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Jean-Eric Branaa : « Les révélations de l’administration de Trump sont une aubaine pour lui » 

Jean-Eric Branaa : « Les révélations de l’administration de Trump sont une aubaine pour lui » 

C’est aujourd’hui, 11 septembre 2018, que paraît Fear de Bob Woodward, célèbre journaliste à l’origine du Watergate. Ce livre ravageur sur Donald Trump, met en avant des témoignages et déclarations de son administration, qui remettent en cause la capacité du président à diriger. À cette occasion on a interrogé Jean-Eric Branaa, chercheur à l’IRIS, maître de conférence à Paris 2 et spécialiste de la politique et de la société américaine.

Le Média : Le livre de Bob Woodward sort à une période difficile pour Trump, qui, selon les sondages, perd en popularité. Ces révélations peuvent-elles avoir une quelconque influence sur son image ?

Jean-Eric Branaa : On est dans une période très particulière pour Donald Trump. Depuis la mort de John McCain, qu’il n’a pas honoré alors que les Républicains auxquels il appartient l’ont reconnu comme un héros, Il perd des sympathisants. Cette prise de position de Trump a été mal perçue. Mais ce qui arrive est une aubaine pour Donald Trump, puisque c’est une attaque de l’extérieur et non pas une bourde du président lui-même. Et à chaque fois qu’il y a une attaque de l’extérieur, on voit que les supporters – car c’est de cela dont il s’agit – du président se resserrent autour de lui. Sa côte de popularité qui avait chutée de 6 points en une semaine pourrait remonter assez rapidement.

À cela s’ajoute une tribune anonyme parue dans le New York Times et baptisée « Je fait partie de la résistance au sein de l’administration Trump »…

C’est effectivement compliqué pour lui. Il a été mis cause par Bob Woodward, célèbre journaliste du Washington Post qui a révélé le Watergate et qui est une référence dans la presse d’investigation aux Etats-Unis, à travers les bonnes feuilles du livre Fear qui sont parus dans la presse. À cela s’ajoute la tribune, qui est publiée le lendemain, dans le New York Times. Tout cela remet en cause la crédibilité de Donald Trump. En revanche, la forme de cette tribune pose de réels problèmes. L’anonymat pour une tribune, s’apparente plus à de la délation et ne permet pas au président Trump de se défendre, ce dont il devrait avoir le droit, puisqu’il ne sait pas qui le remet en cause.

Dans cette tribune nous apprenons l’existence d’un groupe pour contrôler le président. C’est tout de même une remise en cause clair de sa capacité à diriger non ?

Ça s’apparente presque à un coup d’État. La Constitution américaine prévoit que s’il y a un dérèglement, le Congrès doit en être informé afin de prendre les mesures adéquate, à savoir la destitution du président. C’est ce qu’on appelle l’impeachment process, c’est l’article 2 de la Constitution. Là-dessus, on a même Elisabeth Warren, chef de fil de l’extrême gauche américaine, qui a expliqué que ce groupe de personnes n’était pas tolérable, et qu’il devait agir selon la Constitution et donc prévenir le Congrès, s’il y a effectivement des actions contraires à la Constitution américaine de la part de Trump.

Dans le livre de Bob Woodward, comme dans la tribune, le président est décrit comme invivable. Vous pensez que ça peut ternir davantage son image ?

On est dans une mise en cause de Donald Trump qui est toujours la même, c’est-à-dire une mise en cause sur le plan personnel. Et je pense que tous ça va remettre Trump en scelle parce qu’il y a tellement de points qui peuvent être attaqués, que cela lui donne du grain à moudre. Je crois que toutes ces attaques vont plus le servir que le desservir. Depuis le premier jour de sa présidence, on le décrit comme irascible et ingérable. Ces attaques sont connues et n’ont aucune incidence sur sa popularité. Aujourd’hui la théorie selon laquelle les fous sont capables d’aller faire des choses au bénéfice du peuple américain que des gens raisonnables ne pourraient pas faire est mise en avant. Ce genre d’attaque se retourne contre leurs auteurs. Moi je m’en tiens à la règle Goldwater des psychiatres américains qui dit qu’on ne peut avancer que quelqu’un est fou tant qu’il ne l’a pas été diagnostiqué par un psychiatre. Par contre ce qui est sûr, c’est que c’est un personnage particulier. Surtout, des pans de sa politique sont très discutables et qu’il faut se concentrer là dessus. Sinon Donald Trump se dirige vers une réélection.

Ces révélations sont donc un coup d’épée dans l’eau ?

Au lendemain de la parution de la tribune et des bonnes feuilles du livre de Woodward, Donal Trump a tenu un meeting dans l’Etat du Montana. Dans celui-ci, il est en grosse partie revenu sur ces polémiques. Cela a eu pour effet de re-galvaniser ses troupes. Ça renforce leur idée qu’ils sont attaqués parce que Donald Trump est sur la bonne voie pour redresser le pays. Ils se sentent attaqués personnellement et ça c’est quelque choses de très difficile à combattre.

Légende : Donald Trump, le 3 septembre 2015
Crédits : Michael Vadon / Flickr

1 Comment

  1. Politicoboy

    Merci pour cet interview. Je me permets de nuancer certains propos de Jean-Eric Branaa. Elizabeth Warren est tout sauf la cheffe de file de l’extrême gauche américaine. C’est une sénatrice (sénateur ?) Démocrate qui a récemment fait le tour des bases militaires américaines pour affirmer son soutien aux troupes (en vue d’une campagne présidentielle ?) et déclaré : « je suis capitaliste ». Elle s’est surtout illustrée par sa volonté de réguler le capitalisme et la finance, en introduisant de nombreuses propositions de lois au Sénat. Proche de Bernie Sanders, elle reste classée à la droite de celui-ci et serait plutôt une sociale-démocrate. Bernie Sanders lui-même ne saurait être classé à l’extrême gauche, dont un des penseurs les plus influent (Chris Hedges) l’attaquait récemment dans une colonne « Et tu, Bernie » pour son manque de radicalité.

    Un tel manque d’appréciation et de connaissance de la scène politique américaine me laisse perplexe sur le reste du propos. Il est vrai que Donald Trump pourrait tirer parti de ces attaques, mais il en semble peu capable. Sa côte de popularité vient de prendre du plomb dans l’aile, un comble compte tenu de la bonne santé économique historique des Etats-Unis, où même les bas salaires commencent (enfin) à décoller.
    Je partage cependant le fond de l’analyse : on apprend rien qu’on ne savait pas déjà sur l’incompétence de Donald Trump, et l’attaquer sur sa politique plutôt que sa personne serait bien plus efficace à mon sens.

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