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La Chine impose la mode de la reconnaissance faciale

La Chine impose la mode de la reconnaissance faciale

Avec presque une caméra pour deux habitants, la Chine met en place un système de surveillance de masse qui n’a rien à envier à « 1984 » de George Orwell.

Vous pensez être à la pointe de la technologie, quand, à la boulangerie, vous souriez à la boulangère et lui dites: « paiement sans contact s’il vous plait » ?

Vous allez être étonné.

Un lycée de Hangzhou, dans le Sud Est de la Chine, vient de mettre en place la reconnaissance faciale dans ses classes. Le but? Décrypter les émotions des élèves, en direct. Et repérer les cancres, trahis par certains regards, un langage corporel laissant apparaître de l’ennui…

Et tout cela grâce à des emojis. Parce que c’est connu, toutes les émotions humaines peuvent être traduites par des emojis.

Cette nouvelle utilisation de la reconnaissance faciale, business d’ailleurs florissant, n’est qu’un exemple de plus dans un pays, la Chine, dont la surveillance est une raison d’être.

Rappelez-vous cet excellent épisode de l’avant-dernière saison de Black Mirror, « Nosedive ».  La vie de l’héroïne était conditionnée par les notes qui lui attribuaient ses amis, ses collègues…

La Chine Big Brother

C’est exactement ce qu’il se passe en Chine. Le pays comptera, selon les estimations, 600 millions de caméras de vidéosurveillance d’ici à 2020. Presque une caméra pour 2 habitants. Christian Estrosi est en fait un petit joueur dans le secteur!

« La Chine, c’est Big Brother. C’est le pays le plus pays qui se rapproche le plus de 1984, les ressemblances sont énormes », nous explique Laurent Mucchielli, sociologue et spécialiste des questions de sécurité.

En Chine, depuis quelques temps, un système de paiement se développe vitesse grand V: Alipay. Lancé par le tycoon Jack Ma, fondateur et propriétaire du site Alibaba, Alipay est un système de paiement qui utilise la reconnaissance faciale. A Hangzhou toujours, il est aujourd’hui possible dans les restaurants de la chaîne de fast food KFC de payer avec son visage, sans téléphone ni même carte. Jack Ma avait lancé en grandes pompes son innovation en 2015 avec le slogan « smile to pay », un élément de langage à peine voilé. Le système Alipay est jumelé à Zhima Crédit, une technologie qui attribue des points aux utilisateurs. Rembourser son crédit dans les temps par exemple vous apportera des points. Un délit au contraire vous empêchera de faire des achats sur certains sites, de réserver un billet d’avion sur telle compagnie… Devenir un paria à cause du jugement chiffré de ses contemporains, une réalité dans certaines villes chinoises.

Le pays dirigé par Xi Jinping ne s’arrête pas là et multiplie les expériences orweliennes: la police de Zhengzhou, une ville du centre de pays et peuplée d’environ 10 millions d’habitants, est équipée de lunettes de reconnaissance faciale pour traquer les criminels. Le gouvernement tente de communiquer sur l’efficacité de cette technologie: à Nanchang, les policiers auraient arrêté un homme dans une foule de 50 000 personnes, grâce aux miracles technologiques de ces lunettes.

Pourtant, à en croire Laurent Mucchielli, la technologie est encore loin d’être infaillible. « la reconnaissance faciale fait énormément d’erreurs, c’est une technologie sur laquelle de nombreux constructeurs se sont positionnés, mais qui peine à convaincre à part quelques exemples comme la Chine ».

Est-ce qu’une telle technologie pourrait être légalement utilisée en France?

Le sociologue rappelle un élément souvent oublié lorsqu’on parle de vidéosurveillance. « Pour qu’un système de reconnaissance faciale fonctionne, il faut au préalable ficher la population. Les Chinois sont fichés, les Français, heureusement, non. »

Pour autant, l’utilisation la “RF”, se rapproche géographiquement. En matière de technologies, de gadgets, il y a aussi il y a des modes, de la “hype”.

Au Royaume-Uni par exemple, un pays pourtant habitué aux caméras de surveillance (leur mise en place date de 1998), le débat est houleux en ce moment. Le gouvernement réfléchit sérieusement à développer les capacités des caméras CCTV, sans vrai cadre légal protégeant la vie privée des Britanniques. La reconnaissance faciale arrive peu à peu dans des pays qui n’ont rien de régimes autoritaires.

« On peut imaginer que dans quelques années, la France teste cette technologie, ce n’est pas de la science-fiction », prévient Laurent Mucchielli. Dans son dernier livre, « Vous êtes filmés », le sociologue décrit les croyances magiques de certains hommes politiques français à ces technologies. Sans aucune statistique prouvant une quelconque efficacité…

Rappelez-vous: en janvier, Christian Estrosi testait à Nice Reporty, une application israélienne qui permettait de dénoncer les citoyens coupables d’incivilités en envoyant un flux vidéo en direct à la police. « Au niveau local, ces gadgets technologiques rassurent un pan non-négligeable de l’électorat. Et au niveau national, les Etats s’en servent comme arme de communication », détaille Laurent Mucchielli.

Juste avant sa mort, Orwell, dans une lettre, mettait en garde ses lecteurs contre la surveillance de masse. Son roman d’anticipation sonne aujourd’hui très juste, et décrit une réalité qui n’a plus grand-chose à voir avec de la science-fiction.

Photo : Pub chinoise pour KFC

Crédits : Capture d’écran/ Site udso-a.akamaihd.net

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