John Bolton au Conseil à la Sécurité nationale , Un Docteur Folamour aux commandes

John Bolton au Conseil à la Sécurité nationale , Un Docteur Folamour aux commandes

4 janvier 2017, Greenwich Village, New-York. C’est une scène passée inaperçue que rapporte le journaliste Michael Wolff dans son livre Fire and Fury. Elle implique Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique du président des États-Unis, avant d’être limogé en août 2017, et Roger Ailes, ex-patron de Fox News et grande figure de l’aile droite du monde médiatique américain.

Steve Bannon se demande qui sera nommé au poste de conseiller à la Sécurité nationale. Il ajoute « qu’il a essayé de faire nommer à ce poste John Bolton, le plus célèbre faucon de la diplomatie américaine. (…) » Roger Ailes répond : « C’est un lanceur de bombes et un petit emmerdeur, mais on a besoin de lui. Qui d’autre est bon sur Israël ? Flynn est un peu dingo sur l’Iran. Tillerson – le secrétaire d’État – ne connaît que le pétrole.
— La moustache de Bolton est un obstacle, répond Bannon avec un sourire en coin. Trump pense qu’il n’a pas la tête de l’emploi. Comme vous le savez, il faut apprendre à l’aimer.
— Il paraît qu’il a eu un problème, il s’est battu dans un hôtel, une nuit, il courait après une femme.
— Si je raconte ça à Trump, il pourrait avoir le job. »
Fin de la scène qui dit tellement dans sa crudité et son cynisme.

Comme à son habitude, ou presque, c’est par un tweet que le président Trump a annoncé ce 22 mars la nomination de John Bolton, et par là-même le limogeage de son désormais prédécesseur, le General H.R. McMaster.

Un limogeage qui trouble, Herbert Raymond McMaster, 55 ans, avait en effet quitté le Pentagone en février 2017 pour remplacer au pied levé l’ancien chef du renseignement militaire américain Michael Flynn. Ce dernier avait été forcé à la démission après seulement 22 jours à son poste en raison de ses supposés contacts illicites avec des responsables russes pendant la campagne électorale.

La nomination de John Bolton, 69 ans, au poste de conseiller à la Sécurité nationale ne fut pas un coup de tonnerre dans un ciel politique américain serein. La valse des conseillers épuisés, 27 démissions ou limogeages en moins d’un an, en est l’un des symptômes les plus probants. Il est le troisième à occuper ce poste depuis l’élection de Donald Trump.

Cette nomination n’augure rien de bon pour une sérénité future, ni pour le pays, ni pour le monde.
Car qui est John Bolton ? Moustache blanchie et lunettes d’acier, il n’est pas un nouveau venu dans la politique internationale. Donald Trump semble même là procéder à un recyclage. Le nouveau conseiller fut de 2005 à 2006 ambassadeur des Etats-Unis aux Nations-Unis. Institution multilatérale qu’il a pourtant toujours très fortement critiquée. Pilier du néo-conservatisme, il est également une figure incontournable du Parti républicain. Tenant d’une ligne politique qui vise à délier les Etats-Unis de tout respect d’un minimum de droit international, il a été très actif dans le retrait des États-Unis du traité anti-missiles balistiques et de la Cour criminelle internationale. Idéologiquement, il se situe donc dans la lignée des Cheney, Rumsfeld et Perle qui avaient fait les beaux jours de l’administration Bush Jr, et les mauvais jours de l’Afghanistan et de l’Irak.

Désormais John Bolton va peser sur l’avenir belligérant –ou pas- des Etats-Unis. Dans sa ligne de mire, voire dans son angle de tir, l’Iran, la Corée du nord et la Russie. Une ligne très dure, inflexible diront certains. Ce qui interroge est le pourquoi d’un Faucon notoire et néo-con’ patenté, qui a soutenu la guerre contre la Libye et l’intervention en Syrie. Autre fait d’armes, son soutien total à la guerre contre l’Irak en 2003. Pourtant Donald Trump a toujours critiqué cette intervention durant sa campagne électorale. Lors de l’un des débats républicains qui avait précédé cette élection, le désormais président des Etats-Unis avait estimé que cette guerre avait été une « terrible erreur ». « Nous faisons tous des erreurs. Mais celle-là était de toute beauté », avait-t-il souligné. Il est revenu sur l’invasion de l’Irak en 2003, affirmant : « Ils ont menti, il n’y avait pas d’armes de destruction massive. »

Bolton a régulièrement pris position pour le bombardement de Téhéran et s’est déclaré favorable à une guerre préventive contre la Corée du Nord, après s’être fait l’avocat d’une attaque « préventive » contre l’Iran.

Shaul Mofaz, ancien ministre israélien de la défense, a ainsi révélé que John Bolton, le nouveau conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, l’avait poussé dans le passé à effectuer des frappes aériennes contre l’Iran. « Il avait tenté de me convaincre qu’Israël devait attaquer l’Iran », a déclaré Shaul Mofaz lors d’une conférence, à Jérusalem, organisée par le quotidien Yedioth Ahronoth.
Voilà pour le profil politique de John Bolton, à quoi s’ajoute un profil psychologique qualifié par certains d’irascible, voire d’erratique.

Que faut-il attendre de cette nomination ? Le premier pays à devoir s’en inquiéter est évidemment l’Iran. L’obsession de John Bolton est de voir l’accord iranien adopté sous Obama dénoncé par les Etats-Unis. Il plaide ainsi pour « sortir de l’accord iranien » signé en 2015 par les grandes puissances avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire. Pour lui, pas de doute, l’Iran développe un programme nucléaire militaire, et non civil comme s’en défend Téhéran.

Autre pays qui aura peut-être à subir les foudres diplomatiques du nouveau conseiller, la Corée du nord. Dans une tribune fin février, il avait écrit qu’ «il est parfaitement légitime pour les Etats-Unis de répondre » à «la menace » représentée par une Corée du Nord nucléaire « en frappant les premiers ».

Sa position sur la Russie tangue un peu en revanche depuis sa nomination. S’il avait réclamé récemment de lourdes sanctions contre la Russie, dans une interview sur Fox News, il a refusé de critiquer une des récentes initiatives du président américain : féliciter Vladimir Poutine pour sa réélection.

Cette nomination, quoi qu’il en soit, tranche sur les positions politiques de Donald Trump, jusque-là jugées isolationnistes. Toute la question est de savoir à qui le président, par cette nomination, a cherché à donner des gages. Pour l’Iran, pas de doute, c’est à Israël et l’Arabie Saoudite du Prince héritier Mohammed Ben Salmane (dit MBS). On pourrait également analyser cette nomination comme un gage, ou un signal du côté du Congrès, pourtant à majorité républicaine. Les relations entre l’équipe Trump et la Russie pendant la campagne électorale présidentielle reste un point épineux pour le président américain. L’administration Trump aborde donc les élections au Congrès, qui se dérouleront en novembre, dans une position instable, voire affaiblie.

Crédits : Flickr

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