué Dimitri Courant, doctorant en sociologie politique et spécialiste des questions de délibération citoyenne aux Universités de Lausanne et de Paris VIII.

Chaque année, elles étaient plus de 168.000 femmes irlandaises à avorter en Angleterre, selon les chiffres du ministère britannique de la Santé et du planning familial irlandais. D’ailleurs, les associations “pro-choice”, rappellent souvent :

« Nous avons déjà un système d’avortement en Irlande, ça s’appelle le Royaume-Uni. » Un constat qui a poussé le Premier ministre Leo Vadadkar a changé d’avis et à appeler au “oui”. Il a même qualifié le référendum d’« opportunité d’une seule génération. »

« Les femmes qui veulent avorter à l’heure actuelle, elles le font. Mais elles le font si elles en ont les moyens », a constaté Dimitri Courant, qui déplore une inégalité sociale très importante entre les femmes à cause de la question de l’avortement. « Si vous avez les moyens de vous payer un week-end à Londres, ça va, mais si vous êtes au chômage et que vous avez du mal à payer votre loyer, c’est plus compliqué », ajoute le sociologue qui a réalisé beaucoup d’entretiens de terrain avec des femmes irlandaises.

Depuis plusieurs années, des mouvements citoyens et politiques demandent la suppression de cet article du 8ème amendement de la Constitution irlandaise, afin que l’avortement puisse être légalisé. En Irlande, seul le peuple peut décider de la modification ou de la suppression d’un élément de la Constitution. C’est donc dans les urnes, par référendum, que les irlandais et irlandaises se sont exprimés.

En 2015, l’Irlande autorise le mariage pour les personnes de mêmes sexes, également par référendum. Seulement, « l’enjeu était infiniment plus sensible », nous a expliqué Dimitri Courant. « Même si l’Eglise s’y était fondamentalement opposé, dans la question de la libéralisation du mariage homosexuel, la question était celle du choix, de la liberté de pouvoir faire ce qu’on veut, explique le sociologue, alors que la question de l’avortement, les pro-life ont une position de défense des nouveaux nés, et accusent plus particulièrement la société de devenir eugéniste, en épurant les enfants qui n’ont pas les critères dominants. »

Grâce aux délibérations citoyennes, les irlandais ont pu se confronter aux faits, et écarter les stéréotypes liés à l’avortement. Ils se sont notamment rendu compte que contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les jeunes filles qui avortent le plus, mais des femmes qui ont déjà des enfants.

« Suite à la pression d’associations de la société civile et de groupes politiques plutôt situés à l’extrême-gauche, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de proposer ce référendum sur la légalisation de l’avortement », nous a affirmé Dimitri Courant.

Plus étonnant que la question de l’avortement en lui-même, les Irlandais et Irlandaises ont opté pour le droit à l’avortement sans conditions, alors que dans beaucoup de pays à tradition catholique, l’IVG est autorisée uniquement en cas de viol, malformation du fœtus, ou danger pour la mère. Un véritable bond en avant pour le pays conservateur. D’après Dimitri Courant, la date de ce référendum, à quelques semaines des vacances scolaires, a été déterminant, le vote des jeunes en faveur de l’avortement étant massif.

Samedi après-midi, après l’annonce officielle de la victoire du “oui”, le premier ministre de centre droit Leo Varadkar s’est félicité du résultat. « Il me semble que nous écrivons une page historique », a t-il tweeté. Quant au ministre de la santé, Simon Harris, clairement marqué “yes”, il a déclaré : « Je m’endors ce soir avec l’espoir de me réveiller dans un pays plus généreux, plus attentionné et plus respectueux. » Et nous aussi.

Crédits photo : compte Twitter Les Bridgets

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