Éric Martin : « La Coalition Avenir Québec est un mélange de néolibéralisme et de néoconservatisme identitaire dépolitisé »

Éric Martin : « La Coalition Avenir Québec est un mélange de néolibéralisme et de néoconservatisme identitaire dépolitisé »

Éric Martin est professeur de philosophie à Montréal. Disciple de Michel Freitag, socialiste et souverainiste, il est l’auteur de nombreux ouvrages. Dans le dernier Un pays en commun : socialisme et indépendance au Québec (Écosociété), dans lequel il défend un projet écosocialiste qui allie souverainisme, internationalisme, républicanisme et émancipation. Il fait avec nous le point sur la situation politique au Québec après la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

Ce 1er octobre, la CAQ remporte aux élections générales québécoises 74 sièges (sur 125), soit 37,4 % des voix. Elle devance pour la première fois le Parti libéral du Québec (PQL) de droite et le Parti québécois (PQ) de centre gauche. Il s’agit d’un petit séisme. Jeune parti classé au centre-droit, la CAQ a néanmoins fait campagne sur l’identité nationale et contre l’immigration. Éric Martin nous éclaire sur le positionnement du parti de François Legault et sur les raisons de sa victoire relative.

Le Média : En France, on compara le CAQ au RN. Mais François Legault, le nouveau Premier ministre, a pourtant rejeté le soutien de Marine Le Pen. Comment se situe réellement ce parti ?

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Éric Martin : Nous venons d’assister à un changement de garde dans l’oligarchie. Après 15 ans de règne austéritaire et néolibéral sous la férule du Parti libéral du Québec, une partie du peuple en avait ras-le-bol et a opté pour un parti qui, en apparence, proposait du changement. Sur le fond, cependant, ce parti est tout aussi, voire davantage néolibéral que le PLQ, proposant notamment de couper 1,2 milliard dans les dépenses publiques.

Le programme de la CAQ se résume en trois idées :

  1. Balayer sous le tapis la question nationale ;
  2. Promettre davantage de prospérité (baisses d’impôt, populisme fiscal, augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs… mais aussi démantèlement de l’État et des services publics) en appuyant sur l’accélérateur de la globalisation capitaliste et de la techno-chrématistique (donc sans égard à l’environnement) ;
  3. S’attaquer à la question de l’immigration (port des signes religieux, « test des valeurs » pour immigrants sous peine de refus de citoyenneté, réduction de l’immigration, etc.).

Ces mesures répondent à trois types d’insécurité : l’insécurité politique, l’insécurité économique et l’insécurité identitaire. Le populisme de droite et la rhétorique anti-immigration, de même que le populisme fiscal, visent à donner l’image d’un parti qui se soucie de ce qui préoccupe le peuple. Sur le fond, cependant, ce parti renie les deux idées fondatrices du Québec moderne, l’indépendance et la social-démocratie, et représente une radicalisation du néolibéralisme. Son chef François Legault est un comptable affairiste ayant déclaré des actifs de 10 millions de dollars, mieux connu pour avoir été le dirigeant de la compagnie aérienne Air Transat. Un des cofondateurs du parti, le milliardaire Charles Sirois, dirige une entreprise nommée Pangea, qui fait main basse sur les terres agricoles du Québec, ayant jusqu’ici accaparé 6000 hectares de terres répartis dans six régions.

Et la comparaison avec Marine Le Pen ?

Legault a déjà été ministre de l’Éducation, à l’époque où il œuvrait encore dans le Parti québécois (qui vient de connaître une défaite historique). À l’époque, il avait imposé des « contrats de performance » dans les universités. Maintenant qu’il dirige la CAQ, il propose d’ailleurs d’abolir les commission scolaires, de moduler les droits de scolarité et de « revaloriser » la profession enseignante… à condition que « les enseignants s[oi]ent évalués deux fois par année en fonction du taux de réussite de leurs élèves – mesuré chaque année par des examens ministériels – et de la satisfaction des parents ». Ce n’est qu’un exemple, en ce qui concerne l’éducation, du genre de mesure que ce parti appliquera de manière transversale. Ainsi, on peut dire que le fond véritable de ce parti est le néolibéralisme et la défense des intérêts oligarchiques ; la rhétorique populiste de droite (notamment sur les signes religieux) sert de harangue pour hameçonner le vote populaire, mais le cœur du parti est le tout-au-marché.

Il était certain que Legault n’accepterait pas le rapprochement avec Marine Le Pen : au Québec et au Canada. Vu le cadre essentiellement libéral de l’idéologie et de l’hégémonie, se coller sur une figure aussi controversée ne passerait pas médiatiquement, aucun chef de parti ne jouerait un tel jeu. La CAQ joue un jeu plus subtil : elle se défend d’être raciste ou xénophobe, mais sa rhétorique médiatique joue bel et bien sur des affects d’inquiétude identitaire, de manière sophistique et opportuniste. Mais si vous accusez la CAQ de tenir des discours racistes ou xénophobes, elle s’en défendra à grands cris. N’empêche qu’elle joue sur la défense du « nous » contre ce qui le menacerait de dissolution depuis l’extérieur, tout en adhérant corps et âme à ce qui le dissout certainement, le capitalisme globalisé. L’antisémitisme, disait Auguste Bebel, est le « socialisme des imbéciles ». De même pour tout populisme de droite. En effet, défendre le commun ne passe pas par la construction d’un clivage NOUS contre EUX entre les nationaux et les non-nationaux, mais par la constitution d’un clivage entre les gens d’en bas et l’élite du 1% ou de l’overclass.

La CAQ joue par ailleurs la carte de la compétence économique ou managériale : ils se présentent comme l’équipe la plus outillée pour assainir les finances publiques et « faire le ménage ». Depuis des décennies, le peuple est matraqué par la propagande néolibérale qui lui dit que la politique est essentiellement affaire d’économie, qu’un bon politicien est un comptable, que la globalisation menace les emplois et leur identité. François Legault a tout simplement enfilé le costume du super-héros venu sauver la situation (qu’il ne fera qu’empirer). Nous venons d’élire l’un des gouvernements les plus à droite de notre histoire. Ce parti n’a aucun souci pour l’environnement, certain de ses candidats ont même ouvertement exprimé des thèses climatosceptiques. Bref, la dernière élection laisse un goût amer pour le socialiste et indépendantiste québécois que je suis. Les Français doivent savoir qu’en 1982, la constitution canadienne a été rapatriée de Londres et qu’elle a été imposée à un Québec qui ne l’a jamais officiellement ratifiée. La victoire de Legault marque le parachèvement du régime qui s’est mis en place à ce moment: mise de côté de l’indépendance, provincialisation, économisme post-politique, individualisme. Le seul point de divergence est le multiculturalisme : Legault use d’une rhétorique populiste-identitaire pour se démarquer et donner l’impression au peuple qu’il mène bataille en son nom; dans les faits, cependant, son principal travail sera d’étendre le règne du néolibéralisme.

C’est la première fois depuis presque cinquante ans que ni le Parti libéral du Québec (PLQ), ni le Parti québécois (PQ) ne sont au pouvoir. Faut-il y voir un rejet du libéralisme, du libre-échangisme et du multiculturalisme prôné par ces formations ?

Il faut cependant relativiser les choses en expliquant d’entrée de jeu que le mode de scrutin, au Québec, est « démocratiquement infect », comme le disait le fondateur du PQ, René Lévesque (la CAQ, comme tous les partis, prétend qu’elle le réformera, mais aucun parti ne le fait jamais une fois au pouvoir). Ce fonctionnement « majoritaire uninominal à un tour », dû aux institutions parlementaires héritées de la monarchie constitutionnelle britannique fait en sorte que « le gouvernement “majoritaire” de la CAQ a été élu par 37,5 % des votants. Ce n’est que par le truchement de notre système de vote uninominal à un tour que la CAQ a obtenu 59 % des sièges, 74 sur 125. Compte tenu du fait que seulement 66,48 % des électeurs potentiels ont voté, ce gouvernement « majoritaire » a été élu avec 25 % de la population » (Le Devoir). Ensuite, il est difficile de savoir ce qui s’exprime dans le vote qui est effectivement allé à la CAQ. Il faut aussi distinguer entre ce que dit la CAQ, et ce qu’elle fera en réalité. En ce qui concerne le vote pro-CAQ, il a certainement exprimé un vote protestataire contre le PLQ. Ceci dit, il faut bien comprendre que les Québécois ne sont pas doctrinaires en politique : ils « essaient » des partis ou donnent la chance au coureur, et si ça ne fait pas l’affaire, ils passent au suivant, sans trop de considérations idéologiques sur le fond, signe d’un rapport désillusionné et clientéliste aux élections, doublé d’une dose d’analphabétisme politique. Ils peuvent ainsi, une année, voter en masse pour le Nouveau parti démocratique (NPD) (centre-gauche) comme lors de la « vague orange » de 2011, et plus tard, mettre au pouvoir la CAQ, parti de la droite économique. Fait à noter, certains électeurs m’ont dit hésiter entre la CAQ et Québec solidaire, donc entre la droite et la gauche, signe de la confusion qui règne dans les esprits, à laquelle il faut ajouter un traitement médiatique d’une médiocrité sans nom qui n’aide absolument pas la situation.

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Québec solidaire a d’ailleurs été victime d’une campagne de néo-maccarthysme, lancée par le chef du PQ et reprise par le chœur des faiseurs d’opinion, pour chercher à lui accoler l’étiquette de marxiste, de communiste, bref de dangereux rouges. Le jeu des apparences travaille ainsi pour la reproduction de l’oligarchie et pour le discrédit de la gauche. Ceci dit, vous avez raison de dire que le peuple semble exprimer un ras-le-bol à l’égard du multiculturalisme. Legault promet de défendre l’identité contre la soi-disant menace que représenterait une immigration excessive et de sauver les emplois. En réalité, il met l’indépendance à la poubelle (et donc neutralise toute émancipation nationale véritable) et ne fera que radicaliser le néolibéralisme et l’adhésion du Québec au mouvement du capitalisme globalisé et libre-échangiste (de toute façon, c’est le fédéral qui négocie les accords de libre-échange, et non le Québec provincial). Du point de vue du libéralisme, cependant, ce n’est pas un refus mais une radicalisation. Legault propose de tourner le dos au collectivisme (souverainisme, social-démocratie, État social, etc.) et défend plutôt l’individualisme entrepreneurial du self-made man. Nous avons donc l’habituel mélange de néolibéralisme économique et de néoconservatisme identitaire culturaliste dépolitisé. Les Québécois veulent des gestionnaires, semble-t-il, mais ils ne veulent plus des gestionnaires multiculturalistes du PLQ. Ils ont voté pour les gestionnaires populistes de droite de la CAQ. L’effondrement du PQ et la mise au rancart de l’indépendance conduisent à la réactivation d’un fond conservateur dans les classes populaires : de l’indépendance émancipatrice des néonationalistes et des socialistes décolonisateurs des années 1960-70, on revient en arrière vers un nationalisme traditionnel ou l’identité politique du Québécois régresse vers l’ancienne identité canadienne française. Défendre la langue, la culture, la tradition, se méfier des « étrangers » venus d’ailleurs, tout en acceptant par ailleurs le règne sans partage du capitalisme et du régime colonial : on se croirait revenu au règne de Maurice Duplessis : identité réifiée et soumission au colonialisme et à L’Empire.

Justement, que penser de la percée électorale de Québec solidaire ?

C’est bien sûr une des rares bonnes nouvelles, le peu de réjouissance à trouver dans ce paysage politique autrement affligeant. Ce parti est né en 2006 et n’avait jusqu’ici que trois députés. Avec les gains remarquables réalisés récemment, la gauche a définitivement repris sa place dans l’espace public et parlementaire. Le parti a fait pour la première fois des gains hors de la métropole montréalaise, avec l’élection marquée de deux candidats indépendantistes dans la capitale nationale, Québec, pourtant réputée pour élire des conservateurs, ainsi que d’autres gains à Sherbrooke et dans une région éloignée, l’Abitibi. Lors de cette élection, le parti a joué en partie la carte du « populisme de gauche ». Les porte-paroles du parti ont insisté sur l’importance de défendre les « gens ordinaires » et ont proposé des mesures sociales comme l’assurance dentaire ou la réduction des coûts du transport en commun. La gauche célèbre actuellement une victoire importante. L’heure n’est pas cependant au triomphalisme. QS en a surpris plus d’un, mais son ascension ne doit pas nous faire oublier que la CAQ a été élu comme gouvernement majoritaire, ce qui veut dire qu’elle a pour ainsi dire carte blanche pour les quatre prochaines années. QS se trouve face à une difficulté : comment déborder des centres urbains pour aller chercher le vote « rural » ? En 2007, je me souviens d’avoir écrit un texte où je disais que le défi, pour la gauche, serait de trouver sa propre réponse aux inquiétudes, insécurités et aux réflexes conservateurs des classes populaires, faute de quoi le populisme de droite prendrait tout.

Ce texte a principalement suscité de l’incompréhension et des accusations de la part de la gauche libérale-libertaire. Force est cependant de constater, pratiquement 12 ans plus tard, que le constat n’était pas si éloigné de la réalité (c’est du reste ce que peut observer, en France, quelqu’un comme Jean-Claude Michéa, ou Chantal Mouffe):  renverser l’hégémonie du populisme de droite exigera « encore un effort » de la gauche pour se reconnecter avec les classes travailleuses, principalement en ce qui a trait au dossier de l’insécurité identitaire. Il est de bon ton, dans une certaine gauche urbaine, de mépriser le peuple en le traitant de raciste, xénophobe, ignorant et ainsi de suite. Ce genre de discours satisfait de lui-même n’ira nulle part. La récente controverse autour des pièces Slav et Kanata, du dramaturge Robert Lepage, montre l’abîme qui sépare une certaine gauche urbaine universitaire des « gens ordinaires ». Le défi qui vient exigera non pas d’affiner les clivages et les divisions, mais de faire des « chaines d’équivalence » entre les différentes luttes si l’ont veut espérer renverser l’hégémonie populiste de droite néolibérale pour remettre sur les rails l’indépendance et le projet de ce que Fernand Dumont appelait un « socialisme d’ici ».

Coalition Avenir Québec est nationaliste, mais refuse le souverainisme. Où en est cette idée au Québec ?

L’ancien Premier ministre Jacques Parizeau disait que le mouvement souverainiste québécois était devenu « un champ de ruines ». Cela est encore plus vrai maintenant que le Parti québécois vient de s’effondrer. Il y a certes la percée importante de Québec solidaire, qui est indépendantiste. Mais le pouvoir est allé a la CAQ, qui propose de mettre de côté pour toujours la question de l’indépendance et qui prône plutôt la réconciliation avec le Canada et un fédéralisme renouvelé. La CAQ pratique une certaine forme de nationalisme ou d’autonomisme au plan politique, économique et identitaire, mais elle ne remet pas en question le régime canadien. Elle cherchera a négocier avec l’Etat fédéral canadien (bonne chance) plutôt que d’entrer en rupture avec lui. Le Parti québécois doit faire un bilan critique : comment a-t-il pu susciter une telle désaffection dans l’électorat ? N’est-ce pas parce qu’il n’a pas su lui-même rester fidèle a son option historique, à la social-démocratie et aux rêves qui l’ont enfanté ? Québec solidaire ne doit pas non plus penser que tout est gagné. Une étape importante a été franchie, mais il y a encore beaucoup de travail a abattre pour convaincre une masse critique d’électeurs que le combat pour l’indépendance est incontournable et qu’il ne s’agit pas de querelles constitutionnelles ennuyeuses, mais de l’entrée du peuple québécois dans l’histoire (Hegel), dans l’histoire de l’après-globalisation capitaliste-néolibérale que nous devons faire advenir. Un sondage récent démontre que chez les jeunes, la cause de l’indépendance ne suscite plus l’adhésion. Les jeunes se considèrent québécois plutôt que canadien, en majorité, mais cela ne se traduit pas par un appui à l’indépendance. Chez ceux qui sont le plus a gauche, l’indépendance est une idée suspectée d’être liée au racisme et a la fermeture (alors qu’il existe, comme je le montre dans mon dernier livre, tout un courant indépendantiste et socialiste). Ceci n’empêche pas que l’appui a l’indépendance continue d’aller chercher, bon an mal an, 30-40% dans les sondages.

L’historien Maurice Séguin appelait cette situation « impossible assimilation, impossible indépendance » : l’idée indépendantiste ne meurt pas (pas encore), mais elle n’a pas non plus actuellement la force de s’accomplir. Il y a la certainement un défi important, qui n’est impossible, mais qui est difficile et qui exigera beaucoup de pédagogie. Il faut montrer que la seule alternative au populisme de droite néolibéral est la démondialisation et l’orientation vers un nouveau mode de développement économique décroissant ou éco-socialiste, ce qui nécessite de récupérer la capacité de décider du peuple, c’est-a-dire la souveraineté. Loin d’être passée de mode, cette idée est aujourd’hui fondamentale pour réactiver le politique contre la globalisation et les organisations supranationales, auxquelles le Canada, par des traités de libre-échange, a concédé le contrôle. Il y a dans le peuple un désir d’être souverain et maître chez lui. Le populisme de droite prétend qu’il obtiendra cela en s’en prenant spectaculairement aux signes religieux ou à l’immigration, alors qu’il faut véritablement réhabiliter un projet politique souverainiste, républicain, laïque et socialiste. On peut dire que le débat médiatique sur le voile est ce qui reste du débat politique ou post-politique quand tout le reste (l’État néolibéral, le libre-échange, la globalisation capitaliste) est devenu inquestionnable. Il ne s’agit pas simplement de répéter le discours des années 1970 : il faut une indépendance a la hauteur des défis écologiques du XXe siècle, démocratique et qui permettra d’améliorer la vie plutôt que d’appuyer sur l’accélérateur du développement destructeur. Si nous ne réalisons pas l’indépendance, nous nous enfermerons à jamais dans le statut d’un gouvernement de province qui ne maîtrisera jamais les leviers de sa destinée, et qui préférera des gestionnaires désincarnés à de véritables hommes et femmes d’État, capables de s’élever à une véritable vision du commun.

Légende : Fête nationale du Québec, célébrations à Montréal, 24 juin 2006

Crédits : CC BY-SA 2.5 / Wikimedia commons

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