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L’Erythrée répond enfin à l’offre de paix éthiopienne

L’Erythrée répond enfin à l’offre de paix éthiopienne

Le gouvernement érythréen n’avait pas répondu formellement à l’offre du Premier ministre éthiopien d’appliquer sans tarder les dispositions de l’accord de paix signé entre les deux pays, après l’épouvantable guerre qu’ils se sont se sont livrés entre 1998 et 2000. Au cœur de leur conflit : plusieurs villages encore occupés par l’Ethiopie, en violation des conclusions d’une Commission d’arbitrage de l’ONU. C’est désormais chose faite : Asmara enverra des diplomates discuter des propositions éthiopiennes. Analyse de notre journaliste Léonard Vincent.

Ainsi, donc, après deux semaines de silence, le tout-puissant président érythréen Issayas Afeworki a fait savoir qu’il se préparait à envoyer une délégation en Ethiopie, pour discuter de l’application de l’accord de paix d’Alger acceptée par le nouveau Premier ministre Abiy Ahmed, après des années de tergiversations.

Selon une source érythréenne, la délégation serait conduite par Yemane Ghebremeskel, un proche conseiller du chef de l’Etat, par ailleurs ministre de l’Information du régime qui gouverne à Asmara. Elle pourrait être composée d’une douzaine de diplomates et de militaires, avec pour feuille de route la phrase prononcée par le président érythréen lors de son discours de mercredi, dans son style inimitable, à l’occasion de la Journée des martyrs : « En dehors de considérations myopes sur les opérations de relations publiques et autres avantages, nous enverrons une délégation à Addis Abeba pour évaluer directement et en profondeur les développements actuels, ainsi que pour élaborer un plan d’action futur continu. »

Commencement d’un processus de paix ?

Les circonvolutions et le long silence érythréen s’expliquent sans doute par la surprise et la méfiance. L’ombrageux Issayas Afeworki, qui répétait depuis des années qu’il n’y aurait aucune négociation avec l’Ethiopie tant que des troupes étrangères occupaient encore les territoires occupés, a sans doute voulu attendre plusieurs choses avant de répondre.

D’abord, d’évaluer la nature exacte de l’offre éthiopienne, faite par la coalition au pouvoir et non par le chef du gouvernement ou son parlement, et d’ailleurs aussitôt contestée par les gouvernements provinciaux du Tigré et le Front populaire de libération du Tigré, le parti de l’ancien Premier ministre Meles Zenawi, marginalisé depuis la prise de fonction de l’oromo Abiy Ahmed. Ensuite, les réactions que n’ont pas manqué de provoquer cette annonce, notamment dans les régions frontalières du Tigré et de l’Afar, où des manifestations hostiles au Premier ministre ont eu lieu après sa main tendue. Enfin, les explications des intermédiaires, probablement américains, saoudiens et émiratis, qui ont œuvré dans l’ombre pour obtenir une avancée sur ce sujet qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis la fin de la guerre de 1998-2000.

L’enjeu des pourparlers est donc de renouer le dialogue entre deux pays ennemis, qui ont officiellement rompu en 1998, de dessiner une feuille de route pour la restitution ordonnée des villages occupés, et voire même d’établir des règles communes pour les futures relations entre Addis Abeba et Asmara.

Mais étant donné le chemin restant à parcourir et les difficultés d’une mise en application de l’accord de paix (notamment sur le sort des habitants éthiopiens des villages aujourd’hui occupés), on peut s’attendre à l’irruption d’obstacles importants. L’envoi d’une délégation érythréenne à Addis Abeba n’est donc que le début du commencement d’un possible processus de paix, mais guère plus à ce stade.

Photo : Abiy Ahmed, Premier ministre de l’Ethiopie

Crédits : Capture d’écran / YouTube

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