Midterms USA : Les démocrates remportent une large victoire, au gout amer

Midterms USA : Les démocrates remportent une large victoire, au gout amer

Blogueur et socio du Média, Politicoboy revient avec nous sur les grands enseignements des midterms, qui se sont déroulées aux Etats-Unis le 6 novembre dernier.

La vague bleue démocrate a bien eu lieu, mais elle n’est pas parvenue à tout emporter sur son passage. Les résultats partagés témoignent d’une profonde division du pays, et de l’état préoccupant de la démocratie américaine. D’un côté, le Parti démocrate remporte le contrôle de la chambre des représentants, l’enjeu principal de cette élection, ainsi qu’un grand nombre de scrutins locaux. De l’autre, des espoirs démocrates ont été douchés par une forte mobilisation de la base électorale de Donald Trump et des pratiques antidémocratiques, permettant au parti républicain de renforcer son contrôle du Sénat et de limiter la casse à l’échelle locale. En dépit d’un revers électoral majeur, Trump échappe à l’effondrement, et sortirait paradoxalement renforcé de cette élection.

Voici les principaux résultats et enseignements de ce scrutin décisif.

Les démocrates gagnent le contrôle de la chambre des représentants

Pour Paul Kurgman, prix Nobel d’économie et éditorialiste au New York Times, l’Amérique se trouvait à un carrefour de son Histoire. Si les démocrates remportent la Chambre des représentants, écrit-il la veille des élections, ce sera le début d’un long et hasardeux processus de reconstruction démocratique. Dans le cas contraire, le pays s’enfoncera dans l’illibéralisme et le fascisme, sans réelle perspective de sortie. Le voilà temporairement rassuré.

Cette victoire s’inscrit dans un contexte de « vague bleue » (couleur du Parti démocrate), fruit de deux ans d’activisme méticuleux. Avec un écart de +8% des suffrages à l’échelle nationale et une participation en très forte hausse, les démocrates infligent une lourde défaite au président. Jamais un parti d’opposition n’avait à ce point balayé des midterms dans un contexte économique aussi favorable à l’hôte de la Maison Blanche : une croissance proche des 4%, des salaires en hausse, un taux de chômage officiel historiquement bas (3,7%), une confiance des consommateurs au beau fixe, la bourse à des niveaux records et une perception générale de l’économie particulièrement favorable (environ 65% d’opinions positives). Bien sûr, cette économie ne fonctionne pas pour tout le monde, et cette bonne santé globale doit plus à Barack Obama, au doublement de la production d’hydrocarbures et à la hausse du salaire minimum obtenue par Bernie Sanders et ses alliés qu’à Donald Trump. Mais tout de même, infliger un tel revers électoral à un président bénéficiant d’un contexte économique aussi favorable relève d’un exploit sans véritable précédent.

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Carte des USA, représentation pour la Chambre des représentants, circonscription par circonscription. Une circonscription = + ou – 750 000 électeurs. Les démocrates sont en bleu. Via fivethriryeigth.com

Au-delà de l’impopularité de Donald Trump, cette victoire s’explique aussi par le rejet de l’agenda législatif du GOP (Great Old Party, surnom du Parti républicain). Leurs baisses d’impôts sur les riches et les tentatives de démantèlement de l’assurance maladie « Obamacare » ne dépassaient pas les 25% d’opinions favorables. Or le GOP avait promis de poursuivre dans cette voie, en particulier en supprimant l’interdiction faite aux compagnies d’assurances de surfacturer les couvertures santé des personnes présentant des antécédents médicaux. Les mensualités des polices d’assurance ont augmenté de 21% en 2017, alors que 32 millions d’Américains ont failli perdre leur couverture santé suite aux efforts législatifs des républicains.

La question de l’assurance maladie figurait donc logiquement en tête des préoccupations des électeurs, loin devant leur opinion du président ou la question migratoire agitée par Trump. Les États de la « rust belt » qui avaient basculé en faveur du milliardaire en 2016 (Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin) se sont retournés contre lui. Ce qui constitue un signal particulièrement encourageant pour les démocrates en vue de la présidentielle de 2020.
Ces derniers renouent ainsi modestement avec la classe ouvrière blanche, et dominent pratiquement toutes les catégories sociales, en particulier les minorités et les jeunes.

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Les marges du Parti républicain se réduisent, y compris dans son propre électorat (rural, blanc, sans diplôme universitaire): en Bleu les marges en 2016, en rouge en 2018. Via Jacobinmag.

Du point de vue géographique, l’Amérique apparaît toujours plus divisée. Les zones rurales ont plébiscité les conservateurs, et les zones urbaines les démocrates. Ces derniers ont pu remporter la Chambre des représentants en faisant basculer un grand nombre de juridictions périurbaines en leur faveur, en majeure partie grâce à des candidats « centristes » et « modérés ». Confirmer cette dynamique en 2020 ne sera pas nécessairement aisé.

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Carte électorale pour la Chambre des représentants. En bleu les circonscriptions gagnées par les démocrates. Contrairement à la carte précédente, on visualise l’impact du vote rural. Via 270towin.com

Enfin, les gains en termes de sièges (+38) semblent « modestes » compte tenu de l’écart de voix, bien qu’il s’agisse de la plus forte progression démocrate depuis 1976. Cela s’explique en partie par la forte mobilisation de la base électorale de Donald Trump, mais surtout par le découpage partisan des circonscriptions (gerrymandering) effectué par le parti républicain en 2011. Ce dernier partait avec un avantage structurel estimé à 5% des votes (et une vingtaine de sièges), et conservera cet avantage « antidémocratique » jusqu’en 2021, date du nouveau redécoupage.

Lire aussi : Thibault Muzergue : « L’aile gauche a encore beaucoup de chemin à faire avant de prendre le contrôle du Parti démocrate »

Des conséquences alarmantes pour Donald Trump

Comme nous l’avions expliqué en détail dans un article précédent, le contrôle de la Chambre des représentants donne deux pouvoirs importants aux démocrates. En premier lieu, ce sont désormais eux qui imposeront l’agenda législatif, tout en bénéficiant d’un pouvoir de véto contre toute réforme en provenance de la Maison Blanche ou du Sénat. Ceci devrait leur permettre de défendre l’assurance maladie de millions d’Américains et de promouvoir leurs propres idées, même si elles n’ont aucune chance de passer face à Donald Trump (qui possède un droit de véto) et au Sénat contrôlé par l’inébranlable républicain Mitch McConnell.

Second point, la chambre des représentants permet de lancer des commissions d’enquête sur des sujets potentiellement explosifs pour la Maison Blanche. En particulier, les fameuses déclarations d’impôts du milliardaire pourraient être rendues publiques. Trump semble pris d’une certaine panique, et a réagi comme toute brute qu’il est : un premier tweet le lendemain des résultats menaçait directement les démocrates de représailles, avant de se défendre en conférence de presse : « mes déclarations d’impôts sont trop complexes, les Américains ne les comprendraient pas ».

Comme pour l’agenda législatif, les démocrates vont devoir user de cette arme avec intelligence pour affaiblir leurs opposants sans frustrer leur électorat modéré. Trump saura se faire passer pour un martyr auprès de sa base électorale, mais cette dernière lui semble de toute façon définitivement acquise.

Le parti républicain renforce son contrôle du Sénat

La vague bleue s’est fracassée sur la carte électorale du Sénat, qui favorisait fortement les conservateurs. Fruit du hasard du calendrier, ces derniers avaient seulement 9 sièges à défendre, contre 24 pour les démocrates, dont dix dans des États ayant plébiscité Trump en 2016. Le Parti républicain disposait d’une courte majorité (51-49). Il gagne quatre États (Floride, Indiana, Dakota du Nord et Missouri) tout en parvenant à défendre tous ses sièges, à l’exception du Nevada et (à confirmer) de l’Arkansas. C’est un échec lourd de conséquences pour les démocrates, qui voient leurs chances de reprendre le contrôle du Sénat en 2020 se réduire. Pour les Républicains, leur majorité élargie devrait leur permettre de poursuivre leurs efforts visant à garnir les plus hautes Cours de justice du pays de juges ultraconservateurs dévoués à Donald Trump.

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Carte électorale du Sénat: en bleu les États sous contrôle démocrate, en rouge républicain. L’Arizona n’est pas encore décidé, et les États en gris n’avaient pas d’élection en 2018 (le sénat est renouvelé au 1/3 tous les deux ans, les sénateurs étant élus pour 6 ans). Via 270towin.com

Populisme d’extrême droite contre centrisme néolibéral

Donald Trump a multiplié les meetings (pas moins de 56 en trois mois, et jusqu’à trois par jour la dernière semaine de campagne), visant en priorité les États l’ayant plébiscité en 2016 et contrôlés par un sénateur démocrate. Son message démagogique, raciste et xénophobe cherche à construire un clivage entre un « eux » (les minorités ethniques et les intellectuels) et un « nous » (l’homme blanc). Trump peint un passé mythologique qu’il conviendrait de restaurer (« Make America Great Again ») et use des pires tactiques fascisantes pour attiser les peurs et motiver sa base électorale. L’envoi de 15 000 militaires à la frontière du Mexique pour arrêter une caravane de quatre mille réfugiés qui n’arriveront que dans trois mois illustre parfaitement cette instrumentalisation. Les médias sont tombés dans le panneau une fois de plus, Trump saturant les ondes avec son discours offensif.

À l’inverse, les candidats sortants démocrates ont joué en défense, avec une stratégie discutable qui a provoqué des résultats mitigés. Plutôt que de chercher à motiver leur base progressiste, ils ont majoritairement fait campagne en se présentant comme des centristes capables de travailler avec Trump, dans l’espoir de séduire les républicains modérés. Les démocrates ont ainsi échoué à faire basculer les États prenables (Floride, Tennessee) et perdu l’Indiana et le Dakota du Nord où ils étaient pourtant favoris.

Inversement, le progressiste Beto’O Rourke est passé à deux doigts (et 2%) de réaliser un exploit au Texas. Sa campagne remarquée a permis au Parti démocrate d’enregistrer des gains significatifs à l’échelon local (12 sièges au parlement du Texas et deux circonscriptions à la Chambre des représentants). De même, partout où l’agenda populiste de gauche était mis en avant, ses défenseurs ont enregistré des gains spectaculaires. En particulier à l’échelle locale…

Les élections locales : la vague bleue bute sur la Géorgie et la Floride

Le Parti démocrate enregistre une progression significative au niveau local. La gouvernance de sept États bascule sous son contrôle, en plus de gains importants dans de nombreux parlements locaux qui lui donnent une majorité absolue (gouverneur, sénat, chambre) dans sept Etats supplémentaires. De quoi réduire la capacité du GOP à redessiner les circonscriptions en sa faveur et mettre en place des lois limitant l’accès au vote des minorités. Les républicains conservent cependant leur main mise dans de très nombreux bastions, y compris dans le Maryland, la Géorgie et de la Floride ou les démocrates progressistes perdent de justesse.

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Carte électorale des Gouvernementales: en bleu les États avec un gouverneur démocrate, en rouge républicain. La Géorgie n’est pas encore décidé, et les États en gris n’avaient pas d’élection en 2018. Via 270towin.com

Des référendums locaux en forme de plébiscite pour l’aile gauche démocrate

De nombreux États devaient se prononcer sur des référendums d’initiative locale et/ou populaire ayant trait à des questions variées. Si les conservateurs enregistrent quelques victoires significatives (le droit à l’avortement recul en Alabama et en Virigine occidentale, les lois visant à restreindre l’accès au vote progressent en Caroline du Nord et en Arkansas), la plupart des victoires appartiennent au camp progressiste. L’industrie pétrolière a dépensé 100 millions de dollars pour empêcher trois initiatives visant à restreindre la fracturation hydraulique (Colorado) et imposer une taxe carbone (Washington et Nevada). Elle se voit par contre interdite de forage offshore en Floride et d’extension de la fracturation hydraulique au Colorado. Mais l’essentiel est ailleurs.

Trois États ultraconservateurs ont voté contre l’avis de leurs dirigeants républicains et choisis d’étendre l’assurance maladie publique Medicaid, offrant à près d’un demi-million de précaires une couverture santé. Deux autres États ont voté pour une hausse de 30% du salaire minimum, toujours contre l’avis de leurs représentants. Le Michigan devient le neuvième État à légaliser le cannabis, et l’Utah et le Missouri ont autorisé son usage thérapeutique. Quatre États ont également voté pour des initiatives visant à renforcer l’accès au vote et faciliter l’enregistrement des électeurs sur liste électorale.

Enfin, la Floride a voté pour redonner le droit de vote aux anciens détenus ayant purgé leur peine, ce qui touche pas moins de 1,4 million de citoyens, majoritairement issus des classes populaires et minorités ethniques. Une victoire pour la démocratie et un futur avantage pour les démocrates dans cet État qui a systématiquement été remporté par les quatre derniers présidents élus.

Toutes ces victoires ont une chose en commun : elles ont eu lieu dans des États votant républicains, un paradoxe qui s’explique facilement : les Américains sont beaucoup plus progressistes qu’on ne le croit, mais le Parti démocrate est incapable de capitaliser sur ce fait, car il s’enferme dans une logique néolibérale et centriste. Tout au long de la soirée électorale, le même sentiment s’exprimait : les Américains ne savent pas en quoi croit le parti démocrate ni ce qu’il défend. Alors que le message de Trump, lui, est placardé 24h/24 par tous les médias, et défendu bec et ongles par FoxNews, première chaîne d’information du pays.

La Floride, une défaite amère aux conséquences explosives.

Avec la restauration du droit de vote de 1,4 million d’anciens détenus, le scénario rêvé qui aurait vu Andrew Gillum, candidat afro-américain soutenu par Bernie Sanders, remporter le poste de gouverneur, et le candidat sortant Bill Nelson (néolibéral démocrate) conserver son siège au Sénat ne s’est pas réalisé.

Andrew Gillum, donné vainqueur par les sondages depuis juin avec un écart de 3 à 5 points, perd de 0,4% et 36 000 voix. Nelson, lui, perd de 0,15% et environ 12 000 voix. Dans les deux cas un recompte va avoir lieu, sans guère d’espoirs de modifier la donne.

Leurs adversaires ne sont pas anodins. Rick Scott, actuel gouverneur connu pour ses efforts de restriction du droit de vote et ses découpages partisans des circonscriptions, est profondément antidémocratique et pro-Trump. Il devrait logiquement remporter le Sénat, et vient de lancer des actions judiciaires pour freiner les efforts de vérification des bulletins.

Face à Andrew Gillum, Ron de Santis a mené une campagne pro-Trump et ouvertement raciste, acceptant des dons en provenance d’organisation proches du Ku Klux Klan. Ses partisans ont multiplié les appels téléphoniques par messages automatisés au contenu explicitement raciste, et lui-même avait attaqué la couleur de peau de son adversaire. Sa victoire est déprimante à plus d’un titre. Elle témoigne de l’efficacité de ces tactiques racistes et antidémocratiques.

Avec la main mise du GOP sur cet État clé pour les présidentielles, Donald Trump peut compter sur de solides alliés. Les efforts pour influencer les élections en sa faveur risquent de redoubler.

Cette élection avait une grande charge symbolique, Barack Obama et l’humoriste Trevor Noah se sont déplacés en Floride pour répondre aux trois meetings tenus par Trump en deux semaines. La défaite de Gillum met en cause l’aile gauche du parti démocrate, bien qu’il ait recentré son discours après les primaires, sur les conseils des anciens collaborateurs d’Hillary Clinton. Cette dernière s’est impliquée sur le tard, espérant capitaliser sur la victoire annoncée de Gillum pour envisager un retour en politique.

Georgia on my mind

Un scénario similaire s’est produit en Géorgie, où la progressiste et militante des droits civiques Stacey Abrams défiait Brian Kemp, un candidat ouvertement raciste. Ce dernier occupait le poste de Secretary of State, en charge de l’organisation des élections (sic). Kemp a largement abusé de son pouvoir, mettant en place des lois pour restreindre l’accès au vote des Noirs, purgeant les listes électorales, supprimant plus de deux cents bureaux de vote dans des quartiers défavorisés tandis que les machines servant à voter ont montré des comportements suspects. Le comble, c’est qu’il s’est vu lui-même refuser l’accès au bureau de vote par un automate, pour cause de pièce d’identité défectueuse.

Dans les quartiers populaires, voter nécessitait parfois de faire jusqu’à quatre heures de queue, tandis que certains bureaux de vote ont dû fermer de manière anticipée à cause des machines défectueuses.

Avec un écart de 40,000 voix environ, il ne fait aucun doute que Brian Kemp, qui se vantait dans un clip de campagne de conduire avec un fusil d’assaut au cas où il croiserait des immigrants sans papiers pour les parquer dans le coffre de son pick up truck, n’aurait pas remporté cette élection sans ses abus de pouvoir répétés.

Trump ressort paradoxalement renforcé

Donald Trump vient de subir un sérieux revers. Perdre sa majorité à la chambre des représentants compromet son programme législatif et l’expose à de multiples enquêtes judiciaires.

Pour autant, ce basculement ne le menace pas directement. Du point de vue législatif, Donald Trump n’a pas d’agenda politique particulier, et sera soulagé de ne plus être associé aux impopulaires coupes budgétaires et démantèlement de la sécurité sociale que souhaitait poursuivre le parti républicain. Au contraire, il va pouvoir accuser les démocrates d’être responsables de l’immobilisme législatif. Trump s’épanouit dans le conflit, et aura face à lui un parti démocrate sans ligne claire ni chef charismatique, divisé entre son aile gauche et le centre néolibéral, et en pleine lutte interne pour se trouver un candidat en 2020.

Les commissions d’enquête risquent de l’affaiblir, mais sa majorité renforcée au Sénat rend toute procédure de destitution vouée à l’échec. Trump pourra, au contraire, pousser les démocrates à la faute en les forçant à multiplier les enquêtes parlementaires, voir à déclencher cette fameuse procédure de destitution (pour le moment impopulaire) qui lui permettra de galvaniser sa base pour 2020.

Avec le redoutable stratège Mitch McConnell comme allié au Sénat, Trump est en position de force pour mener les démocrates en bateau.

Les démocrates n’ont pas le droit à l’erreur

La carte électorale issue des midterms et l’écart important enregistré dans le vote national les placent en bonne position pour la présidentielle de 2020.

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Si ont traduisait le vote des midterms en terme de présidentielle, Donald Trump subirait une lourde défaite. Via 2020towin.

Mais l’absence de stratégie pourrait leur être fatale. Nancy Pelosi, ancienne chef de la minorité parlementaire depuis 2010 et pressentie pour diriger la nouvelle majorité démocrate, incarne parfaitement la figure politique de l’establishment. Obsédée par le compromis et la modération, dépourvue du moindre charisme et fortement contestée au sein même de sa nouvelle majorité, elle a immédiatement indiqué chercher à travailler avec les républicains et Donald Trump pour « voter des lois qui profiteront à tous les Américains et réconcilieront le pays ». Barack Obama et la rédaction du New York Times avaient eux-mêmes appelé à la réconciliation et l’unité nationale au lendemain des résultats. À croire que tous ces gens vivent dans une bulle et n’ont pas remarqué qu’ils ont en face d’eux un chef d’État aux tactiques fascistes et un Parti républicain ouvertement raciste et déterminé à restreindre le droit de vote en faveur de son seul électorat. Certes, à l’ère de l’information continue, on a tôt fait d’oublier qu’il y a un mois ces mêmes gens nommaient (à vie) à la Cour suprême un juge conspirationniste accusé d’agression sexuelle par de multiples femmes. Mais le massacre de 11 juifs parce qu’ils étaient juifs à Pittsburgh, de deux Afro-Américains parce qu’ils étaient noirs dans le Kentucky et l’envoi de 14 engins explosifs à l’adresse de ceux que Donald Trump présente souvent comme « les ennemis du peuple », c’était il y a deux semaines seulement.

La posture de Pelosi pourrait être une stratégie visant à ne pas frustrer l’électorat modéré en faisant preuve d’une bonne volonté initiale, avant de basculer dans l’opposition frontale. Mais depuis 2008, Obama et Pelosi n’ont eu de cesse de chercher à faire des compromis avec le GOP, pour se faire systématiquement rouler dans la farine par Mitch McConnell, alors qu’ils perdaient élection sur élection. Il serait temps de tirer les leçons qui s’imposent, mais rien ne semble indiquer que l’élite démocrate soit capable de la moindre autocritique.

L’aile gauche, proche de Bernie Sanders, souhaite adopter une approche radicalement différente. Elle passerait par le vote de lois particulièrement progressistes, à commencer par la hausse du salaire minimum fédéral de 50% et l’abaissement de l’âge donnant le droit à la couverture santé universelle (Medicare) de 65 à 55 ans. Des propositions auxquelles Bernie Sanders imagine qu’il ne soit pas impossible que Trump dise oui, ce dernier n’ayant pas de réelle ossature idéologique, mise à part une obsession pour sa propre victoire. Si les démocrates tombent dans le piège de la multiplication des enquêtes judiciaires tout en refusant de voter des lois ambitieuses, ils se condamneront tous seuls en désenchantant leur base et en offrant à Trump les munitions dont il a besoin pour 2020.

Les midterms ont vu s’exprimer le vote de deux Amériques que tout sépare. Une Amérique rurale, blanche, masculine et vieillissante qui a plébiscité les républicains au Sénat comme à la Chambre des représentants. Énergisée par la campagne raciste et xénophobe de Donald Trump, elle permet à ce dernier d’éviter la catastrophe en conservant le contrôle du Sénat et de bastions clés pour 2020, comme la Floride et l’Ohio. L’autre Amérique, multiculturelle jeune et urbaine, a voté pour l’assurance maladie publique et contre Trump. Elle représente la majorité du pays, mais les lois antidémocratiques mises en place par le Parti républicain depuis 2011 et la structure même des institutions la relègue au rang de majorité silencieuse. Le Parti démocrate a d’autant plus de mal à mobiliser cet électorat qu’il n’a pas de message clair à opposer à Donald Trump. Divisé entre les néolibéraux qui contrôlent le parti et dépendent des multinationales pour leur financement, et une gauche radicale en forte progression sur le terrain idéologique et militant, il demeure un parti de coalition sans ligne claire ni chef naturel. Du pain bénit pour Donald Trump.

Politicoboy, socio et blogueur politique vivant aux États-Unis

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Légende : Alexandria Ocasio Cortez, nouveau symbole de l’aile gauche du Parti démocrate, le 25 juin 2018

Crédits : Corey Torpie / Wikimedia Commons

1 Comment

  1. Albert Unepierre

    Populisme (n.m.) Mot permettant de justifier n’importe quoi, pourvu que ce soit réac, ou alors néoréac, c’est plus tendance…

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