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Les jours de Donald Trump sont-ils comptés ?

Les jours de Donald Trump sont-ils comptés ?

Le flot continu des scandales qui se déverse sur la Maison-Blanche a de quoi déboussoler l’observateur occasionnel. Ce ne sont pourtant pas les dernières révélations qui décideront de l’avenir de Donald Trump, mais les élections de mi-mandat.

Donald Trump serait incompétent, émotionnellement instable, dépourvu d’empathie et doté de la capacité cognitive d’un enfant de cinq ans. Pour éviter qu’il ne précipite son pays dans le chaos, il nécessiterait l’attention permanente des membres de son administration, dont l’action permettrait de contenir ses pulsions les plus dangereuses. C’est la thèse défendue par Fear, le dernier livre du journaliste Bob Woodward, à qui l’on doit notamment les révélations du Watergate.

Dans une tribune anonyme publiée par le New York Times, un haut fonctionnaire de l’équipe gouvernementale confirme toutes ces informations. L’auteur affirme que la possibilité de destituer le président des États-Unis, à l’aide du 25e amendement (prévue en cas d’incapacité du président à exercer ses fonctions), fut très sérieusement envisagée par les équipes gouvernementales, avant d’y préférer une forme de résistance souterraine. « Ne vous inquiétez pas, il y a des adultes dans la maison », écrit-il.

Rien de nouveau sur le fond. Les traits de caractère attribués à Donald Trump n’auront pas échappé à l’observateur aguerri, tant le président américain n’a eu de cesse d’en faire publiquement la démonstration. Et puisque l’exécutif fonctionne malgré tout, c’est qu’il y a bien des capitaines à la barre du navire présidentiel.

Le caractère inédit de ces révélations provient de leur forme, et de la crise constitutionnelle qu’elles impliquent. Comme l’a très bien résumé Elizabeth Warren*, soit Donald Trump est incapable d’exercer ses fonctions, et doit être destitué à l’aide du 25e amendement, soit les auteurs anonymes doivent se taire et obéir au président, au lieu de l’empêcher de mener les politiques pour lesquelles il a été élu.

Certains de ses électeurs, dont ceux que j’ai pu interroger, se félicitent qu’il y ait « des adultes dans la salle » pour l’empêcher d’amorcer un rapprochement diplomatique avec la Russie, ou de retirer unilatéralement les USA de certains accords de libre-échange (par exemple). D’autres y verront un paradoxe : les élites contre lesquelles Trump fit campagne se vantent dans les colonnes du New York Times de saboter le programme politique du président, au nom de la défense de la démocratie.

Quoi qu’il en soit, ces révélations interviennent dans le contexte très particulier des élections de mi-mandat. Bernie Sanders et Barack Obama les ont qualifiées de « scrutin historique ». Avec en ligne de mire l’avenir de Donald Trump, et de la nation tout entière.

Lire aussi : Jean-Eric Branaa : « Les révélations de l’administration de Trump sont une aubaine pour lui »

Donald Trump peut-il être destitué ?

La constitution américaine offre deux options pour destituer un président de la République. Sous condition de réunir au moins huit chefs de cabinets ministériels plus le vice-président, le 25e amendement permet de révoquer le président pour motif d’incapacité à exercer ses fonctions. À en croire l’auteur de la tribune anonyme, l’option fut sérieusement discutée dans les couloirs de la Maison-Blanche. Le président pourrait néanmoins faire appel d’une telle décision, qui devra alors être validée par un vote à la majorité aux deux tiers du Congrès.

Alternativement, la Chambre des Représentants détient le pouvoir de voter le déclenchement d’une procédure de destitution, qui devra être validée par un vote au deux tiers du Sénat.

Après le Watergate, Richard Nixon préféra démissionner plutôt que de subir cette humiliation. Suite à l’affaire Monica Lewinsky, le Parti républicain déclencha une procédure de destitution à l’encontre de Bill Clinton. Elle échoua face au Sénat, la majorité démocrate jugeant l’offense insuffisante pour justifier une telle décision.

Dans le cas de Donald Trump, une dizaine de motifs graves allant de l’obstruction de la justice jusqu’au délit dans le financement de campagne ont été identifiés par des juristes et membres du Congrès. Si Donald Trump échappe pour l’instant à toute procédure d’impeachment, c’est pour des motifs purement politiques. En clair, il doit sa survie au Parti républicain qui contrôle les deux chambres du Congrès.

La tribune publiée dans le New York Times résume parfaitement la situation : le Parti républicain préfère s’exposer aux excès de Donald Trump, plutôt que de prendre le risque de perdre le soutien de sa base électorale. Et cela paye, comme le rappelle l’auteur qui se félicite des dérégulations bancaires et environnementales, des gigantesques baisses d’impôts pour les riches, et de la hausse du budget militaire obtenu « en dépit de Donald Trump ».

Tant que le Parti républicain sera majoritaire au Congrès, il y a peu de chance que la situation évolue, sauf si la base électorale de Donald Trump venait à se réduire à peau de chagrin. Or cette dernière s’est montrée particulièrement résiliente aux multiples scandales qui entachent la Maison-Blanche.

D’où l’importance des midterms, qui devraient rebattre les cartes de façon décisive.

Les midterms : quitte ou double pour Donald Trump

L’ensemble de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat seront renouvelés le soir du 6 novembre prochain, date des élections de mi-mandat.

Si les démocrates remportent une majorité dans l’une ou l’autre des deux chambres du Congrès, ils obtiendront une capacité de blocage parlementaire totale, et seront en mesure de déclencher un véritable torrent de commissions d’enquêtes visant Donald Trump et le Parti républicain. Une centaine de sujets sont déjà sur la table, de la gestion catastrophique de l’ouragan Maria qui a coûté la vie à plus de trois mille Américains à Puerto Rico, jusqu’aux conflits d’intérêts qui minent la Maison-Blanche. Donald Trump pourrait être forcé de divulguer sa déclaration de patrimoine, et le Parti républicain de s’expliquer sur les multiples scandales qu’il a choisi de couvrir depuis deux ans. Cette perspective promet d’ensevelir la Maison-Blanche sous une montagne de procédures judiciaires, et terrifie les principaux intéressés.

À cela s’ajoute la bombe à retardement que représente l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, chargé de faire toute la lumière sur les soupçons d’ingérence russe dans les élections de 2016. Si la collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et le Kremlin ne constitue pas un délit à proprement parler, les multiples affaires de corruption que Mueller découvre au fil de son enquête pourraient faire vaciller le président.

Encore une fois, la conclusion ne pourra être que politique, et sanctionnée par les électeurs. Si le Parti républicain parvient à conserver sa majorité à la Chambre des représentants, le pouvoir de Donald Trump s’en trouvera infiniment renforcé, car justifié par un scrutin national interprété comme un référendum en faveur du chef de l’État.

Les sondages donnent 8 points d’avance aux démocrates. Mais les midterms sont un agrégat d’élections locales. Et à ce titre, le Parti démocrate part avec un désavantage certain, pour de nombreuses raisons structurelles que nous n’expliciterons pas ici. Les nombreuses lois électorales mises en place par le Parti républicain pour restreindre l’accès aux bureaux de vote des minorités ethniques, auxquelles s’ajoute le découpage partisan des circonscriptions (gerrymandering), n’arrangent rien. Malgré tout, l’incontournable site de pronostics politiques Fivethirtyeight.com donne les démocrates vainqueurs à 75 %. Autrement dit, Donald Trump aurait une chance sur quatre de provoquer un nouveau séisme politique.

Compte tenu du taux de participation historiquement faible (un électeur sur trois s’est déplacé en 2014), la clé de cette élection réside dans la mobilisation de l’électorat.
Trump a parfaitement intégré cette réalité, et multiplie-les réunion de campagne pour énergiser sa base. Mais le président ne se contente pas de remettre son sort entre les mains des électeurs, il s’est lancé dans de profondes manœuvres pour affaiblir les contre-pouvoirs capables de lui faire de l’ombre. La presse en général et le département de justice en particulier sont la cible de critiques quotidiennes destinées à décrédibiliser les révélations des journalistes et l’enquête du procureur Mueller. Son garde des sceaux, Jeff Sessions, sera probablement remplacé par un franc-tireur déterminé à protéger le président des enquêtes judiciaires après les midterms, comme l’a indiqué le sénateur Lindsey Graham, proche du président. À moins que les démocrates obtiennent une majorité au Sénat qui leur permettrait de bloquer cette nomination.

Plus grave, le Parti républicain s’empresse de garnir les cours fédérales de justice de magistrats sélectionnés par Donald Trump. Le fait le plus marquant reste la confirmation imminente du juge à la Cour Suprême Brett Kavanaugh, un extrémiste particulièrement impopulaire, ouvertement anti-avortement et partisan de la restriction du droit de vote des minorités ethniques. Il a assuré Donald Trump de sa fidélité en se déclarant opposé à l’inculpation judiciaire d’un président en exercice…

Lire aussi : « États-Unis : L’exploit d’une jeune démocrate socialiste »

Donald Trump, une menace pour la démocratie ?

Selon le Washington Post, le New York Times et la Maison-Blanche (sic), Donald Trump aurait cherché à envahir le Venezuela, à assassiner Bachar al-Assad et à détruire préventivement la Corée du Nord. The Intercept révèle qu’il soutenait également le projet saoudien d’invasion du Qatar, déjoué en partie grâce aux efforts du secrétaire d’État Rex Tillerson (limogé depuis).

Mais Trump menace aussi la démocratie aux États-Unis. Ses attaques incessantes contre la presse et le département de Justice, sa propension à offrir le pardon présidentiel à d’authentiques criminels et ses manœuvres d’obstruction de la justice s’accompagnent d’un effort soutenu pour garnir les Cours fédérales de juges proches de l’extrème droite.

Si les démocrates remportent les élections de mi-mandat, les abus de pouvoir de Donald Trump subiront un coup d’arrêt. Et avec eux, les politiques conservatrices qui visent à détruire les systèmes de protections sociales et les régulations environnementales. Une défaite, au contraire, conforterait Trump et ses alliés républicains, qui n’auront plus aucune raison d’observer la moindre retenue.

Politicoboy, socio et blogueur politique vivant aux États-Unis

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*Élisabeth Warren est une sénatrice démocrate du Massachusetts, proche de Bernie Sanders et candidate potentielle à la Maison-Blanche.

Légende : Donald Trump, le 29 octobre 2016

Crédits : Gage Skidmore / Flickr

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