Le « green new deal » : une lueur d’espoir aux Etats-Unis

Le « green new deal » : une lueur d’espoir aux Etats-Unis

Les élus issus de l’aile gauche du parti démocrate viennent de déposer une résolution au Congrès des États-Unis pour un « green new deal » qui doit permettre de combattre le réchauffement climatique tout en répondant à l’urgence sociale. Ce plan « emploi-justice-climat » pose le cadre qui servira de point de départ à la rédaction des propositions de loi. Porté par la jeune élue socialiste Alexandria Ocasio-Cortez, le nom de ce texte particulièrement ambitieux s’inspire du fameux « New Deal » de Franklin Roosevelt. Explications par Politicoboy, socio et blogueur basé au Texas.

Malgré le fait qu’un nombre important de partis politiques reconnaissent l’urgence climatique et acceptent les conclusions des rapports du GIEC (dépendant de l’ONU), aucun n’avait jusqu’à présent proposé une feuille de route claire et concrète pour répondre à l’urgence. À titre d’exemple, on ne peut qu’être consterné du fait qu’Emmanuel Macron, en dépit de son hastag #makeourplanetegreatagain, ne propose rien de plus que des ambitions contradictoires et des objectifs flous, renvoyés à un horizon lointain. Avec cette résolution déposée au Congrès des États-Unis, les citoyens américains disposent enfin d’un cadre législatif et d’un plan cohérent.

Un manifeste écosocialiste

Le document se lit comme un manifeste écosocialiste. Il évite soigneusement les écueils et controverses les plus techniques pour tracer une feuille de route claire et (relativement) consensuelle.

L’ambition affichée est de transformer l’économie américaine pour arriver au « zéro émission carbone » d’ici 2050 afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, conformément aux recommandations du rapport du GIEC publié en octobre 2018.

Le texte repose sur cinq objectifs : « arriver à la neutralité carbone via une transition juste vis-à-vis de toutes les communautés et travailleurs » ; « créer des millions d’emplois bien rémunérés, tout en garantissant un emploi à chaque Américain » ; « investir dans les infrastructures du pays pour répondre aux défis du XXIe siècle » ; « garantir à tous les Américains un accès à une eau et une atmosphère non polluée, une résilience face aux effets du changement climatique, un accès à la nature et à une nourriture de qualité » et, enfin, « protéger et lutter contre l’oppression des communautés et classes sociales les plus fragiles et les plus exposées au changement climatique : les personnes de couleurs, les bas-salaires, les pauvres, les femmes, les personnes âgées, la jeunesse, les sans-abris et les handicapés ».

Pour atteindre ces objectifs, le document préconise quatorze axes ou « projets » qui vont de l’investissement dans les énergies renouvelables à l’isolation thermique des bâtiments, en passant par le développement d’une agriculture respectueuse des sols, soutenable et locale ; l’établissement d’un protectionnisme solidaire ; décarboner l’économie en plantant des arbres et restaurant des écosystèmes ; développer les véhicules électriques et le train ; promouvoir l’échange coopératif de technologie verte avec le monde entier dans le but de faire des États-Unis le leader du secteur et renforcer la résilience du pays face au changement climatique.

Ces axes sont eux aussi soumis à des impératifs, au nombre de quinze, parmi lesquelles on trouve essentiellement des exigences sociales : une garantie universelle à l’emploi, un accès gratuit à la santé, une éducation et une formation professionnelle de haut niveau et un salaire minimum permettant de vivre décemment.

En clair, le texte combine un plan ambitieux pour le climat à un développement économique sans précédent, dont l’essence repose sur la justice sociale et la résilience. L’originalité vient du fait qu’il laisse de côté certains débats qui divisent les écologistes : il n’est pas fait mention d’une taxe carbone ni du mode de financement (qu’on devine particulièrement dépendant du déficit public).

À l’inverse, il place au cœur du projet la protection des populations les plus exposées et prévoit des investissements massifs pour rendre le pays plus résilient aux effets du changement climatique.

Si le texte n’a aucune chance de se concrétiser tant que Donald Trump sera à la Maison-Blanche et le parti républicain majoritaire au Sénat, il permet de définir ce que « green new deal » signifie, et va obliger les candidats démocrates à la présidentielle à prendre position sur ce texte. Or, les derniers sondages publiés avant la rédaction du document montraient un très large soutien de l’opinion publique : près de 80% des Américains approuvent la notion de « green new deal », dont 55% d’électeurs de Donald Trump.

La route sera longue, mais c’est la première fois qu’un parti politique place avec succès la lutte contre le réchauffement climatique au centre du débat politique.

Cette approche permet d’inscrire dans un seul projet écologique l’essentiel du programme politique de la gauche radicale. Une méthode dont la France insoumise pourrait s’inspirer pour faire passer son message en vue des Européennes, à condition de préciser que les traités actuels ne permettent pas de financer ni mener à bien un tel projet.

Politicoboy, socio et blogueur politique vivant aux États-Unis

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Légende : Discours d’Alexandria Ocasio-Cortez, après sa victoire du 6 novembre

Crédit : Capture d’écran / Twitter / Democracy Now

2 Comments

  1. Pif_Hercule

    À quand un « Green New Deal » proposé tel quel en France ?…

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  2. Jean-Paul B.

    « L’aile gauche du Parti Démocrate » (sic!),je vois malheureusement qu’au Média vous continuez à vous bercer d’illusions sur les partis de gouvernement des États-Unis,au risque de gueule de bois XXL en cas de divine surprise.
    Avez-vous déjà oublié que Républicains et Démocrates US sont tous deux financés par le Big Business pour défendre le système dont il tire profit?
    Ce qui les « oppose » c’est le sociétal (peine de mort,légalisation du cannabis,LGBT,PMA,mariage pour tous,religion,armes à feu,…) pas le « social »(droit du travail,fiscalité plus juste,services publics,etc.) .
    Attention: L’absence de mémoire historique est risquée pour des journalistes honnêtes qui ambitionnent d’informer les citoyens!

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