Monica Benicio : « Les Brésiliens et les Brésiliennes demandent justice, on ne se taira pas »

Monica Benicio : « Les Brésiliens et les Brésiliennes demandent justice, on ne se taira pas »

Depuis l’investiture de Jair Bolsonaro au Brésil, début janvier, la partie de la population qui n’a pas voté pour lui retient son souffle et résiste. Parmi eux, Monica Benicio, la compagne de Marielle Franco, femme politique dont l’assassinat en mars 2018 a choqué le Brésil et le monde avec. Nous lui avons demandé comment la vie continue, dans ce pays, sous le règne de Bolsonaro.

Le Média : Pouvez-vous vous présenter à nos lectrices et lecteurs ?

Monica Benicio : Je suis née et j’ai été élevée dans la favela da Maré [l’une des plus grandes favelas de Rio, située au nord dans la ville, considérée comme l’une des plus dangereuses et où est également née Marielle Franco – NDLR]. Je suis également une militante des droits de l’homme, une militante pour les droits des personnes LGBT. Je suis architecte urbaniste, j’ai obtenu mon diplôme à l’Université PUC-Rio, où je suis également un master sur La Violence et le Droit à la Ville.

Quel climat règne au Brésil, après les déclarations de Jair Bolsonaro et ses premières ? Comment vous y sentez-vous ? Et vos proches ?

Ces mesures sont inconstitutionnelles. Le Brésil n’est pas un pays dans lequel la société a conscience de ses droits ; nos savoirs restent colonisés. Ma famille est inquiète, mais nous sommes toujours en résistance. Des manifestations ont déjà eu lieu aux Brésil contre ce nouveau gouvernement. Et c’est comme ça que nous vivrons les quatre prochaines années.

Scholastique Mukasonga, une autrice noire, s’est rendue au Brésil très récemment, où on lui aurait dit qu’être une femme noire était très dangereux. En France, on voit le Brésil comme un pays métissé. Pouvez-vous expliquer quels sont les risques que peuvent rencontrer précisément les personnes afrodescendantes ? Les risques depuis l’investiture de Jair Bolsonaro sont-ils plus grands ?

En effet, la population noire est l’une des principales victimes de l’accession de Jair Bolsonaro au pouvoir. Le Brésil n’a pas encore réparé ses 318 années d’esclavage. Les mouvements noirs ont remporté d’importantes victoires ces dernières années, tant dans les politiques positives que dans les occupations parlementaires. L’élite blanche brésilienne se sent menacée. Et j’espère que les populations noires et les autochtones occuperont de plus en plus les espaces qui leur appartiennent de droit.

Comment vous mobilisez-vous pour lutter contre les mesures prises par Jair Bolsonaro ? Existe-t-il des initiatives particulières prises par votre entourage ou vous, pour vous protéger ? 

Je suis sous protection de l’Organisation des États d’Amérique (O.E.A) en raison des menaces qui pèsent sur moi et le combat que je mène afin que justice soit faite à Marielle. Il y a beaucoup de mesures de sécurité prises pour mes activités. Après tout, aucune vie ne peut être prise par ce gouvernement. Nous devons revenir en arrière et repenser à nos formes d’activisme. Notre mobilisation se fait à travers les réseaux sociaux et dans les rues. Et dans ce combat, je ne suis pas seule. Nous sommes 80 millions de Brésiliennes et de Brésiliens à ne pas avoir voté pour Bolsonaro.

Avez-vous des ami.e.s qui ont été molesté.e.s, attaqué.e.s, parce qu’elles ou ils représentent ce que Bolsonaro déteste – au choix, noir, gay, militant de gauche, autochtone ?

Oui, beaucoup d’entre nous sommes victimes de vouloir être qui nous voulons simplement être.

Comment la gauche s’oppose aussi à cette arrivée de Bolsonaro ? Au niveau national ? Local ?

La gauche est en train de repenser sa trajectoire et cherche à rester sur les fronts démocratiques des parlements pour ne pas perdre et défendre les droits que nous avons acquis.

Où en est l’enquête concernant la mort de Marielle Franco ?

En considérant que les autorités ne se positionnent pas clairement et que tout ce qui se sait par les médias, je peux dire que j’en sais autant que vous. C’est pitoyable. La lutte a transformé mon deuil, que je peux difficilement vivre à cause de l’agenda politique chargé. Mais ce n’est pas ça le problème. Le problème, c’est qu’après presque un an d’enquête, on n’a aucun résultat et que l’État néglige l’un des crimes les plus barbares de l’histoire du Brésil. Les Brésiliens et les Brésiliennes demandent justice. On ne se taira pas.

Légende : Monica Benicio

Crédits : Anistia Internacional Brasil / Flickr

1 Comment

  1. Jeje

    Espérons surtout que le pouvoir en place ne virera pas vers une dictature comme cela s’est passé au Vénézuela et qu’ainsi aux prochaines élections le Brésil retrouvera une trajectoire politique plus mesurée et un changement de régime sans violence.

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