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Lueurs D’Espagne – Miguel Urbán (Podemos) : « Nous avons réussi à renverser le cours des choses »

Lueurs D’Espagne – Miguel Urbán (Podemos) : « Nous avons réussi à renverser le cours des choses »

Le Média a rencontré à Madrid l’eurodéputé espagnol, cofondateur de Podemos et figure, au sein du parti, de la tendance Anticapitalistas. Il répond ici à nos questions concernant l’accord budgétaire signé avec le gouvernement de Pedro Sánchez, l’Europe, la République et l’extrême-droite espagnole.

Lors de l’Université d’automne de Podemos, organisée du 12 au 14 octobre à Madrid, l’accord budgétaire conclu la veille entre le mouvement porté par Pablo Iglesias et le gouvernement de Pedro Sánchez était sur toutes les lèvres. Parmi les principales mesures : la hausse du salaire minimum de 736 euros à 900 euros – la plus forte hausse jamais envisagée –, la corrélation du niveau des retraites à l’inflation, ou la possibilité pour les communes de limiter les hausses abusives des loyers.

Le 1er juin dernier, la motion de censure portée par le PSOE, avec le soutien de Podemos et de plusieurs forces indépendantistes, écartait du pouvoir le Parti populaire de Mariano Rajoy, empêtré dans plusieurs scandales de corruption. Plus de quatre mois après l’accession de Pedro Sánchez aux responsabilités, l’accord budgétaire est perçu comme une victoire par les principales figures de Podemos. L’eurodéputé Miguel Urbán, cofondateur de Podemos, revient pour Le Média sur cette nouvelle étape et ses enjeux pour la gauche et les mouvements sociaux.

Le Média : Comment percevez-vous, depuis la tendance des Anticapitalistas, l’accord budgétaire conclu il y a peu entre le gouvernement de Pedro Sánchez et Podemos ?

Miguel Urbán : Nous avons toujours défendu l’idée qu’en l’absence de majorité, l’idéal était d’obtenir des accords sans entrer au gouvernement. Nous considérons, de plus, que ce qui est en train de se passer ici est similaire au modèle portugais, entre la gauche portugaise et un gouvernement socialiste en minorité. Ce n’est pas notre budget, ce n’est pas le budget de Podemos, mais des améliorations importantes on été obtenues pour les citoyens. On a répondu à certaines de leurs revendications. Mais par dessus tout, nous avons réussi quelque chose de très important : renverser le cours des choses, renverser le cours de l’austérité. On avait l’impression d’aller toujours plus loin vers la perte de droits. Nous ne l’avons pas seulement arrêtée : nous avons timidement fait tourner la roue pour que les gens récupèrent des droits. D’abord, pour freiner le dumping social qui était en train de se mettre en place, et puis également pour une autre question très importante, celle des impôts des grandes fortunes et des multinationales : on a renversé la pente du dumping fiscal, qui ravage l’Europe et qui a également ravagé notre pays.

Dans ce type d’accords, entre des structures partisanes traditionnelles comme le PSOE et des formes politiques émergentes comme la vôtre, comment garantir que Podemos ne se perde pas dans le jeu institutionnel ? Où situer les lignes rouges ?

Il n’est pas possible de garantir que cela n’arrive pas. Cela peut toujours arriver. Selon moi, pour que cela ne se passe pas, le plus important réside dans ce qui se trouve en dehors de Podemos, et non pas ce qu’il y a en son sein. Le plus important, c’est de maintenir la mobilisation sociale et la pression dans les rues. Nous considérons qu’il faut que les retraités continuent à exiger des retraites dignes, qu’ils répètent que ces accords ne sont pas suffisants et que nous devons aller plus loin. Ce que fait aussi le Syndicat des locataires(1), ce que fait aussi la PAH(2), ce que fait aussi le mouvement féministe : ils disent que ce n’est pas suffisant, et nous le disons aussi. Nous avons besoin de nombreuses personnes dans les rues pour faire pression sur le Parti socialiste, mais également sur Podemos. Je crois que c’est là le meilleur moyen pour que nous ne tombions pas dans un « labyrinthe de Pan » institutionnel.

Au niveau européen, quel est l’objectif de l’accord « Maintenant le Peuple », conclu entre la France insoumise, Podemos et le Bloco de Esquerda ?

Trois nouveaux membres nous ont rejoint : la gauche finlandaise (Alliance de Gauche), la gauche suédoise (Parti de Gauche) et la gauche danoise (Alliance Rouge-Verte). Nous voulons l’étendre, évidemment, à plus de partis. Ces six organisations ont signé le manifeste de Bruxelles. L’objectif, par exemple, est d’empêcher que l’Union européenne ne dise non à l’augmentation du salaire minimum à 900 euros en Espagne.

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Dani Gago / Podemos

Obtenir des soutiens extérieurs, donc ?

Non, changer l’Union européenne. Nous considérons que cette Union européenne, aujourd’hui, ne nous sert pas. Un projet européen est nécessaire : nous sommes européistes, mais cette Union européenne-là n’est qu’une machine destructrice de droits et génératrice d’eurosceptiques. Nous croyons qu’il est nécessaire de retourner l’Europe. Pour cela, nous estimons que ce n’est pas faisable seulement depuis Podemos, que ce n’est pas faisable seulement depuis nos partis nationaux, mais que nous devons avoir des alliés. En Espagne, nous avons toujours dit, dans les mouvements sociaux, « si tu ne peux pas seul, avec des amis si ». Eh bien, voilà, nous souhaitons avoir de nombreux amis en Europe, pour changer, pour renverser cette Europe-là, qui voit d’un mauvais œil que nous augmentions soudainement le salaire minimum à 900 euros en Espagne, ou le fait que nos retraités aient une pension de retraite liée à l’IPC [une retraite indexée sur l’inflation – NDLR]. Ce qui est une véritable honte, puisqu’il n’y a là rien de révolutionnaire. Ce sont de timides réformes. Mais même cela, cette Union européenne des restrictions budgétaires et de l’austérité n’est pas disposée à l’assumer. Si elle ne peut même pas assumer cela, c’est qu’elle ne sert à rien. Pas seulement pour Podemos : elle ne sert à rien pour le peuple espagnol, pour le peuple français, pour les peuples d’Europe.

En Espagne et en France, des débats traversent les gauches quant au niveau adéquat de lutte contre le néolibéralisme. Cela doit-il s’envisager au niveau national, au niveau européen, aux deux ?

Les deux, évidemment. Je suis profondément internationaliste, et je crois que le problème de la gouvernance néolibérale n’est pas un problème exclusivement espagnol, et qu’il n’est même pas non plus exclusivement européen. Nous sommes confrontés à un mouvement réactionnaire global, à l’instar de Trump aux États-Unis, ou la manière dont Bolsonaro pourrait gagner au Brésil. Face à cela, il faut des réponses : en Espagne, en Europe, mais aussi au niveau international. Pour Podemos, cette dimension internationaliste est claire.

Que pensez-vous de la réaction de Pedro Sanchez, qui a fermement condamné et a qualifié d’ »inadmissible », le vote, au Parlament catalan, d’une motion critique envers le roi Felipe VI et la monarchie ?

Absurde. Cela me paraît tout à fait absurde. L’histoire du Parti socialiste est une histoire de républicains, de combattants pour la République, de socialistes morts pour la défendre, elle et la démocratie. Nous ne comprenons pas ce que ce font Pedro Sánchez et d’autres socialistes, en persistant à rester vassaux d’un roi. Nous ne le comprenons pas.

Dans votre esprit, la République est-elle un symbole ou un nouveau paradigme qui permettrait des changements politiques ?

Pour moi, la République ne devrait pas être quelque chose de symbolique mais justement un modèle où nous pourrions, depuis les classes populaires, décider de tout. Et pas seulement de la question du roi ou de son absence. Je ne veux pas de changer de roi pour Sarkozy, ou pour Macron… quoique je préférerais pouvoir voter, évidemment. Mais selon moi, la République, c’est parler de l’avenir, parler du présent, mais par dessus tout parler de la construction d’une nouvelle société. Et je crois que nous sommes en capacité de le faire.

Au sein de Podemos, vous êtes également coordinateur de l’espace de mémoire historique : que pensez-vous du fait que le parti d’extrême-droite Vox et son leader, Santiago Abascal, aient réussi à réunir dix milles personnes lors de leur dernier meeting ? Est-ce quelque chose de nouveau ?

Non, ce n’est pas nouveau. Fuerza Nueva (3), déjà, dans les années 1980, arrivait à organiser des meetings de cinquante milles personnes et n’a pas obtenu de député. Fuerza Nueva a perdu l’unique député de l’extrême-droite espagnole, Blas Piñar, en 1982. Ils l’avaient obtenu en 1977. Et ils l’ont perdu malgré les mobilisations très importantes de l’extrême-droite, bien plus importantes que celles d’aujourd’hui, avec des meetings beaucoup plus grands. Je crois que ce qu’exprime Vox, c’est quelque chose qui a toujours existé : le problème, c’est que cela était normalement contenu à l’intérieur d’un Parti populaire accueillant. Vox n’a rien à voir avec le Front national français. Il ressemble plus aux réactionnaires polonais. C’est plutôt un parti réactionnaire… Vox est une scission du PP ! Par sa droite. C’est quelque chose qui se démarque de ce que serait la nouvelle extrême-droite à la Le Pen ou la Salvini en Espagne. Il n’appelle pas au vote des déçus de la gauche, ou au vote des abstentionnistes. Il appelle au vote de l’électeur historique du Parti populaire.

Notes : 

(1) Le « Sindicato de Inquilinas y Inquilinos » lutte contre la spéculation immobilière, la hausse des prix des logements en location et pour une régulation des tarifs immobiliers.
(2) La « Plateforma de Afectados por la Hipoteca » (Plateforme des personnes affectées par les hypothèques immobilières) lutte contre les expulsions des personnes dans l’incapacité de payer leur crédit immobilier, et pour l’instauration d’une loi spécifique qui tienne compte des effets de la crise économique et réduise le pouvoir des banques.
(3) Fondé en 1976, le parti Fuerza Nueva rassemble de nombreux nostalgiques du franquisme opposés à la Transition. Il disparaît en 1982.

Légende : Miguel Urbán

Crédits : Dani Gago / Podemos

1 Comment

  1. Jean-Paul B.

     » Changer l’Union européenne. Nous considérons que cette Union européenne, aujourd’hui, ne nous sert pas. Un projet européen est nécessaire : nous sommes européistes, mais cette Union européenne-là n’est qu’une machine destructrice de droits et génératrice d’euro-sceptiques. Nous croyons qu’il est nécessaire de retourner l’Europe. » (Miguel Urbàn de PODEMOS).
    Désolé de le re-dire, mais en voilà un de plus qui ne connait pas les traités européens et qui va, par son ignorance (duplicité?), tromper ses électeurs!
    La modification des traités requiert l’UNANIMITÉ des 28 pays membre de l’UE (bientôt plus que 27!).Cela signifie que si c’est possible en théorie,c’est IMPOSSIBLE à réaliser dans les faits et c’est bien pour cela qu’ils ont été adoptés par les représentants euro-béats des peuples dans leurs Parlements nationaux respectifs et par les gouvernements européistes de la « gôche »rose et Verte et/ou de Droite de chacun des pays composant l’UE.
    Combien de temps encore allons-nous attendre de voir des journalistes,au fait de ces questions européennes,capables de contredire les propos (mensongers? naïfs?) de ceux à qui ils tendent leurs micros,SIMPLEMENT en leur opposant les textes en vigueur?
    Se contenter d’enregistrer les réponses sans dire qu’elles sont fausses car en contradiction avec les textes qui régissent le fonctionnement de l’UE, peut être considéré comme étant de la complicité avec les propagateurs des fausses informations sur l’UE réformable!
    Gros boulot pour ceux qui souffrent de paresse intellectuelle.

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